L’un des leaders des événement de mai 68, Daniel Cohn-Bendit, « Dany le Rouge », aujourd’hui député vert européen l’affirme : il faut en finir avec les idées de mai 68, les circonstances sont totalement différentes aujourd’hui. C’est un fait indéniable. Les temps ont changé. Les ex-maoïstes laudateurs de la Chine de Mao ne reconnaîtront pas le « communisme-libéral » débridé de Pékin qui se trouve en passe de tenir la dragée haute à l’économie américaine et européenne. Les « Enragés » soixante-huitards qui mettaient en avant la révolution cubaine il y a quarante ans ont du mal à reconnaître dans ce pays économiquement exsangue eet sous dictature castriste, la réalisation de leur idéal.
Les « modèles » révolutionnaires de mai 68 se sont tous effondrés y compris l’ex-URSS communiste. Le modèle capitaliste a triomphé y compris dans cet ex-Tiers-Monde, passé des pays en voie de développement aux pays émergents de l’Inde et du Brésil. C’est clair, le contexte économique de la globalisation impose la reconnaissance de l’économie de marché. Au point même que, dans notre pays, l’un des jeunes « lions » du PS français, Manuel Valls propose d’abandonner le terme « socialiste » pour désigner son parti dans la mesure où, selon lui, « il n’est plus question pour les sociaux-démocrates français de renverser le capitalisme».
Il est vrai que les dernières élections qui se sont déroulées au sein de l’Union européenne – mises à part celles en Espagne - ont toutes confirmées la droite gestionnaire au pouvoir.
Les partis de gouvernement de la gauche européenne sont tous incités à faire leur aggiornamento. Ce sera le cas pour le PS français à la fin de l’année avec son congrès de Toulouse qui adoptera ses nouveaux statuts – plusieurs dizaines d’années après le Bad Godesberg des sociaux démocrates allemands – prévoyant de mettre fin définitivement à la fameuse appropriation collective des moyens de production qui fut à la base des « nationalisations » du secteur bancaire des années 1980 avec François Mitterrand.
Plus de raisons de faire la révolution qu’en 68 ?
Si le monde a changé est-ce pour autant que les idées révolutionnaires de mai 68 doivent être abandonnées ? Objectivement, reconnaissait récemment, un politologue indépendant Jean-François Kahn : il existe aujourd’hui dix fois plus de raisons de « faire la révolution » qu’en 1968 !. La mondialisation avec la recherche effrénée de profits capitalistiques « à deux chiffres » a tout bouleversé. Ce qui ne cesse d’ inquiéter ceux qui observent ce capitalisme financier avec son cortège de délocalisations et de dumpings sociaux et écologiques qui conduit inévitablement à « aller dans le mur »…
Profits exorbitants des « gros » capitaux, précarité des travailleurs devenus « pauvres », rigueur et austérité y compris pour les classes moyennes, angoisse de voir demain les enfants vivre moins bien que leurs parents : tout cela crée une atmosphère anxiogène dont notre pays est actuellement le reflet.
Est-ce que cette inquiétude ou déception pour ceux qui croyaient pouvoir « gagner plus en travaillant plus », selon le slogan aujourd’hui quelque peu abandonné de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007, redonne un espace à l’extrême gauche de la IV ème Internationale fondée en 1938 par Léon Trotski, en réaction de son exclusion de la III ème Internationale communiste ? Force est de reconnaître qu’en Europe, la gauche radicale a plutôt le vent en poupe.
En Allemagne notamment où Die Linke, (« la Gauche »), née en 2007 de la fusion de la gauche su SPD allemand et de l’ex parti communiste (PDS) est devenue la troisième force politique d’outre-Rhin, créditée de 14% des voix dans les sondages devant les Verts et les Libéraux.
Deux tendances se font jour en Europe. L’une au Danemark par exemple, où le parti socialiste populaire talonne le parti social-démocrate prône l’alliance avec les sociaux-démocrates. C’est aussi le cas en Norvège.
En revanche, en Suède, la « gauche de la gauche » reste eurosceptique et étatiste face aux travaillistes. En France, l’extrême gauche accepte des alliances « locales » au coup par coup mais refuse des alliances « nationales » de gouvernement avec les socialistes.
Moins de 5 % à la présidentielle de 2007
Le week-end de Pentecôte a permis aux deux principales « figures » du trotskisme en France Olivier Besancenot (Ligue communiste révolutionnaire) et Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière) de s’exprimer largement en défendant des thèses relativement divergentes.
D’un côté, Olivier Besancenot qui a fait une percée à l’élection présidentielle avec 1 498 581 voix soit 4, 08% (à comparer aux 1,93% de la candidate du PC, Marie-George Buffet) a présenté son « nouveau parti anticapitaliste »(NPA) …à la télévision dans l’émission people de Michel Drucker, « Vivement le dimanche » sur France 2. Selon Oliver Besancenot, le NPA n’a pas vocation à fédérer par le haut toutes les organisations existantes (comme souhaite le faire le PS par exemple) mais à rassembler par le bas toutes les forces anticapitalistes.
Il existerait déjà 150 à 200 collectifs locaux. L’objectif étant d’en avoir 250 à 300 pour la première réunion nationale programmée les 28 et 29 juin en banlieue parisienne. Un comité de pilotage va se mettre en place avec plusieurs porte-parole. Olivier Besancenot ayant affirmé qu’il ne souhaitait pas – comme Arlette Laguiller l’a dit - se présenter encore à la prochaine élection présidentielle (il en a fait déjà deux et elle six!).
Un « Nouveau parti anticapitaliste » en 2009

