La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 4 juillet 2008


La préparation du congrès socialiste de novembre à Reims :
les socialistes s’interrogent sur la manière
de reconstruire leur parti et la gauche


La ville de Reims où se tiendra à la fin novembre le congrès du Parti socialiste a été reconquise par Adeline Hazan, députée parlementaire européenne proche de Martine Aubry . Mais la capitale de la Champagne-Ardenne où la plupart des rois de France furent sacrés est en plein chantier pour la construction de son tramway. Ce rapide état des lieux correspond en tout point à la situation actuelle du PS avant la trêve estivale.
Le PS est en plein chantier : pas moins de vingt et une « contributions » au débat ont été enregistré au conseil national du PS du 2 juillet. Mais, fin septembre il ne devrait en rester que quatre ou cinq qui seront soumises au vote des militants socialistes. D’ici là, les leaders vont se déplacer dans les fédérations pour tenter de rallier le maximum de partisans.



L’état des lieux actuel

A la veille de la trêve estivale, voici à peu près la situation :


Martine Aubry soutenue par le nouveau maire de Reims a déposé le 2 juillet sa contribution intitulée « une vision pour espérer, une volonté pour transformer » avec l’appui de Pierre Mauroy et Jack Lang. Elle est soutenue par les puissantes fédérations du Nord et du Pas de Calais. La maire de Lille a le vent en poupe et effectue un retour remarqué à l’avant scène du PS.

Bertrand Delanoë a lui manqué son lancement du congrès sur le mode du « libéralisme » qui a troublé une partie du PS. Sa communication avec les anciens « jospiniens n’a pas été excellente. Le maire de Paris constate dans ses déplacements en province pour présenter sa contribution « Clarté, courage, créativité » qu’il ne dispose pas de réseaux aussi importants que dans la capitale.

Ségolène Royal, toujours sur la brèche en voulant se poser comme la principale opposante au pouvoir en place conserve une bonne cote. Sa contribution « Combattre et proposer » a reçu l’appui de 23 premiers secrétaires fédéraux mais elle ne semble pas en mesure de réaliser son objectif : être désignée dès le prochain congrès comme la candidate du PS incontournable pour 2012.

Pierre Moscovici, député du Doubs, candidat déclaré au poste de premier secrétaire du PS mène avec Arnaud Montebourg et Jean-Christophe Cambadélis, le courant de ceux qui l’on appelle les « reconstructeurs ». Ils présentent un motion intitulé « Besoin de gauche » mais donnent l’impression d’un patchwork ( strauss-kahniens, rénovateurs, rocardiens, une partie des jospiniens etc. ) sans leader véritable.

Laurent Fabius, qui a déposé sa propre contribution « Reconstruire à gauche » pour proposer au prochain congrès « un changement qui engage réellement la reconstruction de la gauche » soutient ouvertement les « reconstructeurs » n’étant pas lui-même candidat au poste de premier secrétaire comme il l’explique dans le journal « Libération » du 4 juillet.

François Hollande, « numéro un » du PS jusqu’en novembre, se pose à travers sa contribution intitulée « « Donner une cohérence à la gauche et un espoir à la France » en faiseur de majorité à l’intérieur du PS et en fédérateur de la gauche. Il propose une dizaine de points forts sur lesquels peuvent se rassembler « 80% des militants » selon ses proches, les députés Bruno Le Roux et André Vallini. Il propose un triple pacte « de croissance » économique, de « solidarité » avec la couverture des risques et de « transition énergétique » avec le développement durable. Qui pourrait être contre ? Laurent Fabius qui apparaît comme le seul véritable adversaire de François Hollande lorsqu’il affirme que « le PS a besoin vital de changement » et que « ce n’est pas en reconduisant sous d’autres apparences le schéma à l’œuvre depuis dix ans que nous y parviendrons » (dans « Libération » du 4 -7-08).

Des militants attentistes et dubitatifs

Les militants socialistes sont actuellement dans le brouillard et attendent de voir. Leurs leaders ne sachant pas dans quel sens vont aller leurs troupes sont, eux aussi prudents. A l’exemple du sénateur-maire de Lyon, Gérard Collomb et du président du conseil général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini qui ont déposé une contribution « La ligne claire » ce qui n’est pas vraiment le cas. Faute de choisir entre Ségolène Royal qu’ils ont soutenu il y a un an ou un autre qui ne s’impose pas actuellement, ils restent groupés. Car comme le dit ouvertement , Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale dans sa contribution « Réussir ensemble le congrès du PS » : « si une personnalité » s’imposait naturellement et était en capacité de rassembler autour d’elle et d’un projet audacieux et porteur d’espérances une large majorité de socialistes, il pourrait être utile de la placer dès aujourd’hui à la tête du parti afin de lui donner tous les moyens de préparer 2012. Force est de constater que ce n’est pas le cas » souligne avec regret le député-maire de Nantes.

A l’évidence, le congrès de Reims est crucial pour l’avenir du PS. Il a commencé à remettre ses pendules à l’heure à travers la modification de ses statuts en inscrivant son action dans la loi du marché et de la mondialisation. Il le fait cependant très tardivement par rapport aux autres partis sociaux-démocrates actuellement en perte de vitesse au sein de l’Union européenne ( treize défaites sur quinze dans les dernières compétitions électorales ).
Car, le PS est tributaire encore de son « aile gauche », représentée par le député des Landes, Henri Emmanuelli, l’euro-député Benoît Hamon et leur courant du « Nouveau parti socialiste » qui ont déposé un contribution intitulée « Reconquêtes ». De même, Jean-Luc Mélenchon sénateur « noniste » sur l’Europe et anti-capitaliste se propose de « Réinventer la gauche » car il faudrait pour tous ceux là : « d’abord de redistribuer les richesses » comme le dit l’ancien trotskyste, Gérard Filoche, en choisissant ainsi le titre de sa contribution.

Une double concurrence : NPA et Bayrou


En fait, le PS doit rester attractif à gauche avec des partenaires amoindris – le PCF , Verts radicaux de gauches réduits à la portion congrue – pour présenter une alternative de gauche au pouvoir actuel mais sans trop se déporter. Il doit garder une « bonne gauche » face au Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot qui est en train de reprendre le terrain protestataire abandonné par le PCF depuis sa signature du programme commun dans les années soixante dix.
Le PS doit se garder également de la concurrence du centriste François Bayrou qui ayant regroupé autour de lui tout ce qui lui reste de partisans à droite va rivaliser avec les socialistes dan la critique de Nicolas Sarkozy et peut tirer les marrons du feu si la situation du pays venait encore à se dégrader. Ce qui lui pose à nouveau le problème des alliances posé de façon abrupte entre les deux tours de l’élection présidentielle par Ségolène Royal.
Il est compréhensible dans ces conditions que les adhérents et militants socialistes prennent le temps de la réflexion avant que les choses se décantent lors des traditionnelles Journées de La Rochelle, fin août… si tout va bien pour eux.

Bonnes vacances à tous, lecteurs et internautes !



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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 
 

 

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