C’est un contre-temps fâcheux : Martine Aubry a dû annuler in extremis le 15 janvier, pour des raisons personnelles –elle a eu un problème oculaire, traité la veille à l’hôpital du Val de Grâce à Paris– sa première cérémonie des vœux à la presse. Cette première rencontre médiatique d’importance depuis son élection à la direction du PS, il y a six semaines, a été reportée au 19 janvier à la veille de la conférence de presse où elle doit présenter les propositions économiques du PS notamment. Là encore, d’un point de vue médiatique, on ne peut pas affirmer que la date du 20 janvier qui correspond à celle de l’investiture de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis soit la meilleure date possible. D’autant que c’est son ex-rivale pour la direction du PS, Ségolène Royal qui a été invitée à assister aux cérémonies qui se dérouleront ce jour-là à Washington pour l’investiture de Barack Obama. Ce qui promet quelques photos people dans la presse nationale et internationale qui ont le don d’irriter Martine Aubry à la recherche d’un état de grâce.
L’ancienne candidate à l’élection présidentielle continue d’affirmer sa présence en défendant la reprise d’activité de Rachida Dati. «Tant que je suis là, ils font leur unité contre moi», explique-t-elle à ses amis comme Jean-Louis Bianco à l’Assemble nationale, et François Rebsamen au Sénat. On peut compter sur elle pour ne pas abandonner son objectif de 2012 même si, jusqu’aux élections européennes, elle restera discrète.
André Vallini démissionne du secrétariat du PS
La maire de Lille, il faut bien le reconnaître, rencontre quelques difficultés à faire redémarrer la « machine PS » qui s’était beaucoup assoupie sous François Hollande. La première victime de cet effort vers davantage d’ordre et de cohérence dans la direction a été le député de l’Isère, André Vallini, ce spécialiste des questions judiciaires qui s’était illustré en présidant avec beaucoup de doigté et de prestance, la commission Outreau à l’Assemblée nationale.
Pour avoir donné son avis sur le projet de suppression des juges d’instruction sans en avoir référé au préalable à la première secrétaire, le président du conseil général de l’Isère s’est fait vertement tancé par Martine Aubry. Proche de François Hollande, il a décidé de démissionner de son poste de secrétaire national à la justice pour « raisons personnelles ». Cela est d’autant plus fâcheux qu’il avait été cité parmi les personnalités socialistes contactées par l’Elysée pour une deuxième phase d’ouverture du gouvernement. Tentative que l’intéressé compte tenu de ses responsabilités électives au PS a évidemment repoussée.
A l’exception des présidents de groupes socialistes à l’Assemblée nationale et au Sénat, Jean-Marc Ayrault et Jean-Pierre Bel, deux anciens « royalistes » qui s’étaient abstenus de prendre part à la bataille pour la direction du PS et qui se démènent ces temps-ci pour rattraper le temps perdu dans des batailles à grand spectacle contre les projets gouvernementaux sur la procédure parlementaire et l’audiovisuel, il faut reconnaître que les membres de la direction du PS ne sont guère présents sur la scène médiatique. Car, la préparation des élections régionales –actuellement en discussion au sein de la direction– et les évènements du Proche Orient ont tendance à faire réapparaître les clivages d’avant le congrès de Reims.
Benoît Hamon déjà contesté
C’est ainsi que le porte-parole du PS, Benoît Hamon, leader de la tendance de gauche à la direction s’est cru autorisé à relancer, le 14 janvier sur France-Inter, ses propositions « protectionnistes » qu’il a rebaptisées pour « un juste échange » en laissant entendre qu’elles étaient adoptées par la majorité du PS et faisait donc partie de son « patrimoine collectif ». Cette affirmation s’est accompagnée d’une mise en cause de l’ancien proche de Jacques Delors, Pascal Lamy, directeur de l’OMC (Organisation mondiale du Commerce) candidat à sa propre succession qu’il a qualifié de « patron d’une organisation en total échec »...
Cette préparation des élections régionales suscite des rivalités de personnes au sein de la direction du PS. Ce même Benoît Hamon est candidat pour mener la liste du PS en Ile-de-France contre un autre des « quatre mousquetaires » de Martine Aubry, Harlem Désir, un proche de Bertrand Delanoë. Quant aux « royalistes », l’un de leurs dirigeants, Patrick Mennucci n’a pas caché , en sortant du premier bureau national du PS du 6 janvier qu’il entendait faire de l’agitation jusqu’à ce que la majorité ait donné aux amis de Ségolène Royal « suffisamment de postes éligibles aux européennes de juin » comme le rapporte Le Canar Enchaîné du 14 janvier.
