La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 29 avril 2008


Après le recadrage présidentiel du 24 avril à la télévision :

- Les députés UMP tentent de trouver un «nouvel élan»

- Ceux de l’opposition enfoncent le clou des réformes «injustes»


Après la trêve de Pâques, les députés UMP sont à la manœuvre pour tenter de montrer que la majorité présidentielle a trouvé un nouvel élan. Ils ont deux « objectifs » principaux, énoncés le 29 avril par leur président, Jean-François Copé : la nouvelle loi de modernisation économique (LME) adopté au début de la semaine par le conseil des ministres et la réforme des Institutions de la V ème République. Ce seront les deux points sur lesquels les députés UMP vont chercher à montrer qu’ils agissent en « co-production » avec le gouvernement qu’ils influencent et soutiennent aussi activement, histoire de montrer que la machine majoritaire s’est mise en ordre de marche. C’est ainsi que le 5 mai, les députés UMP présenteront au cours d’une conférence de presse, leurs propositions issues des 316 présentées en janvier dernier par Jacques Attali et la commission de la libération de la croissance.
L’opposition parlementaire, elle, continue de surfer sur le mécontentement ambiant lourd de menaces sociales à quelques jours seulement du premier anniversaire de l’accession de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Il est vrai que les Français dans leur majorité n’ont pas trouvé convaincante la prestation télévisée du chef de l’Etat (59% ne sont pas d’accord avec lui sur le pouvoir d’achat, ni sur le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux (même score). Plus inquiétant encore pour la majorité, ce même sondage BVA « Les « Echos »-France-Inter » réalisé au lendemain de l’émission du chef de l’Etat fait apparaître que 54% des Français estiment que les dispositions annoncées dans la loi LME de Christine Lagarde sur les grandes surfaces sont « mauvaises » car elles vont plutôt détériorer des emplois dans le petit commerce et appauvrir les petits producteurs (49% des sympathisants de droite y sont hostiles)…


PS : « L’UMP veut faire oublier sa défaite aux municipales »

Du côté de l’opposition, le président du groupe socialiste, Jean-Marc Ayrault a interrogé le premier ministre en lui demandant, une nouvelle fois, de revenir sur l’ « erreur du paquet fiscal ». Il a relevé que le chef de l’Etat dans son intervention télévisée n’a pas employé une seule fois le mot « solidarité ». De même, évoquant auparavant la réforme constitutionnelle qui doit être examinée dans la première quinzaine de mai, il a souhaité une réforme du mode de scrutin du Sénat et réfuté la venue du président devant le parlement pour y prononcer un discours. « On nous donne souvent l’exemple des Etats-Unis mais le président américain ne dispose pas du pouvoir de dissoudre le Congrès contrairement au chef de l’Etat » a-t-il souligné.
En clair, il apparaît peu probable que les socialistes marchent « main dans la main » avec leurs collègues députés UMP pour faire passer cette réforme constitutionnelle comme l’a souhaité Jean-François Copé. La porte-parole du groupe PS, Aurélie Filippetti (Moselle) a dit clairement : « Il ne faut pas nous prendre pour des enfants du Bon Dieu. Nous savons fort bien que l’UMP veut une victoire sur les institutions pour faire oublier se défaite aux municipales »Voilà qui est asséné de façon lapidaire.
Les députés socialistes présenteront leurs contre-propositions, le 20 mai dans une «niche parlementaire » et d’ici là ils rencontreront le Premier ministre la semaine prochaine pour voir si le gouvernement a l’intention de tenir compte de leurs propositions.
Pour trouver sur cette réforme un « équilibre général » les socialistes réclament l’assurance qu’il n’y aura pas de réforme du mode de scrutin des régionales ( François Fillon a évoqué le retour à un scrutin majoritaire à un tour), l’instillation d’une dose de proportionnelle (comme le réclame François Bayrou) pour les législatives et les sénatoriales et aussi – ce qui est important notamment pour l’ancien premier ministre Laurent Fabius – un équilibre du temps de parole assurée par le CSA à la télévision. Ils estiment avec juste raison par exemple, car, la contrepartie accordée après l’intervention télévisée de 24 avril de Nicolas Sarkozy a été selon le PS « extrêmement faible ».
En l’état actuel, les socialistes s’opposeraient à la réforme constitutionnelle même si elle apporterait un renforcement des droits des parlementaires.


