En une dizaine de jours, les principaux « présidentiables » du PS , auront tous mis cartes sur table et dévoilé leurs intentions pour le congrès socialiste de Reims de la fin novembre mais au delà pour la présidentielle de 2014. Le risque est évident. Refaire la course d’élimination interne qui avait profondément divisé le parti socialiste de la fin 2006 à l’échéance présidentielle de 2007 sur des questions de personnes plus que de fond d’où l’échec à la dernière campagne présidentielle.
Si l’on s’en tient aux apparences, c’est reparti pour un tour ! En l’espace de trois jours, Ségolène Royal a annoncé de façon impromptue le 16 mai - à l’occasion de la réunion d’un « atelier citoyen » à Paris - qu’elle accepterait « avec joie et détermination d’assumer la belle mission de chef de parti, si les militants en décidaient ainsi ».
Ségolène Royal est repartie pour 2012
Ce n’est pas a priori un scoop car chacun sait bien que la tactique de la présidente de la région Poitou-Charentes consiste à faire la course en tête et à prendre ses initiatives en «toute clarté et transparence » comme elle l’a précisé le 19 mai sur RTL.
Voici donc, Ségolène Royal dans la lignée d’un François Mitterrand et d’un Lionel Jospin qui avaient choisi de tenir le parti pour mieux se lancer dans la campagne présidentielle. Car elle a clairement laissé entendre le 17 mai sur « France 2 » qu’au delà de sa candidature à la tête du parti socialiste, elle gardait en ligne de mire présidentielle de 2012.
Elle estime qu’il lui revient de poursuivre la tâche entreprise durant sa campagne présidentielle de 2007. Elle avait d’ailleurs indiqué au soir même de sa défaite qu’elle allait reprendre le combat à l’exemple de François Mitterrand qui a réussi à se faire élire à l’Elysée à sa …troisième tentative.
Ségolène Royal est repartie pour un tour et cherche à gagner la majorité du PS à sa cause.
Si elle a pris tout le monde de vitesse c’est …parce qu’elle cherche à contrer la mise sur orbite de Bertrand Delanoë !
Bertrand Delanoë se veut « audacieux »
Le maire de Paris avait gelé ses ambitions nationales durant la campagne des municipales. Réélu à l’Hôtel de ville de Paris – une performance quand on compare sa situation avec celle de ses mais londonien et italien, socialistes déchus – Bertrand Delanoë va lancer réellement sa campagne cette semaine pour la conquête du PS.
D’abord, le 22 mai en publiant un livre de réflexions politiques intitulé « De l’audace » présenté pour ceux qui l’on lu - et ils sont rares comme devant être tourné vers l’avenir particulièrement « décoiffant » et innovant.
Puis, Bertrand Delanoë réunira se partisans le 24 mai à La Mutualité à Paris et fera connaître de nouveaux concours émanant des personnalités et de fédérations. Le maire de Paris a le vent en poupe.
Il s’appuie sur un bon sondage Ipsos paru dans « Le Point » daté du 15 mai ou il devance Ségolène Royal de plus de dix points parmi les sympathisants socialistes pour diriger le PS avec 52% contre 40% et de quatorze ponts en ce qui concerne la présidence de la République. Ceci explique cela.
François Hollande à la cherche du « respect » mutuel
La rivalité inéluctable entre ces deux « favoris » logiques pour l’investiture du PS en 2012 suscite l’appréhension su côté de François Hollande. Le premier secrétaire du PS qui devait tenir une conférence presse le 19 mai sur la situation dans le secteur de l’audiovisuel a préféré y renoncer pour ne pas être soumis au feu roulant de questions sur les déclarations présentées ou avenir des « présidentiables » Royal et Delanoë. En revanche, par l’intermédiaire due porte -parole du PS, il a lancé une mise en garde aux futurs candidats à sa succession à la tête du PS pour qu’ils respectent le calendrier, les militants et les français eux-mêmes.
Le calendrier, car le congrès de Reims qui se tiendra dans sept mois doit d’abord et avant tout, dit-on dans son entourage, fixer la ligne programmatique du PS.
Une première étape sera franchie, le 14 juin avec la Convention nationale qu doit adopter les nouveaux statuts du PS.
