
Pierre Cohen l'emporte à Toulouse
En dépit du maintien de Marseille dans le giron de l’UMP, les socialistes ont remporté une très large victoire aux élections municipales. Le deuxième tour des élections municipales et cantonales a confirmé et même amplifié la tendance apparue au premier tour. François Hollande a indiqué que les résultats allaient « dépasser l’objectif de reconquête qu’il s’était fixé » (30 villes de plus de 20 000 habitants) et que la gauche allait également être majoritaire en terme de départements (elle en gagnerait de sept à neuf venant s’ajouter aux 51 qu’elle détenait sur 101).
« Une vraie défaite » reconnaît Jean-François Copé
De fait, les socialistes l’ont emporté plus facilement que prévu dans des villes détenues depuis des lustres par la droite comme à Caen (depuis Guillaume Le Conquérant), Toulouse (depuis 1971), Amiens, Metz. Ils l’emportent aussi à Strasbourg ou cela était prévisible mais aussi à Reims Metz et Saint-Etienne avec l’appui décisif des électeurs du Modem. Deux membres du gouvernement tête de liste mordent la poussière, Xavier Darcos, maire sortant de Périgueux qui avait été réélu en 2001 au premier tour en dépit du soutien du premier ministre et d’Alain Juppé et Rama Yade à Colombes.
L’UMP en dehors de Marseille, a conservé Le Havre et Tarbes. Elle a remporté Brive-la Gaillarde et Jean Tiberi, l’ancien maire UMP de Paris a résisté à la candidate socialiste, Lyne Cohen-Solal qui échoue une fois encore dans l’élection-phare du cinquième arrondissement de Paris.
Des satisfactions sont venues des personnalités d’ouverture avec la réélection de Jean-Marie Bockel à Mulhouse en dépit de son virage à droite et la victoire d’un candidat du Nouveau Centre contre un socialiste à Châtellerault.
Comme l’a reconnu le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé il s’agit bel et bien pour la majorité d’ «une soirée de défaite » même si les porte-parole de la majorité se sont efforcés d’insister sur le record d’absentions 34,5% qui empêche de parler de « vote-sanction « (Rachida Dati ) qui empêche de donner à ces élections l’aspect d’ «un match-retour de la présidentielle ».

Le faux pas à Pau de Bayrou
A noter encore que François Bayrou perd pour 300 voix son élection à Pau, à cause du maintien du maire sortant ex-PS avec le soutien de l’UMP. Si l’échec personnel du président du Modem est patent, en revanche, les résultats démontrent que les électeurs du Modem ont plutôt voté pour les candidats de gauche. La vice-présidente du Modem Marielle de Sarnez s’en est inquiété en reconnaissant les difficultés pour un parti nouveau de garder ses distances autant vis à vis de la droite que de la gauche.
Car, comme l’a dit François Bayrou en commentant les résultats de ces élections la « vague de gauche énorme » de ce deuxième tour des cantonales et des municipales représente « un preuve de plus de l’instabilité de la vie politique française tant que l’on aura pas un centre politique fort, stable des institutions qu permettent à tout le monde de se faire entendre on aura ce mouvement de balancier d’un bord sur l’autre. A moins de dix mos d’intervalle coup de balancier à droite, coup de balancier à gauche alors que le PS n’a changé aucune de ses têtes ni aucune de ses idées ». Il a conclu en affirmant que c’était un devoir pour le Modem de faire que la France se retrouve avec une offre politique plus riche et plus diverse qu’aujourd’hui. Il y aura d’autres batailles et je vous le promets d’autres victoires » a-t-il conclu.
Hollande : le pouvoir local est au au PS mais pas de « blanc-seing »
Le principal vainqueur de ces élections, le premier secrétaire du PS a tiré deux conclusions de ce scrutin qui a vu la gauche redevenir majoritaire en voix dans le pays et remporter la majorité des villes, départements après celle dans les régions.
L’obligation d’abord pour la gauche et le PS d’être « les plus utiles » à leurs concitoyens, car, a-t-il dit, « dans une certaine mesure la gauche sera au pouvoir dans les villes et les départements. Mais d’un point de vue purement politique, François Hollande a estimé que « le Président de la République est obligé d’entendre le message des Français. Ce qu’ils lui ont dit c’est que les promesses en terme de pouvoir d’achat n’ont pas été satisfaites ».
De plus il a mis en cause personnellement l’attitude Nicolas Sarkozy. « «Le comportement qui a été le sien au sommet de l’Etat ne peut plus être accepté notamment quant au respect des valeurs de laïcité ».
Enfin, il a souligné à l’adresse de ses camarades socialistes qu’e ces élections n’avaient pas valeur de « blanc seing pour la gauche ». De fait, alors que Ségolène Royal a sonné le temps de « la révolte des socialistes »en affirmant que « la situation est grave » semblant prête à revendiquer la direction du PS, Claude Bartolone comme les autres représentants des courants Pierre Moscovici et Jack Lang ont tous insisté sur la nécessité d’agir de « façon collective ».

