La vie politique française est entrée, un peu plus d’un an après l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, dans une période confuse faite en grande partie de désenchantement et d’incertitudes. Certes, tout ne va pas si mal et la bonne surprise tient au fait que l’économie française a réalisé un score meilleur que prévu depuis le début de l’année. Mais l’INSEE prévoit une croissance quasi nulle au second semestre. Au total 2008 se solderait sur une croissance de 1,6% en dessous de la fourchette de 1,7% à 2% retenue par Bercy, sous l’effet de multiples chocs extérieurs comme le pétrole cher. Même si les prévisions économiques des instituts ne sont pas toutes fiables – le gouvernement conteste celles de l’INSEE – la persistance d’une inflation record autour de 3% en moyenne sur l’année , réduirait à néant les gains de pouvoir d’achat, en dépit des mesures prises en faveur des ménages. En matière d’économie mondialisée, on passe en quelques mois du chaud ou froid, sans bien savoir où l’on va.
Les « non » irlandais et la réforme constitutionnelle compromise
Le président de la République qui ne parvient toujours pas à retrouver une cote positive dans l’opinion pensait se refaire une santé avec la présidence de l’Union européenne qu’il assurera à partir du 1 er juillet. Hélas, le « non » irlandais a complètement bouleversé son plan média. Alors qu’il rêvait d’une Europe flamboyante sous sa conduite, le chef de l’Etat va être contraint de ramasser les pots cassés d’une Europe toujours mal aimée par les opinions publiques. Et si Nicolas Sarkozy pensait pouvoir continuer sa route en mettant de côté le « non » irlandais, Angela Merkel, à l’ouverture du sommet européen de Bruxelles du 19 juin, lui a enlevé toute illusion. Elle lui a fait savoir qu’il n’était pas question d’envisager une Europe « à deux vitesses » en ce qui concerne les institutions. Les Vingt Sept se sont donné rendez-vous en octobre sans rien décider. D’ores et déjà, la proposition française pour lutter contre la hausse de l’essence (plafonnement de la TVA sur les carburants pur rendre l’essence moins chère) a été rejetée par la plupart des dirigeants européens.
L’initiative de Nicolas Sarkozy pour l’Union de la Méditerranée qui devait être le grand projet de son quinquennat a été elle aussi « rabotée » par les Européens. Par ailleurs, la réaction hostile du président libyen, Kadhafi qui avait pourtant été reçu en grande pompe en France, tend à montrer que les conceptions cartésiennes ne sont pas toujours reçues comme elles pourraient l’être par les pays arabes qui n’aiment pas que « l’on se mêle de leurs affaires ». Les va et vient incessants de la diplomatie française entre le Liban et la Syrie – tous les deux invités-vedettes du 14 juillet aux côtés du secrétaire général de l’ONU – n’ont pas encore donné les fruits escomptés.
Dans le domaine intérieur, le gouvernement est toujours à la recherche de la croissance et du pouvoir d’achat. Là encore, le chef de l’Etat n’a pas de chance avec la hausse, certains diraient en Amérique latine - « pornographique » -, du pétrole. Les réformes parfois indispensables sur le train de vie de l’Etat pour combattre notre déficit public chronique – baisse des effectifs dans la fonction publique et les armées - sont mal acceptées y compris dans la majorité.
Perte de crédibilité du couple Sarkozy-Fillon
Cette perte de crédit de l’exécutif se ressent également avec la réforme des institutions pour laquelle le gouvernement est contraint de passer sous les fourches caudines d’une majorité sénatoriale qui détricote en première lecture, le texte de compromis élaboré à l’Assemblée nationale ; Dès lors, il paraît peu probable que la réforme puisse aboutir au congrès comme prévue fin juillet. En pleine présidence de l’Union européenne, le chef de l'Etat ne prendra pas le risque de se faire désavouer publiquement.
Tout se passe comme si, Nicolas Sarkozy envisageait déjà d’exploiter politiquement le refus de l’opposition de cette réforme sur le thème : « les socialistes disent « non à tout » même quand on leur propose un statut de l’opposition ! ».
