Comme prévu, la rentrée est plutôt morose car elle se joue sur fond de récession économique. Notre pays contrairement à ce que le gouvernement avait laissé entendre à la veille des vacances, est bel et bien touché par une chute de la croissance confirmée officiellement par le Premier ministre, le lundi 1er septembre sur « Europe 1 », François Fillon évoquant une croissance espérée « d’un .peu plus que 1% » alors que jusqu’ici Bercy s’en tenait à une fourchette « basse » située entre 1,7% et 2% ». Ceci ne pourra pas ne pas avoir de conséquences sur les chiffres du chômage – c’est déjà fait depuis trois mois - mais aussi sur le pouvoir d’achat qui reste la préoccupation principale des Français en cette rentrée.
Les socialistes ont d’ailleurs demandé des comptes au Premier ministre après ces déclarations. Le porte-parole du PS, Stéphane Le Foll répondant à François Fillon qui avait accusé les socialistes ne pas avoir d’idées, a riposté le 1er septembre au cours de son point de presse hebdomadaire : « Le Premier ministre n’a pas beaucoup d’idées pour résoudre la crise mais de plus il n’a pas de moyens - zéro idées,- zéro moyens - ! ». Double zéro donc infligé par le PS au gouvernement. Il est vrai qu’il y a de quoi s’inquiéter puisqu’il y a bientôt un an déjà que le chef du gouvernement décrétait notre pays « en faillite ». Le moins que l‘on puisse dire c’est que, depuis, les choses ne se sont pas arrangées.
Des couacs gouvernementaux sur l’ISF et le financement du RSA
Le gouvernement se prépare donc une rentrée parlementaire chaude du côté de l’opposition et même d’une partie de la majorité qui n’a pas apprécié par exemple que le chef de l’Etat décide d’imposer le capital à hauteur de 1,1% pour financer le RSA (revenu de solidarité active) qui devra être mis en place au 1er janvier 2009. Toute une partie de la majorité, la plus libérale, s’insurge contre la création de nouveaux impôts, contraire, selon eux, à la promesse présidentielle de baisser l’ensemble des charges fiscales.
Le gouvernement ne semble pas avoir de ligne directrice puisque la ministre de l’Economie et de l’Emploi qui avait laissé entrevoir qu’une suppression de l’impôt sur la fortune (ISF) pourrait être discutée pendant la session budgétaire au Parlement, vient de se faire renvoyer dans les cordes sèchement par le Premier ministre qui a indiqué clairement qu’ « il n’y a pas de réforme de l’ISF à l’ordre du jour ».
Il existe incontestablement des tensions au sein du gouvernement entre les tenants de l’orthodoxie financière et de la réduction de la dette et ceux qui font de la politique en préconisant l’abandon de l’ISF ou la mise en œuvre d’une coûteuse « croissance verte » fondée sur le bonus-malus de Jean-Louis Borloo alors que le ministre du Budget Eric Woerth, préférerait la formule moins coûteuse du « malus-malus ».La situation économique dans notre pays risque d’être délicate en 2008 et encore en 2009, car nous ne disposons plus d’aucune marge de manœuvres si nous voulons respecter les engagements de Maastricht – déficit de 3% –, ce qui est le moins lorsqu’un pays préside l’Union européenne.
La stature européenne de Nicolas Sarkozy en jeu
Cette situation économique interne dégradée pèse d’ailleurs d’un poids certain sur la conduite de notre politique étrangère. Chacun pendant l’été a pu noter les pas en avant et… en arrière de Nicolas Sarkozy dans ses rapports avec la Chine partenaire économique incontournable, au moment des Jeux Olympiques. Il semble que vis-à-vis de la Russie, principal fournisseur du gaz et de pétrole, la retenue diplomatique soit la même et pour les mêmes raisons économiques.
Tout comme avec le drame des soldats français tués en Afghanistan, Nicolas Sarkozy se retrouve en première ligne. Si personne y compris dans l’opposition ne remet en cause ni la présence de soldats français en Afghanistan, ni la nécessité de réagir vite, comme il l’a fait, après l’invasion par les troupes russes de la Georgie pour obtenir un cessez-le feu entre les belligérants, l’opposition s’interroge sur le fond sur les capacités réelles du chef de l’Etat à obtenir un consensus réel entre les vingt-sept pays de l’Union pour imposer une position de fermeté à l’égard de la Russie.
De même sur la présence militaire française en Afghanistan, les socialistes ont beau jeu de rappeler qu’ils avaient mis en garde le chef de l’Etat contre un renforcement de notre contingent militaire qui allait à l’encontre de ses promesses électorales et risquait de nous faire courir un risque supplémentaire si notre présence n’était pas axée essentiellement sur la mise en place et l’entraînement d’une armée afghane destinée à prendre la relève des troupes alliées. La trop grande proximité avec la stratégie américaine appliquée par l’OTAN risque en effet de nous classer dans le camp des Occidentaux, ennemis du « peuple afghan » et de ses alliés pakistanais qui disposent, faut-il le rappeler, de la bombe atomique.
Le rapprochement avec l’administration Bush, la complaisance avec la Russie de Poutine et Medvedev risquent de constituer pour l’opposition et les socialistes en particulier de nouveaux angles d’attaque contre le chef de l’Etat et son gouvernement à la prochaine rentrée parlementaire avancée au 22 septembre, après les élections sénatoriales qui verront une fois encore sans doute, un recul de la majorité et une progression des gains électoraux du PS.
