Nicolas Sarkozy a présenté ses objectifs pour la présidence de l’Union européenne qu’il va être amené à assurer pendant six mois après le passage de flambeau qui s’effectue officiellement le 1er juillet avec la Slovénie.
D’entrée de jeu, au cours de son intervention télévisée,le 30 juin sur FR3, le chef de l’Etat a cherché à rassurer les Français et les convaincre que notre pays a besoin de l’Europe – « l’Europe qui protège » , a-t-il dit – pour les aider à résoudre les problèmes qui les inquiètent.. A <propos du rôle de l’OMC (Organisation mondiale du Commerce présidée par un socialiste français, Pascal Lamy), le chef de l’Etat a notamment déclaré : « Je suis profondément européen.. Je refuse le protectionnisme mais j’en ai assez de la naïveté et je veux la réciprocité. L’Europe doit se battre armes égales» a-t-il insisté, vis à vis des grandes zones géographiques et commerciales comme les Etats-Unis, la Chine et les pays émergents.
Evoquant les actions communes de l’Union européenne en matière d’environnement, d’agriculture ou d’immigration y compris dans le domaine de la fiscalité, le chef de l’Etat en se félicitant du chemin parcouru, a poursuivi : « On dessine une Europe concrète qui va défendre et non pas une Europe qui va inquiéter. En six mois, je n’arriverai pas au bout mais je voudrai provoquer un choc salutaire. C’est l’idée européenne qui est en danger si on ne fait pas la protection des Européens » s’est-il exclamé.
« Le social doit rester national »
Interrogé sur l’absence de propositions concrètes en matière social (emploi, pouvoir d’achat, minima sociaux, défense des servies publics), Nicolas Sarkozy a répondu de manière claire : « le social n’est pas une compétence européenne mais nationale » a-t-il martelé. S’agissant des questions de retraite et de santé, il a ajouté : « cela doit rester national ». Il a cité en exemple le refus des Allemands d’instituer chez eux un salaire minimum. En revanche, le chef de l’Etat a indiqué qu’il se battrait contre le dumping social , sur le travail intérimaire et pour les comités d’entreprise. « Pour l’essentiel, le social doit rester national. L’Europe ne doit pas s’occuper de tout » a-t-il conclu sur ce point évoqué plus brièvement que les sujets comme l’immigration ou l’environnement.
En ce qui concerne, le pacte sur l’immigration qu’il compte faire adopter au cours des six prochains mois par les pays membres de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy a réaffirmé cette règle simple : « ceux qui ont du travail, on peut les régulariser. Ceux qui n’ont pas de papiers, pas de travail, pas de logement, on va leur donner la chance du développement de leur pays ». Après avoir rappelé que le parlement européen venait de voter une directive demandant aux états membres de reconduire dans leur pays d’origine les sans papiers, le chef de l’Etat a insisté : « Si nous acceptons tout le monde, on fait exploser le pacte social français et européen ».
Evoquant les questions liées à l’énergie, le chef de l’Etat a défendu sa proposition de limiter la TVA au delà d’un certain niveau de prix du baril de pétrole (145 dollars le baril le 30 juin, 170 à l’automne ?) . Il a indiqué qu’il allait rendre aux Français entre 600 et 700 millions de TVA, doubler la prime à la cuve et demander à partir de la mi-septembre aux entreprises de rembourser tout ou partie du transport en commun.
En ce qui concerne plus particulièrement la baisse du taux de TVA dans la restauration à 5,5%, il met un point d’honneur à tenir les engagements… de son prédécesseur. Il a plaidé également plaidé pour une fiscalité propre à 5,5% sur tout ce qui est écologique et pour une « taxe carbone » pour « rééquilibrer la concurrence » notamment avec les pays émergents et les Etats-Unis.
Sans ratification de Lisbonne, « on bloque l’entrée de la Croatie »
A propos de l’action de la Banque centrale européenne (BCE) et des rumeurs sur une prochaine hausse des taux d’intérêt pour lutter contre l’inflation, Nicolas Sarkozy a estimé que les gouverneurs devaient se poser la question de la croissance et non pas uniquement de l’inflation.