Dans une déclaration en début de soirée, François Fillon a tenu a indiqué que le gouvernement travaillera avec toutes les collectivités avec une seule préoccupation : celle de l’intérêt général ». Il a mis engarde ensuite contre l’interprétation des résultats de ces scrutins « chaque commune, chaque canton présente des spécificités » a-t-il insisté. Il serait donc mal venu de tirer de ce scrutin des leçons nationales. Le vote de s français ne doit pas être instrumentalisés par des considérations partisanes, il ne faut pas tout mélanger » a-t-il dit. « Nous allons poursuivre cette politique pou continuer à réformer notre pays. Le respect de la démocratie exige le respect des engagements pris ». Le premier ministre a annoncé le dépôt dans les semaines qui viennent de deux projets concernant la relance économique et l’emploi à l’Assemblée nationale.
Les membres du gouvernement ont tous considéré que les français avaient surtout exprimé leur impatience de voir les promesses de Nicolas Sarkozy se réaliser le plus vite possible ce qui implique une accélération, selon eux, de la politique de réformes entreprise depuis dix mois.
Le « face à face » majorité-PS : mini remaniement gouvernemental et relance de la préparation du congrès
De fait, il semble bien que le premier ministre ne souhaite pas remanier son gouvernement. Il devrait le faire à la marge avec le remplacement de Christian Estrosi. La difficulté supplémentaire et relativement inattendue est venue de l’échec spectaculaire de Xavier Darcos le maire sortant de Périgueux. A priori, François Fillon devrait proposer un remaniement minimum au chef de l’Etat. Il est d’autant plus enclin à la faire qu’il estime que le gouvernement n’est en rien responsable de la défaite électorale du moins à la vue des sondages qui le placent en position favorable par rapport…à Nicolas s Sarkozy.
Chez les socialistes tout le monde s’attend maintenant au déclenchement des hostilités en vue du prochain congrès du PS qu désignera le successeur de François Hollande au poste de premier secrétaire qu’il a confirmé vouloir abandonner.
Du côté des partenaires du PS , on notera la victoire inattendue de la verte Dominique Voynet ù le député-maire sortant Jean-Pierre Brard est battu. Le PCF qui avait bien résisté au premier tour perd au second, la vile de Calais mais aussi le département de Seine Saint-Denis qu’il détenait depuis sa création en 1965.
La « marée rose » des 9 et 16 mars n’ébranle pas le président de la République en place ni son gouvernement mais constitue un sérieux avertissement qui devrait être entendu à l’Elysée. Il impose en tout état de cause une réévaluation du rôle du président de la République et de son comportement qui a été clairement sanctionné à travers ces élections locales. Elle pose aussi un problème au parti socialiste qui se voit investi par les urnes d’un »pouvoir local » qu’il devra défendre face aux restrictions financières de l’Etat. Force est de constater qu’un pas de plus a été franchi – avec la nouvelle déconvenue personnelle de François Bayrou et le repli confirmé du PCF – vers la bipolarisation du notre vie politique.

Le directeur de la Lettre Horizons
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