Un PS qui patauge dans la choucroute…
L’autre paradoxe de cette rentrée tient au fait que l’opposition qui détient la majorité des pouvoirs locaux et devrait avoir le vent en poupe compte tenu de la situation économique et sociale du pays « patauge dans la choucroute » pour reprendre la fameuse formule de Pierre Charpy, éditorialiste de l’ancienne feuille gaulliste, « la Lette de la Nation ». Comme ils viennent de le montrer avec leurs journées de La Rochelle, les socialistes sont enfermés dans leurs rivalités internes pour la place de premier secrétaire du PS laissée vacante par François Hollande.

Après Ségolène Royal qui se juge candidate « naturelle » en dépit de la présidentielle perdue de 2007, Bertrand Delanoë, le mieux placé dans les sondages, et Pierre Moscovici, le seul à afficher sa non participation éventuelle à la présidentielle de 2002, la fille de Jacques Delors, Martine Aubry, maire de Lille, va se lancer dans la bataille sans doute, le 3 septembre, avec l’appui de Laurent Fabius. Aucun de ces candidats déclarés ou virtuels ne peut réunir de majorité sur son nom. Il leur faut donc chercher des alliances. Le strauss-kahnien Pierre Moscovici s’est retrouvé adoubé par de grands élus comme ceux de Lyon et de Marseille après avoir subi les défections et selon lui, les comportements inélégants de la part de Jean-Christophe Cambadélis et Arnaud Montebourg. Ces derniers se sont en effet reportés sur Martine Aubry qui cherche à constituer un pôle de rassemblement à gauche avec Laurent Fabius… au grand dam de Pierre Mauroy qui n’apprécie guère l’ancien Premier ministre de François Mitterrand.
L’improbable rêve « unitaire » de François Hollande
Dans les quelques jours qui viennent, François Hollande pourrait prendre une initiative – avant le 23 septembre, date ultime pour le dépôt des motions qui fondent les divers courants - afin de constituer un pôle majoritaire réunissant Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, voire Pierre Moscovici. Celui qui a dirigé le PS pendant onze ans – plus que ne l’ont fait avant lui François Mitterrand et Lionel Jospin – espère jouer sur la corde militante pour imposer l’unité de ceux qui pensent à peu près la même chose. Seul Laurent Fabius et Martine Aubry en seraient donc exclus. Mais cette alliance tactique pour éviter un duel fratricide au prochain congrès de Reims de novembre apparaît encore comme improbable. Déjà les « hollandais » préparent leur riposte en mettant en regard la « responsabilité de François et l’irresponsabilité des autres » leaders socialistes qui pensent d’abord à eux avant de penser à leur parti comme le confiait Stéphane Le Foll en aparté, après son point de presse hebdomadaire du 1er septembre.
François Hollande ne peut guère compter sur le renfort de ses ex-alliés de la gauche plurielle et du programme commun de la gauche. Les Verts sont tentés de renaître sous la férule des ex-soixante-huitards : Daniel Cohn-Bendit et José Bové avec le renfort de Nicolas Hulot. Les communistes sont devenus pratiquement inaudibles avec leur 1,9% de la dernière élection présidentielle. Les radicaux de gauche ne pèsent plus très lourd dans le centre gauche depuis le départ de Bernard Tapie. Une nouvelle réunion de ex-alliés de la gauche plurielle est prévue le 3 septembre mais les communistes de Marie-George Buffet seront prudents avant leur congrès de fin d’année, avec la menace sur leur gauche de la création du nouveau parti anti-capitaliste d’Oliver Besancenot qui va chercher à exploiter le mécontentement social.
Des syndicats divisés et plus que jamais rivaux
La véritable opposition à Nicolas Sarkozy pourrait venir de la part des syndicats. Mais, ces derniers sont pris eux aussi par le prurit électoral des élections prud’homales de la fin de l’année. Si comme à l’accoutumée, la CGT de Barnard Thibaut souffle le chaud : » Nicolas Sarkozy devrait se méfier, la souffrance des salariés est réelle » confie le secrétaire général de la CGT dans un entretien au « Monde » daté du 2 septembre. Le Leader de la CGT lance des piques à son rival de la CFDT en soulignant qu’il constate que « discuter » avec le président de la République ou avec les ministres ne change pas grand chose.
La nouvelle loi sur la représentativité va exacerber les rivalités. Ainsi, le leader de la CFDT, François Chérèque a pratiquement refusé, le 1er septembre, l’offre que lui fait son rival Bernard Thibault d’organiser le 7 octobre « une journée de mobilisation avec des appels à la grève et à des manifestations. Il propose d’organiser des mouvements sur des thèmes précis comme la refus de la privatisation de la Poste. « Les mouvements plus vastes, cela ne marche pas » a-t-il tranché sur « France-Inter ».
Le monde syndical reste fragmenté et incapable de relayer les incertitudes et les mécontentement d’un monde salarial soumis à la fois au chômage qui repart à la hausse et au pouvoir d’achat à... la baisse.
Et si Barack Obama était élu en novembre…
Faute d’accompagnements financiers, toutes les « bonnes » réformes proposées : éducation, recherche, relance industrielle voire le RSA qui, selon le PS, peut se transformer en piège pour maintenir des salariés en travail partiel n’auront pas de conséquences suffisantes pour nous faire sortir de l’ornière actuelle.
A moins que de l’autre côté de l’Atlantique, un certain Barack Obama ne vienne changer la donne : c’est tout ce qu’on peut lui – et nous – souhaiter.


Le directeur de la Lettre Horizons
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