Enfin, évoquant la situation institutionnelle après le « non » irlandais, le chef de l’Etat a été très clair : s’il n’y a pas ratification du traité de Lisbonne ( les Irlandais pourraient revoter ) il n’est pas question d’élargir l’Europe. « On bloque la Croatie » a-t-il dit.
Autre précision : le chef de l’Etat a indiqué qu’il donnerait sa réponse sur sa présence à la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin dans quelques jours lors de son voyage au Japon la semaine prochaine. Il prendra sa décision seul sans accepter une pression de ses partenaires européens. « Je ne suis pas aux ordres. Je suis président de la République française » a-t-il insisté. Une indication claire sur son intention de profiter de la présidence de l’Union pour redorer son blason en politique intérieure. La tentation est là. L’exercice ne sera certainement pas de tout repos.
Les socialistes mettent l’accent sur le social
De leur côté, lorsqu’ils évoquent la présidence française de l’Union européenne , les socialistes eux n’ont qu’un slogan à la bouche : « il nous faut une Europe sociale et pas libérale ». Selon Bruno Le Roux, porte-parole du PS « les priorités de la France, après le « non » irlandais doivent correspondre à celles des Français et des Européens. Ce n’est pas d’une politique libérale qu’ils veulent mais de plus de social afin de retrouver un enthousiasme pour l’Europe » a-t-il affirmé le 30 juin durant le point de presse hebdomadaire du PS quelques heures avant la prestation télévisée de Nicolas Sarkozy.
Le député socialiste de Seine Saint-Denis a mis en garde également le chef de l’Etat contre les conséquences « catastrophiques » que pourraient entraîner une hausse des taux d’intérêt de la Banque centrale européenne. « Ce serait catastrophique pour la croissance, a-t-il insisté, d’autant plus que notre pays est privé de toute marge de manœuvre. Il ne faut rien faire pour atteindre la croissance » a poursuivi Bruno Le Roux qui demande au président de l’Union européenne d’empêcher que la BCE de décider -comme c’est prévisible -, une augmentation de ses taux d’intérêt.
De son côté, François Hollande a demandé au président Sarkozy de s’opposer à « l’adoption de directives de la Commission européenne qui mettent gravement en cause, selon lui, le principe de l’Europe sociale comme celle de la directive sur le temps maximal de travail passé de 48 à 64 heures ». Parmi les objectifs que la présidence française de l’Union européenne devraient privilégier, le premier secrétaire du PS en a listé trois : les salaires minima, les conditions de travail et la mobilité des salariés.
« Il faut donner une cohésion à l’Europe qui est en proie à de multiples crises,constitutionnelle, financière et alimentaire »a-t-il dit. En matière énergétique le leader socialiste a souhaité que l’Union européenne sous la présidence française se fixe des objectifs « beaucoup plus ambitieux sur l’énergie renouvelable, les économies d’énergies la recherche sur les énergies du futur ».
Il a repris à son compte, la proposition d’une « Europe de l’énergie » avancée par l’ancien président de la Commission de Bruxelles, Jacques Delors, qui serait le pendant de la CECA des années cinquante.
Pas de présidence « paillettes » mais du concret
En matière constitutionnelle, François Hollande s’est prononcé pour une Europe « à géométries variables » selon les sujets : énergie, défense, recherche, social, immigration.. En matière économique, il a souhaité que la « zone euro » devienne le « noyau dur pour des objectifs plus ambitieux de croissance ».
Les socialistes ne veulent pas que la présidence française de l’Union soit en « paillettes » ou « désincarnée » mais exigent au contraire qu’elle soit à l’écoute des Européens – et des Français – qui demandent davantage de mesures « sociales ».
Nicolas Sarkozy lui a choisi précisément de laisser de côté le côté social où il n’a aucune chance de réussir pour aller de l’avant sur d’autres questions qui préoccupent les gens comme l’immigration et la lutte pour la sauvegarde de l’environnement.
Une Europe qui rassure : voilà un pari bien difficile à réaliser…en six mois par Nicolas Sarkozy.

Le directeur de la Lettre Horizons
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