La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 2 avril 2008


Après le coup de semonce des élections municipales,
Nicolas Sarkozy procède à des réglages :

- François Fillon est poussé à s’engager davantage
et propose une « gestion sérieuse » mais sans rigueur

- Les socialistes ripostent avec une motion de censure
sur l’Afghanistan et contre la politique économique et sociale

 


Il ne faudrait pas croire que Nicolas Sarkozy n’a tiré comme seule conséquence de l’avertissement qui lui a été lancé à travers l’échec de l’UMP aux municipales et sa propre chute spectaculaire dans les sondages qu’il lui faut changer de style. Certes sa visite d’Etat réussie en Grande-Bretagne et la « sortie » remarquée de Carla Bruni-Sarkozy à cette occasion contribuent pour une part à la remontée, fin mars, de sa cote de popularité, ce qui ne lui était pas arrivé depuis un bout de temps. Mais l’essentiel n’est pas là.
L’Elysée a procédé en une dizaine de jours à des réglages devenus nécessaires dans le gouvernement de François Fillon, sur la politique à mener ainsi que dans l’organigramme du parti majoritaire. Interrogé le 1 er avril sur la nomination du ministre d’ouverture Jean-Marie Bockel au secrétariat à la Défense chargé des anciens combattants (alors qu’il était chargé auparavant de la Coopération et de la francophonie) ce qui a été considéré par certains dont l’intéressé comme une rétrogradation, François Fillon a précisé sur « France-Inter » : « Ce que l’on veut c’est qu’il y ait une unité de la politique du gouvernement et sur ces sujets il y avait un certain nombre de réglages à faire. On les a fait ! ».
Il y a beaucoup d’autres exemples de « réglages » effectués à l’occasion du remaniement gouvernemental du 18 mars. Dans la mesure où tout changement de gouvernement était exclu de la part de l’Elysée, cette nouvelle mouture d’une équipe gouvernementale de François Fillon étoffée ressemble à un Méccano avec comme l’objectif politique celui de la reconquête.
On a noté ainsi que les deux « jeunes » secrétaires d’Etat, vainqueurs dès le premier tour des municipales à Chaumont et au Puy-en-Velay, Luc Chatel et Laurent Wauquiez, prenaient du galon en se voyant confié l’un à Bercy, le secteur de l’industrie, l’autre rue de Grenelle la charge de l’emploi. Sans parler des fonctions très politiques - sinon politiciennes - confiées à Alain Marleix, nouveau secrétaires d’Etat aux collectivités territoriales chargé de préparer le redécoupage électoral ou la création inattendue d’un secrétariat d’Etat chargé du « développement de la région-capitale » confié à un ancien « rocardo-centriste » Christian Blanc qui irrite au plus au point le président socialiste de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon qui y voit la traduction d’«une obsession (élyséenne) celle d’affaiblir la région et la ville de Paris ».

Fillon propose des mesures sérieuses d’économies

Le dispositif gouvernemental a été grandement remanié en commençant par la place du Premier ministre lui-même. Jugé trop longtemps effacé et pas suffisamment offensif, François Fillon est incité à aller plus souvent qu’auparavant au charbon en prenant ainsi le relais d’un chef de l’Etat qui s’est trop exposé au cours des premiers mois de son quinquennat. C’est ainsi que le 31 mars, le premier ministre a réuni un séminaire gouvernemental qui a mis au point les mesures d’« économies budgétaires » compte tenu du creusement des déficits et de la croissance revue à la baisse et du déficit.
Refusant toujours de parler d’un « plan de rigueur » – annoncé par les socialistes pour l’après municipales – François Fillon préfère mettre en avant une gestion « sérieuse » qui se traduira notamment par le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite en 2009 soit 35 000 fonctionnaires sous l’égide de la révision générale des politiques publiques ( RGPP).
Outre l’Education nationale, les deux secteurs les plus touchés risquent d’être ceux de la Défense. Le journal « Libération » a publié le 1er avril un document issu de l’état major des armées prévoyant d’ici à 2012 la fermeture d’une trentaine de garnisons (Limoges, Bourg Saint-Maurice, Joigny, Chaumont, Rambouillet, Châteauroux, Guéret etc.) et la dissolution de plus d’une dizaine de régiments.
L’autre « victime » de ces mesures d’économies pourrait être le RSA (Revenu de solidarité active) dont Martin Hirsch devait plaider le dossier devant les députés UMP, le 1 er avril.
Hélas pour lui, le haut commissaire chargé des solidarités actives, n’ a pas été en mesure de défendre sa cause car les élus UMP¨ont du interrompre leur réunion pour aller voter dans l’Hémicycle contre les propositions présentées par les socialistes sur le logement en fin de matinée.
Mais d’ores et déjà, selon Frédéric Lefebvre, député des Hauts-de-Seine et chargé des questions économiques au sein du groupe UMP, il semble exclu que le RSA puisse être intégralement mis en place le 1er janvier 2009comme prévu pour des raisons techniques : il faut évaluer les expérimentations qui sont faites depuis quelques mois dans 27 départements mais surtout parce que cela pourrait coûter jusqu’à 3 milliards d’euros. François Fillon a dit que le RSA devrait se mettre en place à budget constant. Il faudra donc trouver de l’argent en économisant sur d’autres dépenses sociales.

