Les communes comme les entreprises sont dirigées par des p-dg. A cette exception près que dans la plupart des 36 700 mairies de France, les p-dg sont deux personnes distinctes et non une seule : le maire, l’élu politique est indissolublement lié à son directeur général des services (DGS). C’est ce fonctionnaire territorial qui sous l’autorité du maire fait tourner la boutique territoriale et consacre son action professionnelle, comme le précise la charte déontologique du syndicat national des directeurs généraux (SNDGCT) « à la promotion de intérêts publics notamment ceux de la collectivité qui l’emploie ».
La tentation peut être grande notamment pour les maires élus pour la première fois en 2001 comme en 2008 de faire table rase du passé en s’en prenant aux administratifs de haut niveau qui ont été recrutés par leur prédécesseurs. Ce type de comportements est bien connu aux Etats-Unis sous le terme de « spoil system ». Le nouvel élu d’une commune, département ou région souhaite s’entourer d’une équipe nouvelle de collaborateurs de haut niveau. Après tout c’est son droit. Mais d’abord, tous ne réagissent pas de cette manière parfois trop brutale ou simpliste.
Le secrétaire d’Etat à l’Emploi, Laurent Wauquiez, élu au premier tour au Puy-en-Velay en Haute-Loire a décidé par exemple de garder son Directeur général. La plupart agissent de la sorte ou bien se donnent un temps de réflexion de six mois en général pour prendre leurs marques avant de décider s’ils travailleront avec les directeurs généraux déjà en place au moment de leur élection. Dans la plupart des quarante villes moyennes qui ont connu l’alternance comme Narbonne, Voiron, Saintes, Roanne, Saint-Chamond, Pornichet, Maubeuge , Wattrelos, les départs sont annoncés dans le calme et la sérénité.
«Sereins », « angoissés » ou ... « placardisés »
En revanche dans certains cas, cela se passe mal. Les nouveaux maires ne prennent pas de gants pour se séparer brutalement des DG. C’est le cas notamment de villes comme Valence, Niort, Bergerac voire Périgueux, exemples cités par Stéphane Pintre, président du Syndicat national des directeurs généraux des collectivités territoriales (SNDGCT) qui a tenu une conférence de presse, le 2 avril, pour tirer les premiers enseignements des élections municipales au forum pour le gestion des villes à Paris.
Michel Namura, vice-président du syndicat a présenté ainsi la typologie des Directeurs généraux des services après les élections locales de mars denier en définissant deux grandes catégories.
La première, la plus nombreuse, selon lui, est celle des « sereins » qui n’ont rien à craindre. La seconde, plus réduite celle-là, regroupe les « placardisés » qui, pour tout dire, seront « cassés humainement et professionnellement ».
Mais, aux côtés de ces deux grandes catégories, il y a aussi les « tendus » - ceux qui ont six mois pour faire leurs preuves et gagner la confiance du nouveau maire - et les « angoissés » qui savent qu’ils ont …six mois pour partir et trouver un autre point de chute, précise encore le vice-président du SNDGCT.
« Notre rôle, insiste-t-il, c’est de transformer les « angoissés » en « tendus » et de supprimer les « placardisés » » …et tout le monde sera content car « le soldat DG sera sauvé » !
70% des DG sont soumis au « Mercato »
Au total, comme l’a précisé Corinne Hervé , animatrice du Réseau national de Médiation du syndicat, 70% des DG sont soumis à ce « Mercato » 2008 susceptible de donner une impulsion à leurs carrières et seulement 20% d’entre eux se voient « montrer la porte ». Les plus âgés les « papys boomers » (entre 58 et 62 ans) peuvent songer à prendre leur retraite un peu plus tôt que prévu ou un congé spécial. Toutefois, la plupart entendent faire jouer leur mobilité.
Le syndicat des Directeurs généraux ne dispose pas d’une « Bourse de l’emploi » mais d’un réseau important notamment dans les villes de 2 000 à 20 000 habitants. Il accompagne ses adhérents dans la recherche d’un poste notamment à travers des bilans de compétences. Ce travail sera facilité par l’édition fin 2008 par le CNFPT d’un répertoire national de tous les DGS en France qui sera un outil fiable pour les postes vacants.
« Les DG acceptent la logique de l’emploi fonctionnel. La plupart d’entre eux ne considèrent plus qu’ils ont « un poste » à eux comme c’était le cas avant 2001. Mais, en contre partie, ils sont en droit d’attendre le respect des hommes et de leurs fonctions » insiste Corinne Hervé.
Ceux des maires qui l’ont oublié ont été poursuivis devant les tribunaux administratifs. Il existe ainsi cinq ou six cas de lourds contentieux qui courent depuis 2001 à Sevran, Charleville-Mézières et Albi dont certains vont passer devant le Conseil d’Etat.
Le cas de Blois est à part puisque le nouveau maire élu en 2001 a recruté à son arrivée un DG puis a changé tout le monde trois ans après alors que la ville vient de changer de maire…. A la longue ces changements d’équipes administratives coûtent cher aux contribuables et atteignent le crédit des titulaires en poste ou remerciés.
Les dirigeants du SNDGCT dresseront un bilan plus complet des mouvements parmi les DG des collectivités territoriales après les six mois de réflexion fatidiques des nouveaux élus maires et présidents de conseils généraux. Mais d’ores et déjà, il apparaît que les changements en 2008 vont être importants. En 2001, cela avait été le cas aussi mais la mise en place des intercommunalités avait permis d’éponger des mises à l’écart plus ou moins forcées. Cette fois-ci, c’est le renouvellement des générations qui va sans doute d’amortir le choc des départs subis.
La charte de la déontologie des DG
L’essentiel de l’action du SNDGCT n’est pas là. Il s’agit avant tout pour lui de faire reconnaître par les élus, grands et petits, de droite comme de gauche « la légitimité professionnelle » des DG qui assument avec les services, « la continuité du service public local et les missions confiées par l’autorité territoriale, y compris lors des changements de l’exécutif ».
Les dirigeants du SNDGCT assurent avec juste raison, que la spécificité de notre pays réside dans le fait qu’il n’accepte pas le « spoil system ». La mobilité oui, l’arbitraire ou le bon vouloir sans limite des élus, non !
Les principes élémentaires de ce respect mutuel sont consacrés dans une « charte de la déontologie » qui édicte les droits et les devoirs des DG. Elle a été votée en 1997 lors du congrès national de Perpignan et reste plus que jamais d’actualité dans la mesure où elle garantie la continuité d’une action respectueuse de part et d’autre de « l’esprit républicain ».

Le directeur de la Lettre Horizons
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