Des tensions internes apparaissent aussi du côté des anciens amis de Dominique Strauss-Kahn regroupés au sein de l’association « Besoin de gauche » de Pierre Moscovici qui fut, un temps candidat à la direction du PS avant de se rallier d’abord à Bertrand Delanoë puis à Martine Aubry. C’est Jean-Paul Planchou, président du groupe socialiste à la région Ile-de-France qui estime que « la nouvelle direction du PS n’a pas convaincu jusqu’à présent ». Il n’apprécie guère les « postures gauchisantes » de Benoît Hamon. Une première réunion de « Besoin de gauche » se tiendra la 25 janvier en présence de Bertrand Delanoë et de François Hollande.
Pierre Moscovici et Jean-Paul Huchon contestent à pas feutrés
Des frictions sont à attendre aussi du côté de l’ancien rocardien devenu strauss-kahnien puis « aubryiste », Jean-Paul Huchon qui commence à avancer ses pions pour les prochaines élections régionales. Sur une ligne totalement opposée à celle de Benoît Hamon qui refuse toute alliance et connivence entre les démocrates-chrétiens et les socialistes européens. Alors que Jean-Paul Huchon en présentant le 12 janvier ses vœux à la région Ile-de-France a exposé sa stratégie politique dans les mois à venir qui consiste « pour isoler l’UMP à se rapprocher des autres groupes politiques » sous entendu le Modem de François Bayrou. Quand on sait que le congrès de Reims du PS s’est joué en partie sur le refus de toute alliance avec les centristes issus du Modem pour contrer Ségolène Royal, on peut imaginer que de telles déclarations risquent de mettre de l’huile sur le feu.
D’autant plus que Dominique Strauss-Kahn se rappelle périodiquement au bon souvenir de ses amis socialistes. « Je n’ai pas l’intention de passer ma vie à Washington », vient-il de dire lors d’un passage en Europe. Devant le Conseil économique, social et environnemental, à la fin de l’an dernier, il avait confié aussi qu’il aimerait mieux rester à Paris – son bureau parisien du Fonds Monétaire international se situe place d’Iéna à deux pas de CESE – et le 17 mai 2008, le directeur du FMI rappelait que 2012 constituait une « échéance essentielle » à laquelle il se « préparerait ».
Le Proche-Orient et l’« affaire Dray »
L’autre difficulté que la direction du PS doit surmonter tient à son attitude dans le conflit de Proche-Orient. Si elle a condamné clairement les bombardements massifs israéliens sur les populations civiles palestiniennes de Gaza, la direction du PS en revanche n’a pas été capable de donner des consignes sur la participation –ou non– des socialistes aux cortèges de soutien aux Palestiniens. Ce sont les fédérations qui décideront sur place. Les clivages traditionnels au sein de la direction du PS entre pro-israéliens et pro-palestiniens reviennent à la surface. Arnaud Montebourg, chargé de la Rénovation du PS, s’est contenté de dire que cette attitude prudente de la direction du PS avait pour but d’éviter de « cautionner des mots d’ordre communautaristes ». Là encore les différents courants au sein de la direction actuelle du PS ne seront toujours pas d’accord sur la même position. Ce qui n’est pas une bonne chose vis-à-vis de l’opinion publique.
Pas plus que ne l’est la regrettable « affaire Dray ». Le député PS de l’Essonne a demandé la constitution, le 14 janvier d’un « jury d’honneur » après les dernières révélations parues dans un journal de l’Est émanant de sources judicaires faisant état de mouvements de fonds suspects portant sur plus de 350 000 euros dont 131 000 pour l’achat d’une trentaine de montres. Julien Dray s’est étonné avec juste raison de voir étalées dans la presse des informations dont il ne dispose pas et il a décidé de porter plainte contre certains journaux pour violation du secret professionnel et propagation des propos diffamatoires à caractère antisémites tenus à son propos.
Toutefois cette « affaire » tombe particulièrement mal au moment où le PS cherche une nouvelle crédibilité et où les plus larges horizons lui sont ouverts à gauche pour animer la contestation alors que se profile une crise sociale et un front anti-Sarkozy sur le thème de la « défense des libertés ».
Martine Aubry est victime de quelques ratés au démarrage. Elle devra y remédier rapidement si elle veut s’imposer comme elle le souhaite en tant que chef de l’opposition face à Nicolas Sarkozy.

Le directeur de la Lettre Horizons
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