Après les élections des maires et des présidents de conseils généraux, le 21 mars, force est de constater que la parité est loin d’être appliquée dans notre pays à la direction des trente sept grandes villes de plus de 100 000 habitants et des 101 départements. Même si la parité est respectée dans la composition es listes lorsqu’il s’agit d’exercer le pouvoir c’est une autre paire de manches. Ainsi donc la livraison 2008 n’accorde que deux femmes de plus à la tête de grandes villes : Adeline Hazan à Reims et Valérie Fourneyron à Rouen qui viennent rejoindre Martine Aubry à Lille et Maryse Joissains-Masini à Aix-en-Provence.
Le même score piteux est réalisé par les femmes présidentes de conseils généraux avec la double élection de Claude Roiron (Indre-et-Loire) et de Josette Durrieu (Hautes-Pyrénées) ralliées au maigre bataillon des deux femmes présidentes réélues : Anne d’Ornano (UMP) dans le Calvados et Françoise Pérol-Dumont (PS) en Haute-Vienne.
Parmi les « femmes maires » battues du 16 mars, il faut compter – mais là c’est le suffrage universel qui l’a décidé - la maire de Caen, Brigitte Le Brethon. Son « tombeur » socialiste, le président du conseil régional de Basse-Normandie, Philippe Duron est représentatif de la « nouvelle génération » des maires socialistes de grandes villes nouvellement élus comme Pierre Cohen à Toulouse et Dominique Gros à Metz qui ont mis fin à une longue période de gestion de leur ville par la droite entre trente et quarante ans et même pris les rênes pour la première fois comme à Caen depuis Guillaume Le Conquérant et à Saint-Etienne qui n’avait jamais connu de maire socialiste.
Les « nouveaux maires » et le retour de Martine Aubry
Ces « nouveaux maires » socialistes sont pour la plupart des intellectuels enseignants comme Gille Demailly, 58 ans, chercheur spécialiste de la chimie des sucres à Amiens et Maurice Vincent, professeur des universités à Saint-Etienne ou des ingénieurs comme Pierre Cohen, ancien ingénieur de recherche en informatique à Toulouse et Dominique Gros à Metz. Tous ne sont pas nés dans la ville où ils ont été élus. Adeline Hazan, est une parisienne ex-juge d’application des peines « parachutée » à Reims, il y a onze ans seulement. Philippe Duron, professeur agrégé d’histoire est né à Antony dans les Hauts de Seine tandis que Pierre Cohen, nouveau maire de Toulouse est natif de Bizerte en Tunisie tout comme Bertrand Delanoë.
Quelques « gros bonnets » du PS – présents ou à venir - ont choisi de privilégier le terrain municipal, départemental ou régional pour appuyer leurs trajectoires politiques. Parmi eux,
Ségolène Royal, Gérard Collomb, maire de Lyon et Michel Destot, député-maire de Grenoble, président de l’Association des maires des grandes villes de France qui a succédé au « transfuge » d’ouverture Jean-Marie Bockel, membre du gouvernement Fillon difficilement réélu à Mulhouse.
La dernière tentative de ce type revient à Martine Aubry. La trajectoire politique de la maire de Lille est relancée par sa spectaculaire victoire du 16 mars avec 66,56% des voix - un score sans égal depuis la victoire de Roger Salengro en 1930 - qui la propulse en troisième position des personnalités que les français aimeraient voir conduire le PS avec 29% derrière Bertrand Delanoë (40%)et Ségolène Royal (36%), selon un sondage CSA-« Le Parisien » publié le 21 mars.