Puis le débat devra ensuite s’ouvrir sans tabou sur les différentes contributions puis motions soumises aux militants. Mais pour François Hollande pas question de brûler les étapes même si le premier secrétaire du PS présentera néanmoins la semaine prochaine sans doute – mais pas avant pour ne pas interférer avec les initiatives de Bertrand Delanoë, dit-on dans son entourage – une contribution soutenue par ses amis.
Royal, Delanoë, Hollande : il manquait DSK.
L’ « appel du 18 mai » de Moscovici contre « la guerre des chefs »
Le directeur général du FMI a réuni, le 17 mai ses fidèles pour leur dire qu’il n’avait renoncé à rien et que « son objectif était 2012 », selon le vice-présidente du conseil régional d’Ile de France, Michèle Sabban. Les « Reconstructeurs » - ceux qui ne veulent ni de Royal ni de Delanoë et encore moins de la première que du second – ont décidé de présenter une contribution et de soutenir un candidat – Pierre Moscovici – pour le prochain congrès. Ils ont aussi obtenu le soutien d’Arnaud Montebourg. Il s’agit dans un premier temps pour les amis de DSK d’éviter la débandade et de donner ses chances à une nouvelle majorité du « ni, ni » ni Royal, ni Delanoë. Ils ont lancé à cet effet un « appel du 18 mai » qui pourrait intéresser les amis de Laurent Fabius. « Le PS n’a pas besoin de guerre des chefs » a affirmé, le 19 mai sur la Chaîne parlementaire, Pierre Moscovici. « Ni l’un ni l’autre ne ferait 30% dans le PS » et de leur affrontement il ne sortirait « rien de clair, de constructif ni de définitif » a affirmé celui qu se présente comme un futur « premier secrétaire de travail ».
A la recherche d’une « majorité nouvelle »
Il existe donc actuellement au PS deux candidats quasiment déclarés Bertrand Delanoë et Ségolène Royal qui cherchent à prendre la tête du PS sans avoir jusqu’ici la capacité de réunir autour de leur nom une majorité au congrès de Reims. L’une, Ségolène Royal va s’attacher à jouer la « base », l’autre veut « régénérer » les instances dirigeantes collectives du PS.
La première joue plutôt « perso » tout en pariant sur la « démocratie participative »; le deuxième insiste sur le « collectif » connaît parfaitement les arcanes du PS et dirige son équipe d’une main de fer.
Ils vont donc devoir convaincre et entraîner derrière eux, des ralliements. Ils le feront sans doute sans marchandage ni compromis pour marquer la rupture avec les vieilles pratiques mitterrandiennes.
Apparemment instruits par les évènements du passé, les militants socialistes ne souhaitent guère un affrontement direct entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë. L’appel au travail collectif de réflexion et au respect mutuel peut donc être entendu.
Au total, le scénario idéal vu par les proches de François Hollande consisterait à faire adopter au congrès de novembre un texte commun regroupant les théories avancées par les deux présidentiables. Ces derniers auraient ensuite toute latitude, une fois l’accord sur le fond du programme conclu, de mener leur propre campagne personnelle pour l’investiture en 2011.
Le risque de l’éclatement du PS
Mais, à côté de ce vœu raisonnable existe un autre scénario: celui de la compétition ouverte entre les « royalistes » et partisans de Bertrand Delanoë. Avec tous les avantages et les risques que cela suppose. Les avantages d’un débat d’idées tonique et vivifiant qui dépasse les « vieilles » lunes mitterrandiennes et autres jospiniennes. Un socialisme du XXI ème siècle tel que le laisse entrevoir l’importante modification des statuts du PS.
Mais si, à nouveau, les militants devaient se déchirer et oublier le « respect » mutuel, le PS courrait à la catastrophe et à l’échec. Les militants socialistes iraient s’égayer du côté du « Nouveau parti anti-capitaliste » d’Oliver Besancenot d’un côté, et vers l’alliance de centre-gauche « BBB » - Baylet, Borloo- Bayrou – de l’autre. Certains radicaux de gauche lors de leur de leurs congrès le 17 mai à Paris ont avancé cette hypothèse d’un centre gauche autonome pour les élections européennes.
En jouant dès à présent cartes sur table, les présidentiables du PS se lancent donc dans ce qui pourrait bien devenir, au fil des mois, comme un quitte ou double décisif alors que la première année ratée en grande partie par Nicolas Sarkozy laisse entrevoir un retour possible de la gauche aux affaires.

Le directeur de la Lettre Horizons
politiques
|