La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 18 mars 2008


Après la victoire « rose » aux municipales,
le mot d’ordre consiste à jouer « collectif » :

- Le président de la République affirme qu’il va continuer le changement et fait entrer six nouveaux au gouvernement

- François Fillon propose d’instaurer
une « coproduction législative »

- Au PS, les « reconstructeurs » refusent
la démarche présidentielle de Ségolène Royal

L’Elysée, Matignon et les états-majors politiques n’ont pas tardé pour tenir compte de ce que Jean-François Copé, le président du groupe UMP de l’Assemblée nationale a qualifié de « défaite » de la majorité aux élections municipales et cantonales des 9 et 16 mars. En gros, la leçon politique est la suivante : il ne s’agit pas de changer de « ligne » politique mais de méthode et de jouer plus collectif.
Le « réajustement « du gouvernement attendu du 19 mars est marqué par l’entrée de six nouveaux secrétaires d’Etat au gouvernement pour la plupart proches de Nicolas Sarkozy comme les porte-parole de l’UMP, Nadine Morano, députée de Meurthe-et-Moselle (famille) et Yves Jégo député de Seine-et-Marne, (à l’Outre-mer en remplacement de Christian Estrosi démissionnaire après son élection à la mairie de Nice). Le maire de Toulon, Hubert Falco (aménagement du territoire) et Alain Joyandet (coopération) figurent parmi les proches du chef de l’Etat. Deux anciens UDF Christian Blanc, ancien président d’Air-France (développement de la région capitale) et Anne-Marie Idrac, l’ancienne présidente de la SNCF (commerce extérieur). Plusieurs titulaires changement de poste comme Laurent Wauquiez qui rejoint Xavier Bertrand à l’emploi et abandonne son poste de porte-parole du gouvernement à Luc Chatel. Ces deux secrétaires d’Etat ont remporté de brillantes victoires au premier tour des municipales respectivement au Puy-en-Velay et à Chaumont. Enfin on soulignera la promotion la nomination d’Alain Marleix aux collectivités territoriales. Ce fin connaisseur de la carte électorale sera chargé de l’indispensable redécoupage à venir des circonscriptions législatives.
Si ce réajustement apparaît tentaculaire, il ne concerne pas le fond de la politique qui restera inchangée. Pas question de changer de ligne. Le chef de l’Etat l’a souligné le 18 mars en affirmant qu’il gardait son calme et son sang froid après le mouvement d’irritation qu’avaient exprimé les français lors des municipales et des cantonales. Il a affirmé son souci de « continuer les changements nécessaires pour notre pays. Ce n’est pas une question politique pas même de gauche ou de droite mais de bon sens »a-t-il ajouté avant de souligner que les la flambée de l’euro, les crise financière etc. devraient nous inciter « à faire des changements plutôt que de nous recroqueviller ».


La fin du « bling bling « élyséen ?

A tout seigneur tout honneur, le changement le plus visible est venu du président de la République lui-même. Hommage au dernier « poilu » de la guerre 14-18, lundi, visite au plateau des Glières où se sont battus les résistants de la seconde guerre mondiale pour en faire, le jour suivant pour en faire un lieu symbole où Nicolas Sarkozy viendra chaque année se ressourcer. L’hôte de l’Elysée a compris le message. Il a endossé l’allure et les habits rigoureux des chefs de l’Etat qui se sont succédé depuis le débit de la V ème République. Il y avait à la fois du De Gaulle et du Mitterrand dans cette marche les pieds dans la neige et dans le brouillard en haut du plateau des Glières, la nouvelle « Roche de Solutré » de Nicolas Sarkozy.
Fini aussi le clinquant et le « bling bling » à l’Elysée des conseillers tout puissants qui se poussaient du col dans le sillage du chef de l’Etat. Il n’y aura plus de briefings du porte-parole de l’Elysée, David Martinon remercié sèchement. Les plus proches conseillers du chef de l’Etat restent Claude Guéant pour les affaires intérieures et Jean-David Levitte pour celles visant l’étranger.
Les autres sont priés à plus de discrétion par leur départ comme Georges Marc- Benamou nommé à la Villa Médicis ou par une plus grande discrétion : Henri Guaino a été mis sous le boisseau lors du compromis de Bruxelles sur l’Union européenne de la Méditerranée.
L’accent est mis à l’Elysée sur la volonté de jouer collectif. Un « pôle des affaires politiques » a été crée au « Château » afin de rassurer les parlementaires. C’est Catherine Pégard, ancienne rédactrice en chef du service politique du »Point » qui sera chargée de resserrer les liens entre le chef de l’Etat et ses soutiens naturels.

