De tous les chefs d’Etat de la Ve République, un an après leur élection, Nicolas Sarkozy est le plus mal aimé des Français. Il ne recueille que 31% d’opinions positives sur la résultat de la politique qu’il a menée et 36% seulement des personnes interrogées estiment qu’il n’a pas respecté les engagements qu’il avait pris pendant sa campagne électorale de 2007, selon une enquête « Opinion Way » publiée le 5 mai par « Le Figaro ».
Voilà un verdict particulièrement sévère pour celui qui avait été élu par 53% des Français il y a seulement un an et qui avait placé son quinquennat d’entrée de jeu sous le signe de la « rupture ».
On a tout dit sur les premiers pas de cette présidence « bling bling » qui a dérouté quelque peu ses partisans y compris la frange la droite la plus traditionaliste qu’il avait capté sur Jean-Marie Le Pen. Ceux-là n’ont guère apprécié l’étalage de la vie privée du chef de l’Etat – divorce puis mariage express – ni son goût pour le luxe clinquant avec le gotha des grands de ce monde – notamment George Bush, un président américain dévalué et en fin de mandat - qu’il a fréquenté avec jubilation voire délectation.
Mais au delà de ces erreurs, disons de comportement y compris avec la chancelière allemande Angela Merkel, la déception des Français tient avant tout au non respect de sa promesse « numéro un » de la campagne présidentielle de leur donner davantage de pouvoir d’achat en travaillant plus pour « gagner plus ». Il ne faut pas tout mettre sur le dos de cette fameuse loi Tepa (travail-emploi-pouvoir d’achat) de 13,4 milliards d’euros, reconductible chaque année qui a été mal présentée devenant ainsi le symbole – en partie faux – d’un « cadeau donné aux riches » à cause de la campagne des socialistes sur le « paquet-cadeau fiscal ». Nicolas Sarkozy a reconnu lui-même dans son interview télévisée du 24 avril que la loi Tepa avait été très mal présentée.
Il ne s’agit pas uniquement d’une erreur de présentation mais vraisemblablement de choix politique et cela pour deux raisons majeures.
Le charme a été rompu en partie à cause de la conjoncture
La première qui ne lui est pas imputable concerne la crise des subprimes qui s’est transformée en crise financière puis économique plaçant même les Etats-Unis - d’où le coup est parti- en situation de récession. Avec toutes les conséquences que cela comporte notamment quand les Américains jouent comme ils savent si bien le faire avec le cours du dollar pour échapper à la faillite alors que la Banque centrale européenne ne bouge pas oui,presque.
De plus, le président de la République si habile généralement à présenter ses dossiers a fait un pas de clerc lors de sa conférence de presse du début de l’année, en disant que « les caisses étaient vides ». Dès lors le charme a été rompu.
Nicolas Sarkozy, le libéral, a été atteint du syndrome qui avait affecté le socialiste Lionel Jospin pendant la campagne de 2002 lorsque le premier ministre avait avoué que « l’Etat ne pouvait pas tout faire ». Celui qui devait faire des miracles, l’homme providentiel de 2007, n’est pas parvenu à ses fins. Il le paie aujourd’hui.
La deuxième raison majeure du désenchantement des Français tient à la crise internationale alimentée par la hausse du pétrole – le prix du baril de pétrole a doublé de mai 2007 à mai 2008 en passant de 60 à 120 dollars le baril - et les hausses de matières premières alimentaires ont hypothéqué les chances de redressement de la situation économique et sociale dans notre pays. Plutôt que de chercher à donner du pouvoir d’achat à tout prix (surtout quand il est rogné par l’inflation ) Nicolas Sarkozy aurait pu se concentrer en priorité sur l’offre en favorisant la recherche et l’efficacité des entreprises en particulier des PME avec des crédits de recherche plus importants et massifs.
Le choix de tout faire en même temps
Car pendant ce temps là, le chef de l’Etat a poursuivi ses réformes sociales au pas de charge avec du bon - la réforme indispensable du syndicalisme, les contrats de travail assouplis, le parcours simplifié pour les chômeurs – mais aussi du plus difficile à admettre comme la réforme de la cotisation des retraites et la réforme de l’Etat avec le Révision générale des politiques publiques (RGPP) qui se concrétise notamment dans le secteur de l’éducation nationale par le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partis à la retraite. Tout cela – les franchises médicales en sont encore un exemple - paraît aller dans le même sens : faire payer le prix fort du redressement aux classes laborieuses voire moyennes en préservant les plus aisées qui affichent notamment avec les grandes entreprises du CAC 40 des bénéfices faramineux. Cela ressemble fort à davantage de rigueur pour les salariés puisque François Fillon vient lui-même de dire le 5 mai sur France-Info qu’il n’était pas question d’instituer – comme du temps des socialistes – une taxe flottante sur l’essence.
