Le « non » du président polonais accusé de parjure par Nicolas Sarkozy, le premier jour de la présidence française de l’Union européenne.
La démission spectaculaire du chef d’état major de l’armée de terre qui n’a pas accepté de s’être fait traité d’«incapable» après l’affaire de la fusillade de Carcassonne.
La « sortie » inhabituelle de du PDG de France Télévisons, Patrick de Carolis, qui estime que « le compte n’y est pas » concernant la suppression du financement de la publicité dans l’audiovisuel public.
Cette suite d’incidents qui se sont déroulés en quelques jours seulement laisse à penser que le chef de l’Etat français ne dispose pas d’atouts personnels suffisants pour faire repartir une Union européenne à nouveau embourbée. Et qu’à l’intérieur de l’Hexagone, celui que l’on considérait comme un formidable battant et un communiquant efficace (qui avait su faire naître beaucoup d’espoirs avant son élection à l’Elysée) ne tient pas ses promesses et déçoit.
On a déjà tout dit de ses démêlés conjugaux, de ses comportements emportés avec ceux, syndicalistes ou journalistes qui lui résistent. Voici que, coup sur coup, plusieurs déclarations à l’emporte pièce du chef de l’Etat sont en train de lui aliéner l’armée et les médias publics et… certains de ses amis comme le sénateur UMP, Alain Lambert qui, dans une adresse au président de la République publiée le 28 juin sur son blog se déclare « déçu ».
« Il est intelligent mais réfléchit peu » … (Claude Chabrol)
Le sentiment commun exprimé le 2 juillet par Pierre Moscovici, candidat au poste de premier secrétaire du PS, devant le forum des journalistes parlementaires à l’Assemblée nationale est celui-ci : « au bout d’une année à l’Elysée, Nicolas Sarkozy ne s’est pas mis dans la peau d’un Président de la République ». Certains diront plus crûment qu’il n’est pas fait pour le job ou comme le cinéaste Claude Chabrol qu’il « est intelligent mais réfléchit peu ».
Etait-il judicieux au moment où le Livre blanc de la Défense est contesté – fait exceptionnel - par une partie de l’armée qui s’est exprimée à travers un groupe d’officiers généraux et supérieurs des trois armées dit « Surcouf » dans un article paru dans »Le Figaro » du 19 juin, de faire retomber sur l’ensemble de la hiérarchie militaire la faute d’un seul sans attendre les conclusions des enquêtes judiciaire et de commandements et de réclamer urbi et orbi que des têtes tombent ?. Au risque de donner à penser que le chef de l’Etat qui est aussi le chef des armées, considère les militaires comme des « incapables » !
Etait-il nécessaire d’annoncer, le 8 janvier la suppression de la publicité sur les chaînes publiques sans avoir prévenu personne, ni surtout sans avoir prévu au préalable des financements compensatoires ? Fallait-il en rajouter une couche, le 30 juin, en promettant en aparté sur un ton menaçant : « ça va changer ! » (en marge de son intervention télévisée sur l’Europe parce qu’un technicien ne lui avait pas rendu son salut) et de s’étonner ensuite que le Pdg de France Télévisons emploie pour lui répondre un ton direct équivalent jugeant « stupide et profondément injuste » le chef de l’Etat qui avait dit « ne pas voir de différence entre la télévisons publique et les chaînes privées ».
En porte à faux avec l’armée, la télé publique et la BCE
Etat-il raisonnable de lancer une diatribe contre un membre de la Commission de Bruxelles, chargé du Commerce au point que celui-ci a boycotté le dîner offert à l’Elysée par Nicolas Sarkozy au soir du premier jour de la présidence française ? Fallait-il lancer une nouvelle charge contre le président de la Banque centrale européenne,
Jean-Claude Trichet alors que l’on sait bien que la BCE devrait remonter son principal taux d’intérêt directeur pour lutter contre le taux d’inflation qui a atteint 3,7% en un an au sein de l’Union ?
Etait-il judicieux de faire passer le souci de redorer son blason hexagonal avec des objectifs européens comme le pacte européen sur l’immigration, ou bien encore d’accepter par avance le refus de toute avancée sociale au sein de l’Union réclamée par les socialistes...et le premier ministre lui-même. Le social selon lui, relève du « national », ce qui lui fait courir le risque d’être accusé de jouer dangereusement avec le « national socialisme » comme l’a relevé le député socialiste Pierre Moscovici.
Nicolas Sarkozy ne cesse d’enregistrer des contre-performances
Certaines ne sont lui sont qu’en partie imputables - la crise économique des subprimes américains n’a pas dit son dernier mot – et la croissance européenne ralentit comme partout ailleurs. D’autres proviennent d’interventions intempestives sur lesquelles son premier ministre, François Fillon a du mal à cacher ses désaccords. Même la réforme des institutions de la Ve République pourtant bien partie est en train de virer au cauchemar et aux conflits d’intérêts entre les groupes UMP du Sénat et de l’Assemblée nationale.
Ce qui aboutit à des compris douteux comme ce droit au référendum d’initiative populaire sui reviendrait à organiser u référendum pour ou contre l’entrée de la Turquie avec les conséquences diplomatiques que l’on peut imaginer. L’affaire a été si mal conduite que même ceux qui au parti socialiste avaient un préjugé favorable à la réforme comme Jack Lang, Pierre Moscovici ou Gaëtan Gorce par exemple, refuseront de la voter.
Un manque de souffle aussi chez les socialistes
Que ce soit en matière économique, sociale ou politique, on ne voit guère de « lignes directrices » se dégager, ni aucun vision d’ensemble.
La déception est d’autant plus grande que les ambitions affichées par le locataire de l’Elysée sont grandes – moderniser l’Etat, reformater notre armée, rendre l’éducation nationale plus efficace, lutter pour le plein emploi -. C’est le style, la manière qui ne va pas. Un chef de l’Etat ne peut pas parler ni agir comme un chef d’entreprise. Il ne doit pas se contenter de décrire les insuffisances, secteur dans lequel il est passé maître, mais son rôle doit être positif pour entraîner le pays vers des objectifs clairs.
Or, l’on reste toujours dans le brouillard des demies mesures ou des initiatives intempestives qui se révèlent sans lendemain.
Déception, tel est le sentiment des Français ressentent à l’égard de Nicolas Sarkozy. La seule chance du chef de l’Etat c’est qu’ils ont autant de ressentiments vis à vis de la gauche, incapable jusqu’à présent de sortir d’une bataille d’égos qui n’intéresse plus personne… pas même les militants socialistes !

Le directeur de la Lettre Horizons
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