La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 10 avril 2008


La course au Centre est relancée…
avec François Bayrou comme cible mais :



- Le Nouveau Centre veut se présenter seul
aux élections européennes et régionales


- l’UMP favorable à un scrutin à un seul tour
pour les régionales de 2010


Mise en place d’un « comité de liaison de la majorité » en vue des prochaines échéances électorales et d’une meilleure organisation de la majorité au niveau parlementaire ; fuites dans la presse d’une « note de synthèse » élyséenne sur la meilleure manière de fragiliser François Bayrou ; défection du Modem de l’un des « caciques » du groupe sénatorial centriste, Jean Arthuis ; participation du trésorier de l’UDF et du Modem, Michel Mercier, président du conseil général du Rhône réélu grâce aux voix de l’UMP… : les signes se multiplient d’une sorte d’hallali à l’encontre de celui qui fut le « troisième homme » de l’élection présidentielle de 2007 mais qui est entré depuis dans une « traversée du désert » qui s’annonce longue et difficile voire périlleuse pour son propre parti, le Modem.
La situation est claire. Le « roi » Bayrou qui a obtenu plus de 6,6 millions de voix le 21 avril (18,76%), qui a tout perdu en refusant de prendre la main tendue par Ségolène Royal entre les deux tours au point de se retrouver quelques semaines plus tard pratiquement seul avec deux élus aux législatives et de mordre la poussière à Pau aux élections municipales de mars… est nu. En tout état de cause il est gravement touché mais pas encore tué. C’est ce à quoi, les stratèges élyséens autour de Nicolas Sarkozy vont s’employer. De plusieurs manières.

Priver Bayrou de l’argent et des locaux de l’ex-UDF

D’abord avec le nerf de la guerre, l’argent public. Le financement des formations politiques s’obtient de deux manières. D’une part en tenant compte du nombre des élus mais le Modem n’a que trois députés, les autres ayant quitté le navire de l’UDF entre les deux tours de l’élection présidentielle pour se rallier avec Hervé Morin à Nicolas Sarkozy ce qui leur a permis de sauver leur siège de députés.
D’autre part, une partie du financement s’obtient par le rattachement des parlementaires au parti auquel ils ont décidé de s’affilier ou de s’apparenter mais ce choix n’est pas rendu public. Chez les centristes, la question est particulièrement délicate et confuse puisque les députés du Nouveau Centre n’ont pas eu la possibilité d’être financés en tant que tel au Palais Bourbon. Leur proposition de loi en ce sens n’a pas pu être discuté ni voté.
La situation de François Bayrou n’est pas claire non plus. Lorsqu’il a crée le Modem, il n’a pas voulu reprendre le sigle de l’UDF en raison notamment des coûts fiscaux. Il s’est contenté de créer une association – le Modem - laissant ainsi le sigle historique de l’UDF en déshérence. A qui donc vont aller les subsides publics destinés à cette UDF tombée en désuétude ? et qui peut valablement disposer des locaux de la rue de l’Université, siège « historique » de l’UDF à Paris ?
Dans la note de synthèse élyséenne de Dominique Paillé, l’un des conseillers politiques de Nicolas Sarkozy dont des extraits sont publiés dans Le Monde daté du 11 avril, il est écrit : « Il est clair qu’à quelques semaines du versement aux partis politiques de la dotation publique de l’Etat, les sénateurs centristes et de nombreux élus ne veulent plus en faire bénéficier François Bayrou ». C’est écrit noir sur blanc.

Le choix - peut-être décisif - du trésorier de l’UDF et du Modem

L’homme clé dans cette affaire – outre le sénateur centriste de Paris rallié au Nouveau Centre, Yves Pozzo di Borgo, président d’une Fondation qui détient une partie des locaux du siège parisien de l’ex-UDF - n’est autre que le trésorier du Modem et de l’UDF, Michel Mercier, président du groupe de l’Union centriste au Sénat. Or, ce Président du conseil général du Rhône, réélu grâce aux voix de l’UMP, aurait fait savoir à François Bayrou, comme il est indiqué dans la note élyséenne, qu’il ne le suivrait plus « dans des opérations suicidaires et sectaires et que c’était là sa responsabilité de trésorier à la fois de l’UDF et du Modem » !
Michel Mercier a été approché de longue date par Nicolas Sarkozy – on l’a donné comme entrant probable dans le gouvernement pendant les élections locales de mars dernier –. Il était présent à la réunion qui s’est tenue à l’Elysée le 9 avril autour du président de la République et du Premier ministre et qui a abouti à la création d’un « comite de liaison » de la majorité censé « renforcer les liens » entre le parti majoritaire et ses alliés centristes.

