La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 26 mai 2008


Notre vie politique manque de cohérence et de bon sens …

- Le président de la République impopulaire
multiplie les annonces

- Le Parti socialiste recrée des débats internes artificiels


Le moins que l’on puisse dire pour définir la situation politique actuelle, un peu plus d’un an après l’élection de Nicolas Sarkozy, c’est qu’elle manque totalement de cohérence voire de bon sens. L’opinion publique juge sévèrement ses principaux acteurs. Le président de la République recule encore d’un point au dernier sondage IFOP du « Journal du Dimanche » avec 35% d’avis favorables contre 64% de mécontents, le taux de rejet le plus fort (29% sont très mécontents) de l’action du chef de l’Etat depuis son entrée en fonction. La crise des carburants qui touche tous les Français explique en partie cet échec patent de la promesse de Nicolas Sarkozy sur l’augmentation du pouvoir d’achat.
Le chef de l’Etat et le gouvernement multiplient les initiatives pour tenter de se sortir de ce mauvais pas. Ils font flèche de tout bois dans pour autant parvenir à leurs fins. Lundi, le chef de l’Etat a dépoussiéré les formules gaullistes et pompidoliennes de la participation et de l’intéressement des travailleurs. Avec les heures supplémentaires et la nouvelle loi de modernisation économique (LME) , ils espèrent ainsi répondre aux demandes pressantes concernant l’augmentation du pouvoir d’achat.

Des annonces surprises sans portée immédiate sur le pouvoir d’achat


Mais toutes ses formules ont déjà été employées dans le passé sans faire preuve de leur efficacité. L’intéressement par exemple peut s’obtenir mais au détriment des hausses salariales comme naguère les 35 heures ont pesé lourdement sur le pouvoir d’achat. De » même, il ne fat pas attendre des miracles de la loi de modernisation économique (LME) qui devrait théoriquement être appliqué. Depuis trois mois au moins puisque le secrétaire d’Etat à la consommation de l’époque, Luc Chatel avait déjà fait adopter en décembre la suppression des marges dans les grandes surfaces.
Tout se passe comme si le pouvoir en place cherchait à multiplier les signes extérieurs de bonne volonté quitte même à aller puiser dans des propositions socialistes qu’il négligeait jusqu’à présent. Le « chèque-transport » formule proposée par les socialistes depuis plusieurs mois que le ministre du budget évoque dans le « Journal du Dimanche » du 25 mai en regrettant qu’il ne soit pas « suffisamment répandu dans les entreprises » !
« Il faut que le dialogue social prenne son essor » ajoute même sans rire, le ministre UMP¨après une semaine où le chef de l’Etat a relancé, un soir de grève, le service d’accueil obligatoire pour les jours de grève des enseignants et où le secrétaire général de l’UMP Patrick Devedjian a agité sans vergogne le chiffon rouge de la suppression des 35 heures avant d’être démenti par son secrétaire général adjoint qui n’est autre que le ministre du travail Xavier Bertrand… Il y a certainement meilleure façon pour favoriser le dialogue social.
Les annonces surprises présidentielles, les difficultés connues du gouvernement à imposer aux députés ses priorités successives laissent une impression d’amateurisme voire d’incohérence dans l’exercice des tâches présidentielles et gouvernementales. Il ne suffit pas de laisser entendre que des dissensions existent entre le chef de l’Etat et le premier ministre pou expliquer cet imbroglio majoritaire.
Manifestement, en optant pour des réformes concomitantes et dans tous les domaines, Nicolas Sarkozy a fait une erreur. Car, ce qui importe aux français n’est pas de savoir si le gouvernement fait 55 réformes ou les 316 du rapport Attali mais si ces réformes sont bonnes et profitables pour les Français. Or, vu les circonstances économiques aggravantes actuelles, c’est la démonstration du contraire qu’affiche le pouvoir sarkozyiste.

