La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 23 avril 2008


Le « quatrième tour » des élections municipales 2008 :
le PS dirige toutes les communautés urbaines
et la plupart des grandes agglomérations


Les socialistes sont à la tête de toutes les communautés d’agglomérations de plus de 500 00 habitants. Plus encore, après le « quatrième tour » qui s’est achevé le 18 avril, ils ont pris la direction de la quasi totalité des vingt cinq plus importantes communautés d’agglomérations de France seules Nice, Toulon et Le Havre restant à droite. Dans le « top thirty » des grandes cités hexagonales, le PS se taille la part du lion et renforce ainsi son « pouvoir local ».
Car, de fait, le pouvoir local réel est moins désormais entre les mains des maires y compris des grandes villes que dans celles des présidents des communautés urbaines ou d’agglomérations qui ne sont pourtant pas élus directement par les citoyens mais choisis parmi les maires et les délégués des communes.
Il suffit de se souvenir de la volonté farouche de Pierre Mauroy de conserver la présidence de la communauté urbaines de Lille au détriment de sa « dauphine » , Martine Aubry, nouvellement élue maire en 2001 ou de l’acharnement de Gérard Collomb à diriger lui-même le « Grand Lyon » - tout comme l’avait fait son prédécesseur l’ancien premier ministre Raymond Barre – pour bien mesurer toutes l’importance de ces présidences des communautés urbaines créées en 1966 pour regrouper les communes formant un ensemble de plus de 500 000 habitants.
La loi Chevènement de 1999 sur l’intercommunalité stipule en effet que les communautés urbaines sont obligatoirement chargées de l’équilibre social de l’habitat, de la gestion des services d’intérêt collectif, du développement et de l’aménagement économique, social et culturel de l’espace communautaire de la mise en valeur de l’environnement et de la politique du cadre de vie. Rie que cela.
En clair, tous les grands projets d’aménagement d’urbanisme et de transports, la politique culturelle et la sauvegarde de l’environnement passent obligatoirement entre les mains des présidents de communautés urbaines ou de… communautés d’agglomération (association de plusieurs communes urbaines autour d’une ou plusieurs communes de plus de 15 000 habitants pour former un ensemble de plus de 50 000 habitants).

Défaite surprise de l’UMP à Marseille-Provence-Métropole.

On comprend dès lors la déception de l’ancien secrétaire d’Etat, Renaud Muselier qui avait refusé un poste dans le gouvernement et renoncé à la reconduction de son poste de premier adjoint de la mairie de Marseille que lui avait offerte Jean-Claude Gaudin après sa réélection lorsqu’il a vu lui échapper de peu (79 voix contre 77) la présidence de la communauté urbaine de Marseille qui regroupe 18 communes.
Le leader de l’UMP à Marseille qui avait emporté un secteur décisif de la ville en devançant le candidat socialiste désigné pour la mairie, Jean-Noël Guérini, a crié au « scandale » à la « trahison » et au « déni de démocratie ».
Pointés du doigt comme des « traîtres » aux électeurs de droite qui les ont choisis, les deux maires de Marignane et de Plan-de-Cuques qui ont permis l’élection surprise du premier secrétaire du PS des Bouches-du-Rhône à la présidence de Marseille-Provence-Métropole (MPM) - présidée auparavant par Jean-Claude Gaudin - ont décidé de se situer en dehors du clivage droite-gauche pour défendre l’intérêts de leurs communes. Ces deux maires ont l’intention de créer un nouveau groupe baptisé « Ensemble pour l’avenir » qui pourrait compter 14 conseillers communautaires : un nombre suffisant pour leur permettre de jouer les arbitres au sein de la MPM qui regroupe 18 communes et compte 157 conseillers communautaires pour près d’un million d’habitants.
Il ne faut pas être grand clerc pour prévoir que la première réunion de la communauté de Marseille-Provence-Métropole risque d’être particulièrement agitée. Lorsqu’il faudra traiter par exemple de l’incinérateur de Fos-sur-Mer qui doit traiter 300 000 tonnes de déchets une décision contestée du maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin. Le candidat socialiste Jean-Noël Guérini avait pris l’engagement ferme durant la campagne d’arrêter la construction de l’incinérateur. C’est désormais Eugène Caselli qui devra décider de remettre ou non cette épineuse question sur le tapis.
Le malheureux « dindon » de la farce marseillaise, Renaud Muselier n’a pas caché ses doutes sur le fonctionnement régulier dans les circonstances politiques actuelles de la MPM. Il va y avoir du sport ! comme dirait Jean-Claude Gaudin.

