La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 17 avril 2008


Paris-Ile-de-France : un bon cru pour 2007

- 44% de créations d’emplois par rapport à 2007
consécutifs aux nouvelles implantations sur son territoire


- le président de la Chambre de Commerce de Paris
va proposer 10 projets de territoires économiques majeurs
pour le «Grand Paris»


- Jean-Paul Huchon veut faire de l’Ile-de-France
la première «écorégion» d’Europe


Si l’on parle beaucoup ces temps-ci du «Grand Paris» –le sénateur UMP de Seine-Saint-Denis, Philippe Dallier vient de préconiser la fusion de Paris et des trois départements de la «petite couronne» et la mutualisation de leurs ressources– c’est parce que l’Ile-de-France reste le centre névralgique de l’économie française. L’enjeu est tel que l’ancien p-dg de la RATP et d’Air-France, Christian Blanc a été nommé, il y a un mois, au gouvernement en tant que secrétaire d’Etat avec pour tâche le développement de la région capitale. L’Ile-de-France ne se porte pas mal.


Paris derrière Londres et devant Barcelone


Avec ses 610000 entreprises c’est l’un des bassins d’emplois les plus dynamiques en Europe et des plus attractifs. La région francilienne est la deuxième après Londres à attirer les investissements directs étrangers, notamment grâce à son parc immobilier de bureaux, les plus important en surface en Europe.
Selon une étude réalisée par Ernst&Young, publiée dans Directmatin du 16 avril, l’Ile-de-France arrive en 2007 en tête des créations d’emplois consécutives aux nouvelles implantations sur son territoire. Un indice en hausse de 44% par rapport 2006. Toutefois, la région est encore devancée par le «Grand Londres» en ce qui concerne les implantations étrangères. Mais elle est le deuxième site mondial choisi par les grands groupes pour implanter leur siège avec un tiers des 500 plus grandes entreprises représentées.
Selon une autre étude de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris (CCIP), la région capitale concentre près de la moitié des sièges sociaux des grandes entreprises étrangères installées en France. A elles seules, ces deux métropoles (Paris et Londres) s’octroient la moitié des parts du marché européen.
La région francilienne doit faire face cependant à une compétition de plus en plus aiguë au niveau mondial. Ainsi au cours de la période 2001-2005, l’Ile-de-France a accueilli 511 implantations internationales contre 659 à Londres et 341 pour la Catalogne.
Autre préoccupation : si 80% des emplois sont liés au service, le nombre d’implantations industrielles régresse en Ile-de-France au profit de la Catalogne (nord-est de l’Espagne) et de Budapest, la capitale hongroise. D’où la nécessité de mieux valoriser le territoire francilien.



La CCIP : la priorité absolue aux transports


Pierre Simon, le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, interrogé le 16 avril au cours d’une conférence de presse sur «l’activité économique et la nouvelle dynamique urbaine», a indiqué qu’il avait identifié pour le Grand Paris «dix grands territoires économiques majeurs» et qu’il allait remettre prochainement à Christian Blanc, secrétaire d’Etat chargé du développement de la région capitale, des projets pour développer ces territoires. La priorité devrait porter sur les transports car, selon lui, rien n’a été fait dans la région francilienne depuis le RER. «Si l’on me demandait quelles sont mes trois priorités, je répondrais : transports, ensuite transports, enfin transports!», a-t-il affirmé avec force.
Le président de la CCIP devrait appuyer avec vigueur la création du Métrophérique, cette rocade ferroviaire autour de Paris susceptible de permettre les liaisons banlieue à banlieue grâce à un partenariat public-privé, solution recommandée par Roger Karoutchi, secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement et président du groupe UMP au conseil régional de l’Ile-de-France, lui-même candidat à la présidence de la région Ile-de-France en 2010.
L’un des points d’interrogation sur l’avenir du Grand Paris porte aussi sur le développement inégal entre l’Ouest et l’Est de la région-capitale dont les conséquences ont été mises en relief par certains comme étant à l’origine des émeutes de novembre 2005 dans les banlieues. «L’aménagement du territoire ne consiste pas à transférer la richesse d’un territoire à une autre, a répondu Pierre Simon. Cela a été la conception de l’aménagement du territoire, il y a vingt ou trente ans. On considérait qu’il fallait transférer de la richesse de Paris vers les autres. Ce n’est pas comme cela que ça marche», a-t-il ajouté en faisant allusion au raisonnement identique qui a prévalu, selon lui, pour les trente-cinq heures et le partage du travail.
«Quant un territoire vit bien, il irrigue les autres. Si la région capitale fonctionne bien, l’ensemble des régions françaises en profiteront», affirme-t-il. Le président de la CCIP a pris l’exemple du quartier de la Défense qui va connaître un nouveau développement 2012-2015. «Nous ne voyons pas du tout la Défense en opposition avec le développement des autres départements de la Couronne parisienne. J’ajouterai, a-t-il précisé, que le grand quartier d’affaires ce n’est pas la Défense mais Paris et la petite Couronne. Le territoire du quartier d’affaires de Paris, précise-t-il, part du Centre de la capitale va à la Défense et inclut le sud-ouest de la Seine Saint-Denis.» Le président de la CCIP a cité aussi d’autres «territoires» en voie de développement à l’est de Paris allant jusqu’à Marne-la-Vallée. «Notre territoire est grosso modo celui de l’agglomération», a-t-il conclu avant de préciser que «tous ces sujets à traiter doivent l’être entre les élus, les entrepreneurs et l’Etat», a-t-il insisté.

« L’écorégion » de Jean-Paul Huchon

Précisément, Jean-Paul Huchon, le président socialiste de la région Ile-de-France, explicite dans «Les Cahiers de la compétitivité» publiés dans Le Monde daté du 17 avril, ses projets qui se concentrent autour de son souci de faire de la région francilienne la première «écorégion» d’Europe. «Je sais que nous n’échapperons pas aux formidables mutations en cours. Au lieu de le subir, il faut en faire des atouts des forces. Nous avons fait le choix, précise-t-il, de bâtir une écorégion.»
C’est un effort sans précédent puisque, selon lui, les politiques en faveur de l’écorégion représentent 38,5% du budget francilien. Elles portent sur l’urbanisme durable, la politique de la ville, l’aménagement du territoire avec priorité aux transports en commun, éco-innovation, écologie industrielle, formation aux nouveaux métiers de l’environnement, construction Haute Qualité environnementale (HQE), etc.
Il précise qu’en 2008, le budget de la région Ile-de-France consacrera plus d’un milliard et demi à l’environnement. «Nous avons l’ambition de donner résolument au développement de la région la dimension du développement durable. C’est ce que traduit le concept d’écorégion qui a pour vocation de concilier la vie des franciliens, leurs activité, avec un gain pour le milieu naturel et peut leur cadre de vie, en réduisant les inégalités sociales et territoriales», indique-t-il.
Reste à savoir si les projets de développement économique préconisés par le président de la CCIP Pierre Simon sont compatibles avec le développement écologique et la réduction des inégalités souhaitées par le président socialiste de la région francilienne. En toute état de cause, Pierre Simon et Jean-Paul Huchon sont d’accord sur un point: celui de la priorité à donner aux transports. C’est ainsi que fin 2009, un «train du futur francilien» sera progressivement déployé sur les réseaux Paris Saint-Lazare, Paris-Nord et Paris-Est qui représente «la commande du siècle» : deux milliards d’euros!… A suivre.

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 
 

 

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