Le Nouveau-Centre envisage d’être présent aux européennes et régionales

Couper les vivres à François Bayrou et son Modem naissant est une chose, lui ravir son espace politique au centre en est une autre. Les dirigeants du Nouveau Centre, Hervé Morin, ministre de la Défense et François Sauvadet, député de Côte d’Or, élu président du conseil général de ce département à la surprise générale en mars dernier ont fait part de leur intention lors d’une conférence de presse le 10 avril de « réanimer l’UDF ». Ils ont ajouté qu’ils envisageaient même de présenter des listes aux prochaines élections européennes de 2009 et régionales de 2010 car, comme l’a affirmé avec juste raison leur président Hervé Morin : « le Nouveau Centre ne trouvera sa pleine place que s’il accepte l’idée d’une confrontation directe aux électeurs ». Selon le ministre de la Défense, les circonstances politiques sont favorables car l’affaiblissement de l’extrême droite remet le débat public au Centre et au Centre-droit qui a tout son rôle à jouer ».
Reste à savoir si le Nouveau Centre est capable à lui seul de ravir cet espace politique dévolu jusqu’ici à François Bayrou. Il souligne qu’outre la victoire du département de Côte d’Or, il a remporté deux ou trois victoires spectaculaires aux municipales à Agen et Châtellerault et Annecy.
Les députés Nouveau centre qui ont littéralement explosé par exemple lors du vote OGM le 9 avril – quatre ont voté pour, un contre, les autres s'abstenant ou ne prenant pas part au vote. De même ils n’ont pas fait preuve d’une grande efficacité jusqu’à présent pour faire adopter leurs amendements par le gouvernement. Les sénateurs centristes sont eux aussi partagés. Ils entendent pour l’instant rester « unis » comme l’affirmait le 10 avril, le sénateur maire de Ville d’Avray (Hauts-de-Seine), Denis Badré, l’un des plus fidèles soutiens de François Bayrou mais ils n’en sont pas moins inquiets, à l’instar de Jean Arthuis qui a décidé de quitter le Modem de la « vaporisation » ou « centrifugation » des centristes comme il le confiait dans les couloirs du Sénat.

L’UMP veut un scrutin à un tour pour les régionales


Il est peu probable cependant que l’UMP soit décidé à faire une grande place aux partis ou clubs centristes dits alliés. Le fait que le comité de liaison soit ouvert au Forum des républicains sociaux de Christine Boutin qui mord sur l’électorat de centre gauche catholique traditionaliste et plus encore au microscopique « Avenir démocrate » de Jean-Marie Cavada, lui-même battu aux municipales à Paris, montre que l’UMP ne se soucie guère de ces centristes ralliés.
La preuve la plus évidente a été le tour de table de l’UMP du 9 avril où une majorité de participants s’est prononcée pour une modification de la loi électorale pour les régionales de 2010 en faveur d’un scrutin à la proportionnelle à un tour proposé par le Premier ministre. Cela contraindrait alors le Nouveau Centre à passer sous les fourches caudines de l’UMP. Le mode de scrutin, envisagé par le secrétaire d’Etat aux collectivités locales, chargé des élections à l’UMP, Alain Marleix, prévoirait une « forte prime » majoritaire à la liste arrivée en tête.
Prudent, le « sage » centriste André Santini a refusé de s’engager sur la présence de listes du Nouveau Centre aux élections régionales. A moins que Hervé Morin et ses amis, qui tiennent leur congrès le 16 et 17 mai à Nîmes, ne réussissent à ressusciter l’UDF sous leur bannière avec le renfort des radicaux de droite... et de gauche. Mais cet objectif demeure un rêve encore bien difficile à réaliser.

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 
 

 

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