Olivier Besancenot qui récolte 62% de bonnes intentions dans le dernier baromètre IFOP-« Paris-Match » ce qui le place en troisième position des personnalités de gauche les plus populaires arrive à la croisée des chemins. Soit, il peut devenir comme Arlette Laguiller « la nouvelle icône populaire de la pureté révolutionnaire », selon l’expression de Clémentine Autain, ex-communiste ayant fait partie de la première équipe du maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë. Soit, il construit « un mouvement politique plus large capable de rivaliser avec le PS » à l’instar de l’expérience conduite avec succès par Oskar Lafontaine en Allemagne avec « Die Linke ».
Apparemment, le leader de la Ligue communiste révolutionnaire ne souhaite pas être une vestale de l’idéal révolutionnaire. « La révolution, ce n’est pas une flaque de sang à chaque coin de rue » affirmait le 11 mai sur « France 2 », le télégénique postier de Neuilly-sur-Seine.
Il est possible qu’Olivier Besancenot ramasse la mise des déçus de la gauche - du PS, des Verts ou du PCF - « comme il y a vingt ans avec le PSU » estime Arlette Laguiller qui attend de voir pour juger. « Ce parti n’existe pas a-t-elle souligné, le 12 mai sur France-Inter. Il a des intentions mais on a une crainte, c’est que le futur parti du « NPA » abandonne « les références peut-être au marxisme, à Lénine et au parti de la classe ouvrière et à Trotski qui nous a permis de tenir en restant communiste face à al dégénérescence communiste ». Bref, pour tout dire, elle redoute que le NPA ne trahisse comme d’autres auparavant la classe ouvrière dont elle se veut la seule véritable représentante révolutionnaire !
LO toujours contre le capitalisme d’exploitation

Arlette Laguiller avec Lutte Ouvrière conserve en dépit de ses infructueuses candidatures à l’élection présidentielle, toute l’idéologie révolutionnaire intacte. « J’espère qu’il y aura une révolution que l’on en finira avec ce capitalisme d’exploitation qui n’a comme but que le profit » affirmait-elle, le 12 mai sur « France-Inter ».
Interrogée sur la prise du pouvoir y compris par la violence, Arlette Laguiller n’excluait pas sans toutefois le proposer ni le grand soir ni les tâches de sang… « Si demain, il y a des millions d’ouvriers en grève et que l’on envoie la police pour les déloger des entreprises, qu’est ce que l’on fait ? On se laisse massacrer ou l’on se défend ? Il est là le problème ! » s’enflammait la porte-parole de LO. Lors de la fête annuelle de son mouvement à Presles (Val d’Oise) a réaffirmé que « la classe ouvrière est la seule force capable de changer le système économique qui pour des raisons de spéculation ou de profits insuffisants, ferme des entreprises ou met des centaines de travailleurs à la porte, délocalise et fait absolument ce qu’elle veut de la vie des gens !». Elle se veut encore et toujours, la porte parole de « la grande majorité des gens qui y compris dans les pays développés ont beaucoup de mal à survivre».
Ainsi donc à côté de la tentative de rassemblement de la gauche gouvernementale par le PS se profile une nouvelle gauche « anticapitaliste » relookée. Elle devra faire ses preuves. Avec la nouvelle mouture trotskiste de Besancenot, « anti-capitaliste», ou la « révolutionnaire » et « idéaliste » d’Arlette Laguiller qui n’a décidemment pas changé depuis mai 68 !
L’ inconvénient pour ces héritiers plus ou moins lointains de mai 68 étant qu’ils ne proposent rien de concret comme alternative politique…comme il y a quarante ans !

Le directeur de la Lettre Horizons
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