Le président de la République présente, le 17 juin en grandes pompes à Paris devant 3000 militaires et quelques centaines de policiers, les grandes options du « Livre blanc » de la Défense qui a pour but d’adapter notre outil de défense aux défis du XXI ème siècle. Le chef de l’Etat entend marquer son empreinte dans un domaine qui n’était pas jusqu’à présent, son fort - contrairement à son prédécesseur Jacques Chirac, un président « fana-mili ». Nicolas Sarkozy a effectué son service national …à la caserne Balard à Paris et il s’était illustré avant son élection à l’Elysée en tant que ministre du budget par des propositions de restrictions budgétaires dans le domaine de la Défense ce qui lui avait valu une passe d’armes avec Michèle Alliot-Marie arbitrée en sa défaveur par Jacques Chirac.
Mais, aujourd’hui, Nicolas Sarkozy peut trouver dans le présentation de sa nouvelle doctrine militaire, une occasion de redorer son blason après le vote négatif de l’Irlande qui compromet en partie la présidence française de l’Union européenne. Il faut savoir au passage que parmi les raisons qui expliquent le « non » irlandais au référendum sur le traité simplifié figure la crainte de ce pays neutraliste d’être contraient d’adhérer à l’OTAN si le traité de Lisbonne était ratifié !
Pour l’essentiel, le « Livre blanc » revoit en profondeur la stratégie de sécurité nationale pour les quinze ans à venir en insistant sur la notion de résilience, c’est à dire sur la capacité de rebond rapide du pays après des attaques de type nouveau comme les cyber-attaques, le terrorisme de masse ou les pandémies.
Aux côtés des fonctions classiques de la défense nationale – maintien du nucléaire « assurance-vie de la nation » et les missions de prévention, intervention et de protection assurées par nos trois armées terre-air-mer avec priorité à l’aéromobilité - l’accent est mis sur la création d’une nouvelle fonction stratégique intitulée « connaissance et anticipation » - le renseignement sous toutes ses formes – pour répondre à toute une série de menaces diffuses et complexes, celles d’un monde de l’ « après 11 septembre » nécessitant une meilleure coordination entre les forces de sécurité extérieures et intérieures.
Une adaptation misant sur la connaissance et l’anticipation
Dans un article du « Monde » daté du 17 juin,le ministre de la Défense explique ce choix. « Nous avons besoin de moyens de renseignements pour lutter contre le terrorisme, qui étrangement rend le cœur de nos cités beaucoup plus vulnérable que du temps de la guerre froide, estime-t-il. Nous avons besoin de nous prémunir contre les cyber attaques qui pourraient désorganiser le système informatique de notre pays et par là des installation vitales comme nos hôpitaux.
Nous avons besoin, ajoute-t-il, d’adapter notre système de dissuasion à l’évolution des centres de gravité d’un monde au risque – tangible – de la prolifération nucléaire de pays qui dans quelques années peuvent disposer d’armes nucléaires,certes rustiques mais néanmoins bien réelles » affirme encore le ministre de la Défense, Hervé Morin.
Pour marquer symboliquement l’accent mis sur le renforcement spectaculaires des moyens de renseignements et d’observation qui seront regroupés autour du chef de l’Etat ( création d’un coordinateur national du renseignement confié à l’actuel ambassadeur de France en Algérie avec un conseil national du renseignement réunissant les ministres intéressés et un Conseil de défense et de sécurité nationale auprès de lui), Nicolas Sarkozy se rendra le 17 juin dans l’après-midi sur la base aérienne de Creil (Oise) dont la particularité est d’accueillir la très secrète Direction du renseignement militaire. Il ne fait pas de doute que « le Livre blanc » ouvre une ère nouvelle de nos armées que Nicolas Sarkozy veut voir réduites, mobiles et mieux équipées.
Dans toute l’histoire de la V ème République il n’y a eu que trois « Livre blanc » de la Défense. Le premier d’inspiration gaullienne publié en 1972 insistait sur l’indépendance nationale après le retrait de la France de l’OTAN en 1966. Le deuxième en 1994, sous la présidence de François Mitterrand en période de cohabitation insistait sur l’interdépendance européenne après la chute du Mur de Berlin et prévoyait la professionnalisation de nos armées intervenue en 1996.
Le troisième Livre blanc avec Nicolas Sarkozy implique la mutation des structures mêmes de notre défense pour adapter notre outil militaire à la globalisation et aux nouvelles menaces.
Les questions de fond parasitées par les initiatives de Nicolas Sarkozy
A priori, il n’y aurait rien à redire, si toutes ses inflexions majeures et leurs conséquences avaient été présentées et discutées de façon démocratique dans la préparation du « Livre blanc ». Or, il n’en a rien été. La commission du « Livre blanc » a été installée le 23 août 2007 sous la présidence de Jean-Claude Mallet mais les débats de fond qui ont pu s’y engager ont tous été parasités par les prises de positions personnelles de Nicolas Sarkozy au point même que les parlementaires socialistes qui y participaient ont décidé de démissionner.