Le libéralisme compatible avec le socialisme ? oui, dit-on au PS

Ce n’est pas du côté socialiste qu’il faudra chercher la cohérence. La préparation du congrès de novembre à Reims n’a pas encore commencé – elle débutera officiellement le 14 juin avec la présentation des contributions qui à l’automne pourront se transformer en motions sur lesquelles les militants seront appelées à voter – que les deux favoris actuels pour la présidentielle de 2012, Ségolène Royal et Bertrand Delanoë sont déjà quasiment en piste l’un contre l’autre. . Il suffit que l’un dise blanc pour que l’autre opte pour le noir. On l’a senti sur le service minimum dans les écoles que Bertrand Delanoë, maire de Paris a refusé tout net alors que Ségolène Royal et ses amis n’y voyaient en gros, trop rien à redire
Le week-end dernier a offert une nouvelle controverse - pantalonnade sur le thème du « libéralisme » et du « socialisme » qui a permis aux deux prétendants de s’affronter à fronts renversés…
La « libérale » Ségolène Royal affirmait tout de go que vouloir accoler socialisme et libéralisme s’averrait « incompatible » (ce que Julien Dray qualifie d’ « erreur politique »). De son côté, le « jospiniste » Bertrand Delanoë sortait de son chapeau, un mot -« libéral » -présenté comme audacieux alors que, selon le « bras droit » de François Hollande, Stéphane Le Foll, les nouveaux statuts du PS (article 2) adoptés sans coup férir il y a quelques semaines par l’ensemble des courants, accolent les mots « liberté » et « égalité » qui recouvrent les mêmes notions.
Si les deux principaux protagonistes se chamaillent autour de ce faux problème du« tournant libéral » c’est tant pis pour eux et les autres… qui n’y comprennent strictement rien. « On est dans l’agitation et pas dans l’action » soulignait ainsi le porte-parole du PS, Stéphane Le Foll, dans son point de presse du 26 mai au siège du PS, rue de Solférino à Paris.
Mais la cohérence, elle non plus n’est pas assurée dans l’action. Comme le vote sur la réforme institutionnelle risque de le démontrer. Dans une tribune libre au « Monde » une quinzaine de députés ont laissé entendre qu’ils la voteraient. C’est le cas de Manuel Valls, député-maire d’Evry (Essonne) qui a plaidé le 26 mai sur RTL pour l’adoption de la réforme.

Vers une nouvelle « guerre des chefs » au PS …


L’amorce d’une nouvelle « guerre des chefs » à laquelle Laurent Fabius et François Hollande ne vont pas tarder à se mêler - sans oublier les « Reconstructeurs » proches de Pierre Moscovici et d’un Dominique Strauss-Kahn « assez déterminé à une éventuelle candidature » - semble probable alors même que les français tout comme les militants socialistes attendent du PS la définition d’options politiques nécessaires pour sortir le pays de l’ornière.
Finalement au PS comme ailleurs, ce sont les intérêts immédiats de boutique ou personnels qui priment. Certains n’hésitent pas à utiliser des faux problèmes pour s’opposer, d’autres envisagent de rompre la solidarité sur la réforme institutionnelle pour se mettre en avant.
En fin de compte c’est davantage le contexte que le texte qui compte d’un côté de l’échiquier comme de l’autre.
Certains estiment que compte tenu des difficultés qu’il rencontre à gauche comme à droite pour mettre au point sa réforme institutionnelle, Nicolas Sarkozy n’ira pas jusqu’au congrès de Versailles en juillet et que la réforme sera enterrée - comme Georges Pompidou l’avait fait en son temps pour le quinquennat – ce qui lui permettrait d’accuser les socialistes d’ « archaïques ».
D’autres chez les socialistes pensent que même si la réforme apporte quelques innovations, le contexte politique doit inciter à refuser une réforme en trompe l’œil qui ne modifie pas réellement la donne parlementaire. Ils donnent l’exemple des projets de modifications des scrutins électoraux à l’étude (à l’Assemblée nationale + 12 français de l’étranger sur lesquels les socialistes ne peuvent pas espérer en obtenir plus de deux ou trois si le mode de scutum ne change pas) et pour les régionales, avec un mode de scrutin à un tour favorisant la droite tout comme l’augmentation prévu du nombre des sénateurs pour renforcer encore le poids de la droite dans la deuxième Chambre. Tout cela pèsera lourd.

Des réformes gouvernementales qui n’ont guère d’effets sur la réalité du côté du pouvoir, à droite. Des querelles factices sans que la question de fond celle de l’élaboration d’une alternative politique crédible soit amorcée à gauche : les Français n’ont guère des raisons d’avoir un moral politique plus haut que celui qu’ils ont actuellement dans leur avenir économique bien compromis au moins à court et moyen terme.

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 
 

 

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