La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 27 mai 2008


Nicolas Sarkozy sur RTL
recadre la politique économique et sociale :

- « Pas de rigueur, pas de fin des 35 heures »
- « Le travail que l’on fait portera ses fruits »
- Propositions fiscales au niveau européen sur le pétrole …

mais à quoi sert le Premier ministre ?


Nicolas Sarkozy enregistre le plus faible taux de popularité d’un président de la République au bout d’un an d’exercice du pouvoir à l’Elysée. La politique économique du gouvernement atteint en mai un record d’impopularité inégalée depuis deux ans et la période du CPE-Villepin, selon un sondage « Les Echos-France-Inter »- BVA (baisse de 11 points d’indice). Cela n’empêche pas le chef de l’Etat de multiplier les initiatives en France et à l’étranger avec un seul leitmotiv qu’il a rappelé au cours de son intervention, le 27 mai sur RTL : « le travail que l’on fait portera ses fruits ! ». Il est omni présent. Levé tôt avec Carla Bruni, il va à Rungis rencontrer ceux qui se lèvent tôt.
Il va ensuite sur une radio périphérique de grande écoute parler de tout ce qui préoccupe les français : pouvoir d’achat, prix du gas-oil, économies d’énergie. Tout y passe. Des promesses qui peuvent coûter comme celle de supprimer la publicité sur les chaînes publiques de télévision sans augmenter la redevance.

Il ne laisse pratiquement aucun espace au Premier ministre

Le chef de l’Etat est sur tous les fronts. Au point même que l’on se demande devant tant de présence médiatique et d’activité sur le terrain, à quoi sert le Premier ministre qui, ces derniers temps, a été envoyé par le chef de l’Etat en visite à l’étranger …
« C’est bien utile d’avoir un Premier ministre à mes côtés pour gouverner la France » a assuré le chef de l’Etat. C’est une litote car Nicolas Sarkozy occupe tellement le terrain que l’on se peut se demander ce qui reste à dire et à faire… au Premier ministre.
Autre exemple : à l’interrogation suscitée par la décision du chef de l’Etat de réunir régulièrement à l’Elysée sept ministres en l’absence du Premier d’entre eux, Nicolas Sarkozy répond avec aplomb : « le Premier ministre fait bien un séminaire gouvernemental sans le Président de la République, je ne m’en formalise pas ! ».
Le chef de l’Etat, gardien de la Constitution, aurait-il oublié que l’article 21 de la dite Constitution précise que « le Premier ministre dirige l’action du gouvernement » et qu’il « est responsable de la Défense nationale tandis que l’article 20 de la Constitution édicte : « le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation ».
On est loin du compte avec la pratique de Nicolas Sarkozy qui annonce d’ores et déjà la fermeture d’une quinzaine de bases aériennes alors même que le gouvernement doit rendre public le « Livre blanc » de la Défense.
C’est sans doute cette question de la « nouvelle gouvernance » qu’il aurait fallu éclaircir au moment où le parlement discute d’une réforme constitutionnelle qui ne va pas au fond puisqu’elle ne tient pas compte de la « nouvelle donne » du quinquennat qui donne la prédominance de l’élection présidentielle au suffrage universel du chef de l’Etat qui entraîne dans la foulée celle des députés formant sa majorité. Voilà une nouvelle illustration du fameux « régime présidentiel à la française » que souhaitait voir mettre en place …François Fillon avant d’être nommé lui-même Premier ministre.

