François Hollande l’a dit avec force et conviction le 25 mars devant le « parlement » du PS - le Conseil national - réuni à Paris après le succès des socialistes aux élections locales des 9 et 16 mars : il faut savoir « gérer ses victoires » !. C’est pourquoi, tous les socialistes – de Ségolène Royal à Bertrand Delanoë - se sont accordés sur le calendrier préparatoire au congrès du PS qui se déroulera du 7 au 9 novembre sans doute à Toulouse.
D’ici là, les socialistes devront avoir modifié leur déclaration de principe, la « carte d’identité » des socialistes, et leurs statuts lors d’une convention nationale le 14 juin. Ils auront eu à voter sur les motions retenues pour le débat du congrès dans le courant du mois d’octobre, avant de désigner leur premier secrétaire du PS en novembre.
Jusqu’ici tout va bien, pourrait-on dire. Les diverses personnalités du PS – présidentiables et candidats potentiels au poste de premier secrétaire laissé vacant par François Hollande- ont décidé de mettre de côté les enjeux de pouvoir.
Les amis de Ségolène Royal auraient voulu aller plus vite et profiter de l’élan des élections locales pour boucler un congrès avant l’été mais finalement ils se sont ralliés à la proposition de François Hollande qui avait d’ailleurs pris soin de faire soutenir son projet de calendrier par 45 présidents de fédérations…ce qui a calmé les velléités de certains homme ou femme trop pressés. Car à l’évidence, le PS risquait de perdre tout son crédit si au lendemain de sa victoire aux élections locales, il voyait refleurir la guerre des chefs.
En fait, les socialistes doivent éviter trois « pièges ». Le premier serait celui de victoires sans lendemain et d’espoirs déçus dans les villes et les cantons qu’ils ont gagné. Le deuxième consisterait à se lancer dans des querelles d’égos qui n’intéressent personne au lieu de s’attacher à définir une doctrine claire sur des valeurs partagées par le plus grand nombre. Le troisième « piège » - et non des moindres – serait d’échouer dans leur opération de renouveau stratégique qui doit les conduire, espèrent-ils, à l’alternance en 2012 à l’Elysée alors qu’ils ont perdu les trois dernières présidentielles organisées depuis 1995.
Hollande : « préparer au plan local, l’alternative nationale »

Le premier écueil à éviter est celui de ne pas être « utiles » aux Français, là où ils ont été élus. François Hollande a eu l’idée le 25 mars d’un « conseil des territoires » qui aura pour objectif d’harmoniser les prises de position des élus socialistes aussi bien dans les villes, les départements et les régions qu’ils sont maintenant appelés à gérer dans leur majorité. «Ce que nous voulons faire à travers la politique locale, c’est préparer l’alternative au plan national » a-t-il affirmé.
En clair, il s’agit de retrouver l’élan qui en 1977 avec la génération dite des « sabras » avait permis à l’alternance de se réaliser en 1981. Il existe toute une série victoires significative aussi bien dans la région parisienne (Asnières, Argenteuil, Noisy-le-Sec) qu’en province (Thionville, Annonay, voire même le premier secteur de Marseille) où des jeunes militants pugnaces et volontaires qui ne se sont pas découragés après un premier échec ont réussi à l’emporter grâce à un travail de terrain a porté ses fruits.
Les élus locaux des grandes villes – Gérard Collomb à Lyon, Martine Aubry à Marseille, Jean-Marc Ayrault à Nantes etc. – mais aussi des villes moyennes ou petites auront leur mot à dire, leurs expériences à faire partager et leurs propositions à faire valoir. Plusieurs d’entre eux ont pris la parole devant le Conseil national en soulignant que les électeurs à la base demandaient pendant la dernière campagne électorale que les élus socialistes soient essentiellement fermes sur leurs « valeurs de redistribution et de justice sociale ». L’économiste Pierre Larrouturou a d’ores et déjà lancé une pétition auprès des militants su PS invitant son parti « à se mettre au travail » mais il n’a pas pu présenter son initiative devant le conseil national pour des raisons statutaires.
Les élus socialistes vont devoir faire en sorte d’améliorer la vie de leurs concitoyens sur le terrain local sans alourdir les impôts ce qui risque de ne pas être facile si l’on en croit le chef du gouvernement et la majorité UMP qui prétendent que l’augmentation des impôts locaux est « congénitale » au mode de fonctionnement et de gestion locale des socialistes !
