La mode des Ch’tis fêtée en grande pompe à Lille le 30 mai dans une ambiance de liesse ; la polémique sur les 35 heures qui allie pour la première fois depuis des lustres le Medef et les syndicats pour la défense de la durée légale des 35 heures contre le gouvernement et le président de la République incapables d’accorder leurs violons ; un mois de juin revendicatif de la gauche politique et syndicale pour la défense des acquis de la retraite et des 35 heures avec en point d’orgue, la manifestation « unitaire » du 17 juin : tout cela a tendance à faire remonter singulièrement la cote de Martine Aubry au sein d’un parti socialiste qui est à la recherche d’une solution de troisième type pour éviter l’affrontement entre Bertrand Delanoë et Ségolène Royal dans la perspective du congrès de Reims de la fin novembre puis de l’élection présidentielle de 2012.
Le risque d’un duel « fratricide » Delanoë-Royal

L’ancienne candidate à l’élection présidentielle de 2007, Ségolène Royal a ouvertement déclarée sa candidature à la surprise générale le 16 mai. Ce qui a entraîné la riposte de Bertrand Delanoë, la semaine suivante, sous la forme de la publication d’un livre « De l’audace !» (chez Robert Laffont) et de la réunion le 24 mai de ses amis sans que le maire de Paris exprime encore officiellement sa candidature au poste de premier secrétaire.
Cette montée au créneau s’est accompagnée d’une polémique « à fronts renversés » sur la notion de « libéralisme » avancée par le maire de Paris: Delanoë la propose comme un élément nouveau que Ségolène Royal rejette car elle estime qu’il s’agit tout simplement du « concept des adversaires »… alors qu’elle faisait elle-même référence au « libéralisme » dans une récente interview au « Point » fin mars 2008 !
Les « Reconstructeurs » et Fabius contre le deux « favoris »
Comme la modification des statuts du PS adoptée à la quai unanimité par les dirigeants du PS avant d’être approuvée formellement à la mi-juin par une convention du PS indique dans son article 2 que la doctrine des socialistes a toujours été de concilier « les libertés (libéralisme) et l’égalité » comme le rappelait la bras droit de François Hollande, dans une mise au point le 26 mai, tout cela ressemble fort à une fausse querelle. C’est en tout cas ce qu’a affirmé Laurent Fabius, le 31 mai sur « Europe1 » en dénonçant le fait que les « faux débat dégénèrent en général au PS en pugilat ».
L’ancien premier ministre socialiste qui n’est pas dans la course pour le poste de premier secrétaire redoute – comme la plupart des dirigeants socialistes - un remake du déplorable congrès de Rennes de 1990 où les militants fabiusiens et jospinistes s’étaient hués les uns les autres donnant ainsi un spectacle déplorable.
Ses amis soutiennent l’initiative des « Reconstructeurs » réunis le 31 mai à Paris avec les proches de Dominique Strauss-Kahn (ce dernier s’est pourtant déclaré le 18 mai « assez déterminé » pour l’échéance de 2012) et des « jeunes loups » du PS comme Arnaud Montebourg et Manuel Valls.
Parmi les « Reconstructeurs » les candidats au poste de premier secrétaire « intérimaire » et « non présidentiable » ne manquent pas. C’est le cas par exemple de l’ancien ministre des affaires européennes, Pierre Moscovici. Julien Dray a lui aussi fait acte de candidature au seul poste de premier secrétaire du PS.
L’offensive « idéologique » de François Hollande…
Devant l’expression de ces ambitions affichées ou à peine masquées, François Hollande qui abandonne la rue de Solférino après avoir passé plus de dix ans à la direction du PS s’est efforcé de replacer le débat interne du PS sur de bons rails en publiant le 30 mai dans « Le Monde » une tribune libre où il invite les personnalités socialistes à renoncer aux batailles des mots et d’ego pour engager une « offensive idéologique ».
Le premier secrétaire du PS ne renonce pas à être l’homme de l’ «unité » comme il l’a été affirme-t-il , en 2002 après l’échec de Lionel Jospin, en 2005 après la cassure interne au PS sur l’Europe et en 2007 après la défaite de Ségolène Royal.
François Hollande, aidé par ses proches de la direction comme Stéphane Le Foll, Bruno Le Roux et André Vallini compte déposer une contribution dans laquelle il compte apporter des réponses pour faire face à « l’ampleur de la situation économique, énergétique, démographique ». Selon lui, « l’intervention de l’Etat, la nécessité d’un effort partagé et l’émergence de la cohésion sociale ne sont jamais apparues aussi évidentes ».
Le tout nouveau président du conseil général de la Corrèze plaide pour une relance idéologique des socialistes faisant valoir – ce que beaucoup pensent au PS – qu’il n’existe pas de différences fondamentales entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë sur le fond.
…et de la gauche du PS
Cette affirmation n’est pas partagée en revanche de l’aile gauche du PS du « Nouveau Parti Socialiste » d’Henri Emmanuelli et Benoît Hamon, l’ancien dirigeant rocardien de Jeunesses socialistes qui veut construire une « majorité nouvelle » rejetant « la pensée de marché où l’offre politique s’adapte à la demande » (c’est pour Ségolène Royal) et le courant où la principale idée « le libéralisme politique » ...est réglée depuis 1920 ! (voilà pour Bertrand Delanoë.
L’ « aile gauche » du PS reçoit l’appui du sénateur socialiste de l’Essonne, Jean-Luc Mélenchon pour qui, « il faut une gauche au PS, sinon li n’y aura plus de PS de gauche ».
Qu’en pensent les socialistes ?
Au sommet, les « barons » des grandes fédérations socialistes ont décidé d’attendre. Le maire de Lyon, Gérard Collomb et le président du conseil général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini, bientôt rejoint par Jean-Paul Huchon ont décidé d’attendre. Ils ont dit conjointement le 21 mai qu’ils refusaient de choisir dès maintenant entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë. A la tête de « gros bataillons » de militants, ils ne peuvent se tromper sur leur choix.
D’autres maires de grandes villes comme celui de Grenoble, Michel Destot et celui de Strasbourg, Roland Ries, prennent le parti de Bertrand Delanoë alors que certains comme celui de Besançon restent fidèles à Dominique Strauss-Kahn. .
Michel Sapin, ancien proche de Ségolène Royal estime lui qu’il est encore possible de convaincre les uns et les autres de faire émerger une « autre démarche ».
Les électeurs et les militants eux n’ont pas encore réellement choisi. Le dernier sondage BVA-Express réalisé du 15 au 17 mai permet au maire de Paris de prendre la tête de la course (69% contre 63%) mais la présidente de Poitou-Charentes garde un avantage auprès de sympathisants socialistes (33% contre 26%).
Deux options et la « dame du Nord »