Larges victoires du PS à Lyon, Lille et Nantes

A Lille, Lyon, Nantes, Martine Aubry, Gérard Collomb et Jean-Marc Ayrault ont été élu à la présidence de leurs communautés urbaines en mordant largement au delà de l’électorat socialiste.
C’est le cas du maire de Lille, Martine Aubry qui a recueilli 134 voix contre 32 à son adversaire de l’UMP, Marc-Philippe Daubresse avec quatre bulletins bancs ou nuls. L’ancienne ministre socialiste a pu compter outre ses soutiens annoncés – gauche, Verts et Modem- sur les voix du groupe des maires des petites communes qui comptent 41 membres.
A Nantes, le député-maire socialiste et président du groupe PS à l’Assemblée nationale, Jean-marc Ayrault a obtenu 83 voix sur les 112 conseillers communautaires. Il avait été élu, dès le premier tour dans la sixième ville de France. Il lui reviendra de gérer n budget de près d’un…milliard d’euros.
Enfin à Lyon, Gérard Collomb, seul candidat, a été porté à la présidence de la communauté » urbaine du grand Lyon avec 117 voix sur les 155 conseillers communautaires. Il a largement dépassé la majorité que lui promettaient les 84 conseillers de gauche en ralliant les suffrages d’une vingtaine de maires centristes de petites communes et même d’une dizaine d’élus de droite.
Toutefois dans ces trois villes, les présidents des communautés urbaines ne sont guère enclins à pratiquer l’ouverture à droite. Le sénateur maire de Lyon a relevé que’ ses challengers de l’UMP avait conditionné le soutien de leur parti à la promesse de ne pas voter pour lui pour le Grand Lyon » ; De son côté, le leader de l’opposition au conseil municipal de Lyon, Michel Havard a expliqué qu’il n’ y aurait pas, parmi les vice-présidents de la communauté urbaine d’élus de l’opposition lyonnaise. « On ne peut pas voter non à la mairie et oui au grand Lyon » a-t-il affirmé.

Un exemple de co-gestion droite –gauche à Bordeaux

En dépit de leur large victoire, les leaders socialistes entendent gérer les communautés urbaines uniquement avec ceux qui ont fait alliance avec eux avant le « quatrième tour ».
En fait, le seul accord de coopération gauche-droite a été signé à la Communauté urbaine de Bordeaux par le maire UMP Alain Juppé qui sera le premier vice-président de Vincent Feltesse, maire socialiste de Blanquefort en Gironde, qui était le seul candidat. Cet accord droite-gauche prolonge la co-gestion au sein d’une assemblée où la gauche a conservé une courte majorité 61 sièges sur 120 à l’issue des élections municipales . Vincent Feltesse avait succédé en juillet 2007 à Alain Rousset, président de la région Aquitaine et adversaire socialiste malheureux d’Alain Juppé pour la mairie de Bordeaux. Alain Juppé – c’est particulièrement remarquable – a affirmé publiquement le 18 avril sa « volonté de jouer pleinement le jeu » de la co-gestion. Le maire de Bordeaux a su tirer les enseignements du passé. Il avait été réélu en 2001 par une assemblée où la gauche était majoritaire (61-59) en bénéficiant de deux voix de gauche. L’exécutif communautaire avait ensuite été bloqué pendant six mois.

Un fâcheux précédent dont les élus de Marseille-Provence-Métropole risquent de subir à leur tour les malencontreux et intempestifs soubresauts…

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 
 

 

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