L’érosion de la popularité du chef de l’Etat et du gouvernement de François Fillon touche aussi les milieux syndicaux et patronaux qui ont été ulcérés de voir que le gouvernement n’a pas joué franc jeu avec les partenaires sociaux en cherchant à placer la fin des 35 heures dans un texte commun aux syndicats et au Medef sur la représentativité syndicale. Cela risque d’être une victoire à la Pyrrhus comme l’a prédit la présidente du Medef car les dirigeants syndicaux estiment avoir été trahis. Les relations gouvernement-syndicats risquent d’être beaucoup plus tendus à la rentrée.
Mais d’ores et déjà, l’opposition de gauche annoncé qu’elle allait se mobiliser au parlement ne serait-ce que pour faire oublier son absence remarquée dans les cortèges clairsemés des manifestations du 17 juin organisées par la CGT et la CFDT mais boycottées par d’autres syndicats.
Manifestement, le chef du gouvernement ne tient pas totalement ses troupes majoritaires au sein de l’Assemblée nationale. Les députés du Nouveau Centre renâclent semaine après semaine. Une partie des députés de l’UMP n’apprécient pas le retour au sein de l’OTAN. Ils ont reçu le soutien spectaculaire d’Alain Juppé qui a rappelé à l’occasion d’un colloque organisé le 18 juin que Jacques Chirac avait mis une condition préalable au retour de la France dans le commandement de l’OTAN : le partage du pouvoir par les Américains et l’existence d’une défense européenne intégrée.
La « ligne » présidentielle reste chaotique et soumise de plus en plus à la contestation encore feutrée de députés ou sénateurs de l’UMP ce qui n’est pas une bonne posture avant l’automne chaud qui est prédit au gouvernement et au chef de l’Etat par l’opposition et les syndicats.
Les leaders socialistes dans l’expectative avant le congrès du PS
Du côté de l’opposition – curieusement- on n’est guère fringant. En particulier chez les socialistes de base engagés contre leur gré dans une nouvelle guerre des chefs entre les amis de Ségolène Royal et ceux de Bertrand Delanoë ans la perspective du congrès de Reims en novembre. Le spectre du fameux congrès de Rennes qui reste un traumatisme pour tous les militants socialistes, ressurgit. Et la plupart d’entre eux comme les maire des grandes villes (Lyon, Marseille, Bordeaux etc.) ne souhaitent pas choisir entre les deux candidats pratiquement déclarés. Laurent Fabius joue lui la carte de la « troisième voie » avec les « Reconstructeurs » de Pierre Moscovici. Mais aucun des leaders actuels du PS n’est en capacité de droite s’il son choix sera suivi.
Les socialistes sont entrés en période de préparation de leur congrès, une période délicate où les courants s’affrontent. Avec juste raison, le premier secrétaire du PS sortant a demandé à ce que ses amis se prononcent d’abord sur une politique que sur les hommes ou femmes qui auront à l’incarner. Il n’empêche les spéculations vont bon train car, reconnaissons-le, il est plus facile de se faire des articles sur la guerre des chefs au PS que sur les propositions concrètes que les socialistes ont élaboré sur le, pouvoir d’achat.
Le président du groupe socialiste, Jean-Marc Ayrault a présenté, le 19 juin, une initiative qui se déroulera le 23 juin à Paris pour réunir dans la salle du Grand Rex à Paris, une assemblée générale où députés, sénateurs et parlementaires européens viendront rendre compte de leurs travaux et dialoguer avec les citoyens, associations et militants socialistes.
Jean-Marc Ayrault a répondu aussi aux critiques qui avaient été adressées au parlementaire socialiste qui ne s’étaient pas mobilisés en masse pour soutenir les manifestants dans les défilés organisées par les syndicats CGT et CFDT. Les parlementaires socialistes entendent en revanche se mobiliser sur cette question des 35 heures et aussi sur les perspectives en matière de santé. Le président du groupe PS au Palais Bourbon a promis de « faire face au gouvernement dans l’hémicycle. Le député-maire de Nantes a déjà annoncé que le gouvernement « allait souffrir sur le démantèlement des 35 heures » et la dégradation des conditions de soins pour les grands malades ou les personnes âgées.