Déterminé à faire ce qu’il a promis et que l’on n’a pas fait avant lui

Le chef de l’Etat a fait preuve au cours de cette émission radiodiffusée d’une détermination à toute épreuve. « Le travail que l’on a fait portera ses fruits » a-t-il martelé en fin d’émission. Force est de constater qu’il n’était pas venu sans « biscuits » puisque, comme il l’a fait remarquer : la croissance en 2007 a été de 2,2% (ce qu’aucun spécialiste économique n’avait prévu) et que la baisse du chômage enregistrée a été la plus importante depuis vingt cinq ans et qu’elle va continuer, selon lui. Enfin, toujours selon le chef de l’Etat, 59% des entreprises utilisent les heures supplémentaires ce qui va contribuer, selon lui, à améliorer le pouvoir d’achat.
Même s’il n’a pas suivi la ministre de la recherche qui a cru bon d’affirmer que le quinquennat de jacques Chirac a été perdu pour la France, « l’histoire dira je n’ai pas à le juger » a-t-il dit – Nicolas Sarkozy n’a cessé de montrer que ses prédécesseurs n’ont pas réglé les problèmes auxquels il est confronté.
De la réduction du déficit public ? - « cela fait trente cinq ans que l’on en parle ! », a-t-il dit - jusqu’à la remise en état de la ligne du RER A qui transporte chaque jour plus d’un million de personnes – « cela fait quinze ans que cette ligne est vétuste » a-t-il insisté sans oublier la question des retraites ou la baisse des effectifs des enseignants –« cela fait vingt ans que l’on en parle » a-t-il encore précisé - : tout y passe...
Histoire de montrer qu’il ne peut pas réaliser en un an ce qui n’a pas été tenté dans les dix , vingt ou trente ans auparavant mais que toutes les promesses qu’il a faites pendant sa campagne présidentielle seront réalisées. Au point même qu’il a trouvé un argument un peu spécieux pour refuser la proposition de la présidente du Medef de faire travailler les salariés jusqu’à soixante trois ans et demi : « Je n’en ai pas parlé pendant la campagne, je ne le ferai pas ! ». Nicolas Sarkozy est au four et au moulin. Il annonce des projets sans toujours se soucier de leur faisabilité ni de la cohérence avec la politique suivie par son Premier ministre qui veut des économies. Il commente les décisions prises sur les médias.

La pierre angulaire du droit d’expression à la télévision


Cette boulimie de pouvoir et de présence dans les médias - TF1 et France 2, le 24 avril, RTL le 27 mai sans compter les compte rendus de ses nombreux déplacements en province et à l’étranger - devrait rendre circonspects les socialistes qui ont annoncé qu’ils ne voteraient pas la révision constitutionnelle en cours de discussion à l’Assemblée nationale. Tous les socialistes, à l’exception de deux députés dont Gaétan Gorce de la Nièvre, ont décidé de voter contre en première lecture sans préjuger du vote final en deuxième lecture et au Congrès s’il se réunit à Versailles comme prévu.
Sans changement du mode de scrutin pour le Sénat et les législatives, ils n’ont rien à attendre de réellement nouveau de cette réforme institutionnelle. Pire même, ils risquent d’y perdre des plumes avec le redécoupage des circonscriptions en cours et la réforme confirmée du scrutin des régionales qui a pour but affiché d’empêcher que se renouvelle le « grand chelem » du PS sur les régions comme en 2004..
Il n’y a véritablement qu’une concession que le chef de l’Etat pourrait faire. C’est celle de concéder que son temps de parole dans les médias doit être compensé par un temps équivalent accordé à l’opposition quand il intervient dans le domaine de la politique intérieure. Comme l’indique Jack Lang c’est là le noeud du problème maintenant. Mais à voir l’appétit du chef de l’Etat pour communiquer sur ses actions et celles de son gouvernement sinon des sept ministres « sarkozistes » triés sur le volet, il est possible de douter que le chef de l’Etat abandonne ce pouvoir médiatique qui n’est plus le quatrième pouvoir- celui de la presse - mais le premier qui consiste à promettre même si l’on sait fort bien que l’on ne pourra pas tenir… dans l’immédiat du moins.
« Le travail que l’on fait portera ses fruits »a affirmé en conclusion, le chef de l’Etat. Une affirmation qui ne mange pas de pain puisqu’elle ne pourra être jugée valable qu’en 2012…

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 
 

 

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