La montée en puissance de Xavier Bertrand à l’UMP

L’autre inflexion du gouvernement porte sur la priorité à donner désormais la lutte contre le chômage qui a obtenu déjà des résultats probants en laissant plus pou moins de côté le slogan de la présidentielle sur l’augmentation du pouvoir d’achat qui paraît impossible à tenir dans les conditions présentes contrairement à ce qui se passe en Allemagne par exemple où les syndicats ont obtenu de fortes augmentations pouvant aller jusqu’à 10%. L’objectif de populariser la lutte contre le chômage qui et la bonne manière pour donner du pouvoir d’achat, est confiée à la « force montante » du gouvernement, Xavier Bertrand, ministre du Travail qui apparaît à beaucoup comme un « vice-premier ministre ».
Car parallèlement à ce remaniement gouvernemental, l’équipe dirigeante de l’UMP a été profondément remaniée avec la nomination de deux secrétaires généraux adjoints auprès du secrétaire général Patrick Devedjian : Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat à l’Ecologie et surtout Xavier Bertrand. Il s’agit clairement d’une reprise en main des proches de Nicolas Sarkozy avec des porte-parole comme Frédéric Lefebvre, omniprésent et Dominique Paillé, membre du staff élyséen voire Chantal Brunel, député de Seine-et-Marne. On notera aussi parmi les nouveaux conseillers politiques des proches du président de la république comme les ministres Rachida Dati et Rama Yade ou encore Brice Hortefeux. En clair, les « sarkozistes » sont aux commandes au sein de l’équipe de l’UMP.Et, fait symbolique, Jean Sarkozy,le fils cadet du Président de la République va prendre la tête de la section UMP de Neuilly avec en ligne de mire la mairie dans six ans.

Une motion de censure PS sur l’Afghanistan…

Derrière tout ce dispositif, il y a la main du chef de l’Etat lui-même qui s’est placé volontairement en retrait. Mais pas pour longtemps car son annonce devant la Chambre des
Communes, le27 mars à Londres de l’envoi de militaires supplémentaires français en Afghanistan a mis le feu aux poudres chez les socialistes qui ont décidé, le 1er avril de déposer une motion de censure contre le gouvernement sur cette question mais aussi sur l’ensemble de la politique économique et sociale de François Fillon.
Le président du groupe socialiste Jean-Marc Ayrault a présenté l’ensemble des griefs à l’égard du pouvoir qui refuse, selon lui, de donner des explications claires sur les raisons de l’envoi de 10 000 soldats supplémentaires en Afghanistan et d’engager la responsabilité de son gouvernement sur ce qui, aux yeux de l’ancien premier ministre Laurent Fabius, est le signe patent d’un « réalignement » de la politique étrangère de la France par rapport à George Bush.

… et contre la politique économique et sociale

Ce à quoi, le premier ministre a répondu, au cours du débat sans vote qui a eu lieu le 1er avril au Palais Bourbon que Lionel Jospin n’avait pas demandé l’aval du parlement en 2001 lorsqu’il a décidé – c’était en pleine période de cohabitation avec le président Jacques Chirac – d’envoyer des troupes en Afghanistan.
Répondant avec une certaine ironie aux attaques des socialistes, le Premier ministre leur a même recommandé de voter la réforme constitutionnelle qui prévoit que le gouvernement devra demander au parlement de l’ autoriser à prolonger l’engagement de troupes françaises sur un terrain extérieur au delà de six mois. De même, à ceux qui reprochent à Nicolas Sarkozy d’avoir fait l’annonce de l’envoi de militaires français devant le parlement de Londres, le président du groupe UMP, Jean-François Copé affirme qu’ils n’ont qu’à voter le point de la réforme le plus contesté par les socialistes : celui qui devrait permettre au chef de l’Etat de pouvoir s’adresser …directement aux parlementaires français.

Sarkozy en vedette au sommet de l’OTAN de Bucarest

Cet angle d’attaque sur l’Afghanistan des socialistes est habile car il leur permet de rassembler sans coup férir l’ensemble de la gauche et notamment les députés communistes. Mais c’est sur l’ensemble de la politique économique et sociale qu’ils chercheront à mettre en difficulté le gouvernement. Il n’est pas certain que l’angle d’attaque « extérieur » soit la meilleure approche pour cette motion de censure qui sera discutée le 8 avril prochain.
Même si les socialistes pourront - pour le plaisir ? - rappeler que le 26 avril 2007 sur France 2, Nicolas Sarkozy affirmait que s’il était élu, il retirerait les troupes d’Afghanistan ! Chacun sait bien qu’en en matière économique et sociale comme en politique étrangère, comme le disait volontiers Jacques Chirac, les promesses n’engagent que ceux qui y croient.
Nicolas Sarkozy devrait se faire un plaisir au prochain sommet de l’OTAN qui s’ouvre le 2 avril à Bucarest comme l’a laissé entendre les ministres des affaires étrangères Bernard Kouchner de démontrer qu’il n’est pas le « caniche de Bush » ni « à la remorque des Etats-Unis » en rejetant les pressions du président américain pour l’entrée rapide de la Géorgie et de l’Ukraine dans l’OTAN.
Les socialistes risquent ainsi sans le vouloir avec leur motion de censure de permettre à Nicolas Sarkozy de reprendre de la hauteur sur le terrain de la politique étrangère, le domaine réservé jusqu’à maintenant aux seuls chefs de l’Etat, sous la Ve République.

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 
 

 

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