Les rivalités locales à gauche
Outre la rivalité patente entre la maire de Paris Bertrand Delanoë et la présidente de Poitou-Charentes, il faudra aussi compter sur le nouveau président de la Corrèze, François Hollande qui a confié à son assistant parlementaire, Bernard Combes, les clefs de la mairie de Tulle. Parmi les personnalités socialistes qui ont choisi d ‘ajouter l’écharpe départementale à leur panoplie figurent Arnaud Montebourg, qui est revenu sur son engagement de non-cumuls des mandats pour se faire élire à la tête du département de Saône-et-Loire alors que le précédent président socialiste, Christophe Sirugue, élu maire de Châlons-sur-Saône a refusé de cumuler. A noter aussi du côté des socialistes, la montée en puissance à la tête du département de Seine-Saint-Denis du « bras droit » de Laurent Fabius, Claude Bartolone, ancien ministre socialiste de la Ville qui a ravi au parti socialiste ce département de l’ancienne ceinture « rouge », détenu depuis sa création en 1965 par le PCF.
A droite, on remarquera le « retour » d’Hervé Gaymard, l’un des anciens « poulains » de Jacques Chirac qui après sa démission du ministère de l’Economie s’est fait réélire député en juin 2007 et président du conseil général de Savoie. Ce qui en fait un « baron local » du département, poste occupé auparavant par son rival national et local, le ministre de l’agriculture, Michel Barnier. A noter aussi, l’élection de Dominique Bussereau, le plus fidèle « lieutenant » de Jean-Pierre Raffarin en Charente-Maritime. L’ancien premier ministre et président de la région Poitou-Charentes a évité une interne à l’UMP qui aurait favorisé son basculement à gauche.
Le Modem penche à droite dans les départements
La surprise est venue de l’élection de François Sauvadet en Côte d’Or grâce à la voix de Marc Frot, un élu du …Modem de François Bayrou, rival du Nouveau Centre dans u département où la présidence se jouait à une voix. ! « Mon parti m’ a demandé de voter pur la gauche mais je préfère la droite » a confié ce « faiseur de roi ».
En l’occurrence, il allait dans le sens de l’histoire puisque les trois présidents sortants du Modem ont fait alliance avec la droite pour conserver leurs présidences notamment Michel Mercier, trésorier du Modem ( Rhône) et la sénateur Jean Arthuis (Mayenne). Le Modem a été mal payé en retour puisqu’il perd le département d’élection de François Bayrou, les Pyrénées-atlantiques au profit du doyen d’âge, l’UMP Jean Castaings, 70 ans. Parmi, les plus chevronnés des présidents de conseils généraux, il faut retenir la réélection de Christian Poncelet, le président du Sénat qui à 80 ans, entame son dixième mandat dans son département des Vosges.
L’autre pochette surprise est venue de la victoire inattendue de l’UMP Ahmed Attoumani Douchina à Mayotte qui a fait voler en éclats le mouvement départementaliste (divers gauche) qui faisait jusqu’à présent les majorités.
La majorité des départements et régions au PS
Quoi qu’il en soit, la gauche avec un gain de huit départements renforce son poids au sein de l’Association des départements de France dirigée par Claudy Lebreton, président réélu des Côtes d’Armor à nouveau candidat à la présidence que certains croient convoitée par François Hollande à plus longue échéance.
La gauche poursuit son ascension et détient la majorité avec 57 départements contre 44 à la droite. A noter que le PCF qui perd la Seine-Saint-Denis, un de ses fiefs historiques, retrouve celui de l’Allier et conserve le Val-de-Marne dans la petite Couronne.
En 1994, la droite détenait les trois quarts des conseils généraux. La gauche a refait son retard, renouvellement après renouvellement : + 11 départements en 1998, et six en 2001, douze en 2004 puis huit en 2008.
La plupart des grandes villes de France – sauf Marseille et Nice – son désormais dirigées par la gauche. Une nette majorité des départements sont également à gauche alors que la quasi totalité des régions le sont depuis 2004 jusqu’en 2010.
A l’évidence cette gerbe ressemble à la moisson de 1977 qui avait amené l’alternance au pouvoir avec François Mitterrand en 1981. Mais il est certain aussi compte tenu du contexte économique et social que pour la gauche dotée d’un « pouvoir local » quasi exclusif, le plus dur reste à faire... d’ici à 2012.

Le directeur de la Lettre Horizons
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