La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 25 avril 2008


Un devoir d’explication incomplet
de Nicolas Sarkozy à la télévision :

Il reconnaît des «erreurs» personnelles
et garde le cap sur la croissance…
sans donner une vraie «feuille de route»
pour se sortir de la mauvaise passe actuelle


Le Premier ministre François Fillon, quelques heures avant l’émission télévisée d’explication « En direct de l’Elysée » attendait une « feuille de route » du chef de l’Etat. Il ne l’a pas obtenu. Dans le décor à la fois solennel et très design de la salle des fêtes de l’Elysée - du cousu main le mettant en valeur - Nicolas Sarkozy a procédé pendant une heure et demie, le 24 avril sur les deux principales chaînes de télévision à des mises au point certes nécessaires en ces temps de morosité mais sans donner pour autant des perspectives claires, une réelle perspective pour se sortir de la mauvaise passe actuelle.
On ira pas jusqu’à l’appréciation sévère proférée par Ségolène Royal, le 25 avril sur « France-Inter » affirmant que c’est finalement « une feuille de déroute » que Nicolas Sarkozy a été contraint de présenter aux Français dont un sur quatre seulement estime que son action va plutôt dans le bon sens » -. « On est encore plus inquiets après l’émission qu’avant » a ajouté l’ancienne candidate du PS qui a reproché entre autres quelques approximations au chef de l’Etat qui a confondu, selon elle, dans son « panier » des hausses de denrées alimentaires le prix du « jambon » +20% et des yaourts +40% en les inversant ! …

Paquet fiscal : il persiste et signe

Sur l’essentiel, la question principale du pouvoir d’achat abordée d’entrée de jeu dans l’émission – fut-ce une erreur de timing ? – le chef de l’Etat n’a pas convaincu. Il ne bouge pas d’un pouce. « Il n’y a pas d’autre stratégie possible que d’augmenter le potentiel de croissance de la France » assène-t-il en axant sa démonstration sur les fameuses heures supplémentaires qui marchent bien, selon lui.
Toutefois, le point de croissance promis avant l’élection présidentielle n’est toujours pas là ! De sorte que toutes ses explications si justifiées soient-elles – la France a bien fait de redonner du pouvoir d’achat aux classes moyennes avec le bien mal nommé « paquet fiscal » a-t-il affirmé car la crise aurait été pire si je ne l’avais pas fait ! – ne seront pas convaincantes.
En fait, dans l’économie mondialisée dans laquelle notre pays, cinquième puissance économique mondiale, est plongée le salut dépend de la croissance. L’ancien premier ministre, Alain Juppé le disait fort bien dans les années 1990. « Avec 2,5% de croissance tout va bien et je gagne les élections. Avec moins, je les perd ».
Nicolas Sarkozy a appris cette leçon. Il doit absolument augmenter le potentiel de croissance mais il ne dit plus comment, le « travailler plus pour gagner plus » n’étant pas très probant jusqu’ici..
Nicolas Sarkozy n’a pas su donner clairement une « feuille de route » sinon de s’en tenir au « paquet fiscal » annualisé et à la réduction programmée – un sur deux départs à la retraite non remplacé - du nombre des fonctionnaires. « Cadeau pour les riches » et « atteinte aux services publics » pour la gauche.
On aurait aussi aimé que le chef de l’Etat saisisse l’occasion d’expliquer aux Français pourquoi ils vont devoir passer pendant une ou deux années ( au mieux ?) sous les fourches caudines de rigueur. Ce que chacun sait ou vit déjà. Mais, Nicolas Sarkozy n’a pas voulu reconnaître son erreur majeure comme l’avaient fait pourtant avant lui, François Mitterrand et 1983 et Jacques Chirac en 1995 en changeant de cap. Il a manqué ainsi au « devoir de vérité » ce qui peut lui coûter cher, si la situation économique se dégrade. Nicolas Sarkozy persiste et signe.