La « coproduction législative » de François Fillon

C’est le message que François Fillon est allé porter, le 18 mars aux parlementaires de l’UMP. Pas question pour les députés d’« alimenter le lynchage médiatique » du Président de la République. Voilà pour le bâton. En revanche, la carotte est venue de la promesse d’approfondir les relations entre le chef du gouvernement et sa majorité au parlement à travers une co-production législative. C’est ainsi que dès que l’Elysée ou Matignon aura une idée à proposer, elle sera transmise avant même d’être examinée par le Conseil des ministres aux parlementaires pour qu’ils examinent leur faisabilité. Les travaux pratiques commenceront avec l’application des conclusions du rapport Attali qui vont passer très rapidement au tamis des parlementaires de l’UMP.
Il s’agira là d’u bon test car il ne fait pas de doute que beaucoup de parlementaires n’apprécient pas les mesures quelque plus théoriques que pratiques de l’ancien conseiller spécial de François Mitterrand ni sa méthode abrupte de les présenter qui a fait perdre, selon eux, pas mal de municipalités à l’UMP.
Toutes ces bonnes résolutions tiendront-elles la route ? Nicolas Sarkozy peut-il changer de méthode et accepter de ne plus se mettre en avant, naturellement ? Les parlementaires UMP parfois libéraux ou centristes et chiraquiens vont-ils se rallier à la nouvelle phase du sarkozysme qui est en train de s’ouvrir ? L’avenir le dira mais dans l’immédiat, il convient d’être prudent sur ces changements annoncés.

Conte la démarche « présidentialiste » de Ségolène Royal

La question de la présidentialisation se pose également au parti socialiste que François Hollande qui a toujours voulu jouer collectif s’apprête à quitter alors qu’il est considéré comme le grand artisan de la victoire des socialistes aux élections municipales et cantonales.
D’ores et déjà, la préparation du prochain congrès est ou verte sur le thème du « tout sauf Ségolène ». Dans le journal « Le Monde » daté du 19 mars, Jean-Christophe Cambadélis, l’un des créateurs du groupe des « reconstructeurs » avec les amis de Dominique Strauss-Kahn, ceux de Laurent Fabius mais aussi des amis d’Arnaud Montebourg et Martine Aubry s’en prend à l’ancienne candidate du PF qui, dit-il, « a décidé de présenter seule, presque unilatéralement, un texte au prochain congrès du PS. Elle souhaite mettre le PS au service de son ambition présidentielle par ailleurs légitime. Mains on ne peut réclamer la parlementarisation et présidentialiser le PS. Il faut au contraire faire sauter le verrou de la présidentialisation pour libérer l’énergie de la rénovation ». On ne peut être plus clair. Une alliance est en train de se constituer pour barrer la route à Ségolène Royal au nom de l’indispensable action collective.
Il ne fait pas de doute que le débat se jouera entre une présidentialisation du PS – selon la méthode de Nicolas Sarkozy avec l’UMP avant 2007 – ou le maintien d’une démarche collective dans la tradition des accords de courants de type mitterrandien.
Un fait apparaît clairement parmi les leçons à tirer des scrutins des 9 et 16 mars : la présidentialisation autour des leaders charismatiques a du plomb dans l’aile. Pour l’instant du moins…

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 
 

 

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