En fait, deux options tactiques se profilent pour la préparation du futur congrès socialiste.
Celle de Ségolène Royal qui souhaite une sorte de « bing bang » pour élargir le PS dans la continuité de ce qu’elle a commencé à faire pendant la dernière campagne présidentielle avec sa démocratie participative. Nous nous fixons l’objectif d’un parti à 700 000 adhérents » (260 000 actuellement avec les nouveaux adhérents de 2007) confie-t-elle dans le journal « Libération » du 31 mai. Elle veut s’adresser notamment « aux jeunes des quartiers populaires, aux employés, aux ouvriers aux femmes et à la France métissée avec lesquels elle se sent, assure-t-elle, une « responsabilité particulière ».
L’autre démarche plus classique est conduite par un fin connaisseur de la vie politique, Bertrand Delanoë. Le maire de Paris adopterait une démarche plus proche de celles de Lionel Jospin et François Mitterrand en popularisant un parti socialiste « relooké » y compromis avec l’apport des jeunes « Reconstructeurs » et des amis proches de Laurent Fabius et de Dominique Strauss-Kahn.
Dans ce cas, Martine Aubry, figure mythique de la gauche pourrait reprendre du poil de la bête au PS. Elle attend juin pour abattre ses cartes dans une contribution. Elle sera pratiquement la dernière à le faire.
Devant ce retour en grâce, une question arrive : une fois dans la place, la maire de Lille ne se verrait-elle pas pousser des ailes pour briguer l’Elysée ?
Les « Reconstructeurs » et autres Fabiusiens, Strauss-kahniens et Hollandais seront-ils prêts à prendre ce risque ? Réponse à la fin de l’été aux journées de La Rochelle… si le scénario de la « dame du Nord » se concrétise.

Le directeur de la Lettre Horizons
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