La menace de paralysie de Besancenot comme le « Linke » en Allemagne
Le PS compte faire de « la santé pour tous et à tous âges », un thème de campagne leitmotiv pour les mois à venir susceptible de prendre le relais du « paquet fiscal » critique toujours aussi vivace au bout d’une année à l’égard du gouvernement.
En dehors de la préparation du congrès – les leaders vont faire connaître des contributions « locales » au débat car ils ne savent pas encore si leur choix personnel sera suivi par leurs militants toujours dans l’expectative. Mais en dehors de cette réflexion interne sur leur futur programme et leur leader, les socialistes commencent à se préoccuper sérieusement du "cas Besancenot". Le leader de la LCR fait un malheur dans els sondages où il devance Ségolène Royal. Une cellule a été constituée pour « contrer » cette offensive de Besacier. François Hollande a défini à grands trait l’argumentaire des socialistes, le 19 juin, au cours du « Grand Journal » de Canal +.
D’abord, Besancenot a un rapport plus syndical que politique. Il n’apporte pas de projet de gouvernement avec lui, contrairement au PS. Ensuite, il n’est pas possible de rester indifférent aux questions exprimées par ce courant d’extrême gauche d’autant plus que le président de la République n’a pas caché son intention de s’en servir comme « la gauche s’est servi de Le Pen contre la droite » pendant de longues années. « Les socialistes ne doivent pas laisser impressionner » a-t-il répliqué à l’égard des intentions du chef de l’Etat.
En réalité, le « cas Besancenot » préoccupe les socialistes tout comme les sociaux démocrates allemands du SPD sont obnubilés par le score de l’extrême gauche allemande, « die Linke » (« La gauche »)d’Oskar Lafontaine qui tend à empêcher toute coalition possible dans la mesure où le SPD ne représente à peine 25% actuellement.
La délicate quête d’un programme et d’un leader au PS
D’ici à la rentrée, les socialistes doivent prouver au « peuple de gauche » qu’il est capable de tenir tête au chef de l’Etat et majorité de droite et de présenter les fondements d’une politique alternative.
Comme à droite à l’UMP avec les « chiraco-villepino-juppéistes », sur l’Europe, la fin des 35 heures, des courants ou sensibilités traversent le PS. Les socialistes ont besoin de retrouver toute leur crédibilité à travers un programme et sans doute un leader. De ce point de vue, « l’alliance de Lille » conclue le 19 juin à Lille entre Martine Aubry et Bertrand Delanoë paraît une piste sérieuse. Un fait est certain, les stratèges politiques de l’UMP s’ingénient à trouver dans le secret des réformes du mode de scrutin – pour les régionales (proportionnel à un tour) et aux européennes ( couplage mixte de proportionnel un plan national et de majoritaire par circonscription) susceptibles de leur faire regagner le terrain perdu face aux socialistes, maîtres des lieux sur le plan local, lors des élections intermédiaires locales d’ici à 2011 en couplant par exemple régionales et cantonale en 2011.
Les citoyens français peuvent être décontenancés devant ces incertitudes en matière de conduite économique et sociale mais aussi dans le projets multiples étudiés actuellement pour réduire l’influence locale des socialistes à travers la mise en place par exemple d’un « Grand Paris » qui viendrait s’interposer en partie dans la région Ile-de-France dirigée comme pratiquement toute les autres par des socialistes. .
D’où cette impression de flou et de clair obscur qui obscurcit l’horizon à la veille des vacances qui seront brèves car il est fort probable, cette fois-ci, compte tenu de toutes ces incertitudes, que la rentrée sera pour le moins, agitée.
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Le directeur de la Lettre Horizons
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