Statu quo Delanoë-Royal en 2008 ?
Le deuxième « piège » à éviter pour les socialistes serait celui de la division. Des « sensibilités » différentes ses ont faites jour au moment des alliances électorales locales. Certains ont accepté l’alliance avec le Modem, d’autres pas. Une doctrine a été élaborée sur ce point : d’accord pour des alliances avec le Modem à condition qu’il se prononce clairement en accord avec le programme socialiste et avec ses alliances. Il semble que la quasi totalité des élus locaux socialistes – sauf peut-être certains dans le nord du pays – soient d’accord avec cette conception des alliances avec le Modem qui, selon eux, ne doit pas faire l’objet principal du vote au congrès.
A l’occasion du Forum des journalistes parlementaires du 26 mars, Julien Dray, porte-parole du PS et candidat au poste de premier secrétaire du PS a indiqué que ni Ségolène Royal ni Bertrand Delanoë n’aurait intérêt à présenter une motion et à se battre pour prendre la tête du parti socialistes dès le prochain congrès. D’une part parce qu’une fois lancée la bataille entre deux pois lourds, il est impossible de l’arrêter – « même François Mitterrand alors président de la République n’y est pas parvenu au congrès de Rennes en 1990 », rappelle-t-il – mais aussi en raison du fait que ni l’un ni l’autre ne sont assurés d’avoir la majorité, ce qui ruinerait en cas d’échec, lors leurs chances d’être éventuellement candidat en 2012.
Donc, il pourrait y avoir un statut quo entre les deux « poids lourds » – Ségolène Royal et Bertrand Delanoë – d’ici au congrès ce qui laisserait alors le temps à …François Hollande de revenir dans le jeu pour la prochaine présidentielle.
Rassembler la gauche sur un programme et un candidat communs
Mais au delà de ces considérations tactiques, la tâche la plus importante qui attend le PS dans les huit prochains mois revient à créer les conditions d’un rassemblement collectif de la gauche. Julien Dray parle de « majorité arc-en-ciel » dans son nouveau livre à paraître dans quelques jours qu’il a intitulé « Et maintenant ». « Le vrai problème n’est pas celui d’une alliance ou pas avec le Modem, c’est le rassemblement de la gauche » a-t-il insisté le 26 mars devant les journalistes parlementaires.
Selon lui, sans cet élan nouveau de la gauche rassemblée, le PS se dérivera vers la droite et le centre laissant ainsi la place à une extrême gauche qui a le vent en poupe dans certains pays voisins comme l’Allemagne, l’Italie et le Danemark. Il préconise donc l’élaboration avec le Parti communiste et les écologistes verts d’un programme commun permettant d’aller vers un candidat unique désigné à l’aide de « primaires » de toutes les sensibilités de gauche.
Pour cela il faudrait que le PCF retrouve une appétence unitaire – Robert Hue pourrait rendre quelque initiative dans ce sens – et que l’extrême gauche dise clairement si elle accepte d’exercer des responsabilités politiques dans le cadre d’une économie ouverte. A priori, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) d’Oliver Besancenot ne va pas dans ce sens alors que l’attitude de Lutte Ouvrière semble moins rétive.
Au passage, Julie Dray a confié qu’il n’avait pas approuvé l’attitude de son collègue, Claude Bartolone, proche de Laurent Fabius quia pratiqué une politique de « saucissonnage » du PCF dans l’un des ses derniers fiefs de Seine Saint-Denis.
Il ne s’agit ni plus ni moins pour le parti socialiste que de se mettre définitivement au clair dans sa doctrine et de retrouver une crédibilité pour conduire un rassemblement à gauche. Les premiers mois de la présidence de Nicolas Sarkozy qui sonnent, selon Julien Dray, le glas du « tout libéral » et les victoires locales d’une gauche bien assurée de ses valeurs traditionnelles offrent une fenêtre de tir pour le PS. Encore faut-il qu’il ne gâche pas ses chances comme il l’a fait parfois dans le passé, en se jetant à corps perdus dans des querelles de personnes. S’il veut avoir une chance de l’emporter en 2012, il ne faut pas que le futur congrès de Toulouse ressemble à celui de Rennes. La réponse sera en grande partie donnée dès la fin août à l’université d'été du PS de La Rochelle qui va retrouver tout son suc pour ceux qui s’intéressent à la politique.

Le directeur de la Lettre Horizons
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