Fillon au PS : « ne dites pas non à tout ! »


D’où cette attaque frontale de François Fillon qui, le 29 avril, en répondant à une question du socialiste Jean-Marc Ayrault : « nous espérons, a-t-il dit, que le PS va sortir de l’attitude négative qui est la sienne. Non à la réforme de l’université, non à la réforme des régimes spéciaux de retraite, non aux heures supplémentaires, non à tout ! Ce n’est pas en disant non à tout que vous participez à la modernisation de notre pays » a ajouté le Premier ministre soulevant les applaudissements sur les bancs des députés UMP.

Manifestement, la majorité est à la recherche d’un nouvel élan après son échec aux municipales et la chute de popularité des deux « têtes » de l’exécutif qui pour le chef de l’Etat ne recueille que 32% de bonnes opinions et 43% pour le premier ministre. Tous les deux perdant huit points dans le sondage CSA d’avril ce qui représente le taux le « plus élevé jamais enregistré depuis la création de ce baromètre de l’exécutif crée en 1981 ! Mais ces indications ont été recueillies avant l’émission télévisée du chef de l’Etat…

Les indicateurs économiques ne sont pas brillants.


L’INSEE enregistre un climat économique et social dégradé. Le niveau du moral des ménages le plus bas depuis 1995. Il y a onze mois que cet indicateur n’a pas connu la moindre augmentation. Les inquiétudes sur l’inflation ont pris le relais de celles sur le chômage, selon cette étude. Ce qui laisse prévoir que les ménages mettront un frein sur leurs dépenses cette année, ce qui ne sera pas bon pour notre croissance économique qui jusqu’à présent résistait grâce précisément à la consommation des ménages.

Les députés UMP vont donc tout faire pour « populariser » les dispositions de la « loi de modernisation économique »qui a pour but de ramener la concurrence entre les grandes enseignes de la distribution et faire baisser ainsi leurs prix de 10 à 15 %... même si les socialistes rappellent qu’une précédente loi Chatel votée en décembre 2007 avait déjà supprimé les fameuses marges arrières et que cela n’a pas donné de résultats !

Il n’y a pas eu d’évaluation de l’efficacité de cette loi, soulignent-ils en mettant en doute l’affirmation du gouvernement selon laquelle, cette loi LME permettrait de trouver 0,3% de croissance et créerait 50 000 emplois.
Préférant tenir que courir, les socialistes réclament eux la baisse de la TVA sur les produits de première nécessité (de 5,5% à 5%) ce qui serait une attitude plus transparente, selon eux, de la part des distributeurs . Certaines enseignes comme « Carrefour » d’ailleurs promettent de le faire.



UMP et PS se rendent coup pour coup

Alors que le chef du gouvernement vient de confirmer son intention de faire appliquer le Revenu de Solidarité active (RSA) préparé par Martin Hirsch pour un montant de 1,5 milliards, les socialistes estiment que la ponction prévue sur les PPE (primes pour l’emploi qui bénéficient à huit millions de travailleurs) rompt avec le principe de solidarité. Ils qualifient le RSA de mesure visant à « Rompre avec la Solidarité Active ».

Quant à la cotisation de 41 ans en 2012 pour toucher le taux plein des retraites condition réaffirmée à la fois par Nicolas Sarkozy et François Fillon, elle est jugée « inacceptable » par le PS qui avancent deux préalables : l’emploi des seniors et la prise en compte de la pénibilité (il y a maintenant dix ans d’écart dans la durée de vie entre les cadres et les ouvriers). « Si ces questions là ne sont pas réglées, nous n’accepterons pas les 41 années de cotisation » affirmait lundi le porte-parole du PS, Stéphane Le Foll alors que les représentants des syndicats disaient tous …le même chose en sortant du bureau de Xavier Bertrand, rue de Grenelle.

Et mai arrive….

Rue de Grenelle, cela rappelle les évènements de mai 68. C’est là, avec une augmentation du pouvoir d’achat que les évènements de mai 68 avaient pris fin pour les syndicats et les partis de gauche. Jean-François Kahn, l’auteur d’un livre au titre provocateur « plus ça change plus c’est pareil » affirmait récemment que la révolution de mai 68 n’en était pas une et qu’il y avait actuellement dix fois plus de raisons de faire la révolution que voici quarante ans ! Attention aux lycéens dans la rue, eux manifestations syndicales de la mi-mai.
Nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir.

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 
 

 

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