RSA et Chine, la voie moyenne dans le flou

Dans la conduite de la politique sociale, le chef de l’Etat n’a pas brillé non plus par la clarté. Il n’a pas convaincu par exemple sur la décision réaffirmée de faire le RSA (Revenu de solidarité active) que le premier ministre avait écarté d’un revers de main parce qu’il le jugeait trop cher (deux à trois milliards d’euros). Le RSA se fera mis en place mais à moindre coût. Grâce à un tour de passe-passe, dénoncé le 25 avril sur « Europe 1 » par le secrétaire général de la CFDT, Jacques Chérèque qui revient « à prendre aux travailleurs modestes ( le nombre de primes pour l’emploi (PPE) va être revu à la baisse) pour donner aux plus défavorisés !». Quant au recours classique – dans les quinze jours qui viennent – seule annonce nouvelle de l’émission – d’un recours à l’intéressement, il s’agit vraiment de la tarte à la crème datant de l’époque gaullienne que l’on ressort comme alibi à chaque passe difficile.
Le président de la République n’a pas convaincu non plus sur les questions de politique étrangère et notamment sur les relations avec la Chine. Là encore, aucune ligne directrice ne se dégage contrairement par exemple à la position adoptée par la chancelière allemande. comme le faisait remarquer Julien Dray, porte-parole du PS, le 25 avril sur « Europe1 » Angela Merkel a reçu le Dalaï Lama et l’Allemagne n’a pas été banni pour autant par les Chinois.
Le président de la République est plus ambigu. D’un côté, il se déclare choqué par ce qui s’est passé au Tibet mais de l’autre, il envoie deux émissaires dont l’un, l’ancien premier ministre, Jean-Pierre Raffarin explique que faire du chef spirituel du Tibet, un citoyen d’honneur comme l’a décidé le maire socialiste de Paris, constitue « une grave faute politique ». Cette position attentiste ne satisfait personne pas même Pékin qui organise des manifestations anti-françaises.
Bien que le sujet ait été annoncé comme devant être traité, le chef de l’Etat n’a pas dit un mot du retour de la France dans l’organisation intégrée de l’OTAN prévue en 2009. Il aurait été utile cependant que Nicolas Sarkozy explique les raisons pour lesquelles il compte abandonner la position gaullienne et chiraquienne qui a donné jusqu’ici du poids à la posture française face aux Etats-Unis notamment avant le déclenchement de la guerre en Irak.

Droits dans ses bottes sur les immigrés et les enseignants

Il n’y a que deux points sur lesquels Nicolas Sarkozy est resté droit dans ses bottes : la suppression de 17 000 postes d’enseignants en 2009 et la non régularisation « massives » des travailleurs payant leurs impôts mais sans papiers en règle. Deux prises de position qui vont dans le sens du poil de son électorat de droite voire d’extrême droite.

Nicolas Sarkozy qui ne veut pas perdre son étiquette « volontariste » a annoncé qu’il avait lancé 55 réformes et qu’il comptait bien les appliquer toutes ensemble sans les hiérarchiser ce qui reviendrait, selon lui, à en abandonner en route comme celle sur les retraites qu’il entend bien au contraire appliquer.
Comme pour le compromis sur l’affaire des OGM, il s’est octroyé ouvertement, à plusieurs reprises, l’origine des décisions gouvernementales. « Si François Fillon connaît un échec personne ne doute que ce serait le mien »a t-il précisé tout en lourant le « talent « du ministre du travail Xavier Bertrand qui attend son heure. Il a même reconnu – c’est l’une de ses erreurs – ne pas avoir suffisamment sanctionné les couacs du gouvernement ais que cela ne se reproduirait plus


Le printemps risque d’être chaud

Rien de nouveau donc dans cette émission télévisée. Nicolas Sarkozy tient bon car il a choisi, assure-il, le bon cap. Mais, les Français eux – reprise en mains du gouvernement, des syndicats, des patrons voyous et des grands distributeurs ou pas - ne voient toujours rien venir. Ou plutôt si : un pouvoir d’achat qui a tendance à stagner voire à régresser alors que il leur avait promis le contraire, il y a un an. La perte de la crédibilité du chef de l’Etat sera difficile à combler.
Il aurait tort de croire que l’auréole de la présidence française de l’Union européenne sera suffisante pour redorer son blason déjà bien défraîchi, un an après la prise de fonction du chef de l’Etat.
Après que le chef de l’Etat ait parlé, c’est au tour maintenant de l’opposition de faire de contre propositions et aux syndicats, s’ils se sentent le vent en poupe, d’agir. Le printemps risque d’être chaud.

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 
 

 

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