A commencer par la décision majeure annoncée inopinément par le chef de l’Etat en Roumanie de réintégrer le commandement militaire intégré de l’OTAN en 2009.
Selon Paul Quilès, responsable des questions de Défense au PS, « le Livre blanc » n’est qu’une « mise en musique » de la volonté du Président de la République.
Au cours d’une conférence de presse organisée à la veille de la publication du « Livre blanc », l’ancien ministre socialiste de la Défense a critiqué le caractère « anxiogène » de la notion de « résilience » qui a pour but, selon lui, de faire peur et de concentrer autour du chef de l’Etat à l’Elysée, toutes les questions sensibles de sécurité et du renseignement.
Les socialistes critiques l’ « alignement » de Sarkozy sur George Bush
L’autre critique principale des porte-parole socialistes au président de la République (qui s’était traduite, le 8 avril par le dépôt à l’Assemblée nationale d’une motion de censure contre le gouvernement) tient à l’ « alignement » de la politique de défense française sur celle d’un président américain en bout de course, George Bush, alors qu’il faudrait au contraire,selon les dirigeants socialistes, poursuivre la mise en œuvre d’une « défense européenne ». « La réinsertion dans l’OTAN sera sans avantage pour l’OTAN et sans contrepartie pour nous » a affirmé Paul Quilès.
Le « Livre blanc » - mais cela a été aussi vrai pour les deux autres précédents – n’aurait pour but à leurs yeux que de justifier les décisions attendues ou déjà prises par le chef de l’Etat. C’est le cas en particulier pour la « nouvelle carte militaire » qui sera présentée début juillet par le ministre de la Défense Hervé Morin à l’Assemblée nationale et la nouvelle loi de programmation militaire débattue à l’automne.
Les socialistes dénoncent la fermeture prévue d’ici à 2012 d’une trentaines de garnisons et la dissolution d’une dizaine de garnisons. L’idée de base étant de densifier les implantations comme pour la carte judicaire ou la carte hospitalière. Les socialistes regrettent que ces restructurations massives ne soient pas accompagnées au niveau local par un « délégué interministériel » et non un simple délégué ministériel , comme ce fut le cas lors de professionnalisation des armées pour aborder la questions des compensations à la fois économiques et sociales. Le député socialiste François Lamy a parlé des « décisions brutales ».
« Contrairement à ce qu’affirme le ministre, les armées ont un rôle d’ aménagement du territoire à tenir dans la mesure où elles facilitent le lien armée nation » a précisé de son côté la députée PS du Finistère, Patricia Adam qui a démissionné de la commission chargé d’élaborer le « Livre blanc ». Les élus des collectivités locales, assurent encore les socialistes, ont été ignorés. De même que les parlementaires qui n’ont pas eu leur mot à dire sur la décision du ministre de la Défense de supprimer 6 000 postes annuellement dans le cadre de la RGPP pendant six à sept ans dans le secteur de la Défense qui emploie quelque 426 000 militaires et civils.
Chacun devra contribuer à la réduction des effectifs voire de volumes de matériels.
L’armée de terre qui devait être capable de déployer 50 000 hommes sur le théâtre d’opération n’en aura droit qu’à 30 000 …mais une nouvelle force de 10 000 hommes est prévue en cas de crise majeure sur le territoire nationale. De même comme l’a précise le ministre de la Défense dans « Le Monde », une capacité supplémentaire de 5 000 hommes pourra être mobilisée pour des opérations extérieures possibles ponctuelles comme l’évacuation des ressortissants.
Des restrictions drastiques en hommes et matriels
L’armée de l’air sera elle aussi mise au régime sec. Elle devait être capable de déployer cent avions de combat, nombre ramené à soixante dix
Enfin, le deuxième porte-avions ayant été renvoyé aux calendes grecques la Marine redoute que la révision stratégique ramène le nombre de ses navires de dix sept prévus à une douzaine seulement.
D’où cet avertissement du chef d’état major des armées, le général Jean-Louis Goergelin sur la priorité donnée, semble-t-il, à l’avenir aux renseignements dans la nouvelle programmation militaire : « savoir sans pouvoir n’est jamais d’une grande utilité !»….
Le discours attendu du chef de l’Etat et le débat au parlement dans les jours qui suivront - notamment le 26 juin à l’Assemblée nationale - devraient nous permettre d’y voir plus clair et de savoir si ce « Livre blanc » cache en quelque sorte avec quelques concepts-gadgets voire inutilement anxiogènes comme celui de la « résilience », des économies budgétaires rendues indispensables par notre situation économique ou bien si, comme cela est souhaitable, notre outil de Défense s’adapte résolument aux données fondamentales de la globalisation.
Avec le risque de mettre alors sous le boisseau le rêve d’une véritable « défense européenne » que la France mais aussi l’Allemagne avec la brigade franco-allemande et la Grande Bretagne à travers la déclaration de Saint-Malo, semblaient vouloir mettre sur pied pour assurer une défense autonome de notre continent européen en collaboration avec l’OTAN mais sans y être intégrée comme la France s’apprête à le faire.
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Le directeur de la Lettre Horizons
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