Cette erreur majeure d’aiguillage, semble-t-il, se double d’une erreur de conduite dans les réformes. Le chef de l’Etat est persuadé qu’il doit faire toutes les réformes en même temps. Mais, il n’a donné aux Français la ligne directrice. Faute peut-être de l’avoir lui-même trouvé ?
Il est difficile de dire comme l’opinion publique le pensait initialement, si Nicolas Sarkozy est un nouveau « Thatcher » libéral qui doit faire voler en éclats les lourdeurs étatistes comme l’ont fait avec une certaine efficacité presque tous les voisins qu’ils soient socialiste comme en Espagne, travailliste comme la Grande-Bretagne ou de droite comme au Danemark, en Pologne ou en Grèce ou s’il veut conserver la spécificité française d’un social-libéralisme.
Comme s’il se méfiait de la volonté « réformatrice » de sa majorité UMP le chef de l’Etat a multiplié dans la forme le recours aux commissions d’experts (sur les institutions, les enseignants, les PME, la croissance etc.) Ce dernier sujet majeur a été confié à Jacques Attali L’ancien conseiller spécial de François Mitterrand a répété à l’envie que ses 136 propositions étaient à prendre ou à laisser dans leur ensemble et qu’elles devraient être votées avant la présidence française de l’Union européenne le 1er juillet ou abandonnées car, alors, selon lui, elles ne pourront jamais se faire.
Les parlementaires UMP sous pression
Ce diktat d’un ex-« donneur de leçons » socialiste a été très mal pris par les députés et sénateurs UMP qui ont rué dans les brancards. Obligeant, le chef de l’Etat a renoué les fils avec les parlementaires de sa majorité. Il les recevra ainsi le 7 mai à l’Elysée.
C’est François Fillon qui s’y est attaché en avançant l’idée du « co-production » législative avec l’appui du président du groupe UMP de l’Assemblée nationale, Jean-François Copé, dont la stature monte en puissance.
Le premier ministre qui est resté plus longtemps que le chef de l’Etat dans le haut des sondages s’est pris au jeu des réformes. Il a tenté de les organiser sans grand succès si l’on considère le nombre de « couacs » qui ont marqué la dernière période qui s’est achevée par la défaite cinglante de l’UMP aux municipales.
Le désamour du chef de l’Etat touche non seulement l’opinion mais aussi désormais le premier ministre et une partie des parlementaires qui ne s’y retrouvent pas toujours dans quelques 55 réformes engagées. Brice Hortefeux confiait le 5 mai sur « France-Inter » pour s’en féliciter qu’un expert avait compté que « la moitié des 490 promesses de réformes étaient d’ores et déjà engagées !
La lueur d’espoir des réformes
Même si l’on ne sait pas si le libéralisme initial de Nicolas Sarkozy ne va pas se muer en néo-gaullisme - avec un pouvoir personnalisé et le maintien d’une tentative d’ouverture à gauche, force - est de constater que dans ce bilan relativement sombre de la première année de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, une lueur d’espoir demeure pour ses partisans.
Car, le sondage d’opinion du « Figaro » (une enquête Opinion Way réalisé du 30 avril au 2 mai auprès d’un échantillon de 1006 personnes) tend à démontrer qu’une bonne partie des réformes décidées comme celles des droits de succession, des peines planchers pour les récidivistes, de la défiscalisation des heures supplémentaires, de la mise en œuvre du revenu de solidarité active (RSA) - reçoivent un accueil favorable (69% d’opinions positives par exemple pour le RSA).
Nicolas Sarkozy peut donc y trouver un engagement à poursuivre les réforme »s même si 39% seulement des Français, selon la même enquête, sont d’accord avec la réforme hospitalière et 32% avec le non remplacement de 11 200 postes d’enseignant à la rentrée prochaine.
En fait, la déception générale des Français après une année d’exercice du pouvoir tient au fait que Nicolas Sarkozy n’a pas semblé être à la hauteur de la fonction présidentielle à laquelle ils l’ont placé. Le chef de l’Etat doit apprendre l’humilité et ne pas considérer qu’il peut tout diriger depuis sa forteresse de l’Elysée avec ses conseillers. Il doit expliquer, faire jouer les relais de Matignon et des parlementaires et convaincre avec des résultats probants y compris en matière européenne où il a remporté un succès avec l’accord du sommet de Lisbonne. C’est comme cela qu’il peut se prémunir des assauts de la gauche et du mécontentement des syndicats.
Car si le rejet actuel de l’opinion devait perdurer – le « Château » deviendrait vite pour lui, une prison dans laquelle il se trouverait enfermé alors que se profilerait une fin de quinquennat d’autant plus décevante qu’elle avait commencé sur les chapeaux de roue sur le thème de la rupture.

Le directeur de la Lettre Horizons
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