La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 14 mars 2008


Le deuxième tour des municipales
et des cantonales du 16 mars


La balance penche plutôt à gauche… mais :

- ce sont les abstentionnistes du premier tour
qui, en cas de dégel, régleront
la «facture» politique


- les cantonales peuvent accentuer
la prise de pouvoir «territorial» du PS

Il est vraisemblable que, selon la règle du balancier après une victoire nationale du parti au pouvoir, l’opposition regagne du terrain à l’élection locale suivante, la gauche remporte globalement le deuxième tour des élections municipales et cantonales.
De même, tous les commentateurs l’ont décrit, l’ampleur de la victoire se jouera sur le sort des trois capitales régionales détenues actuellement par la droite, Marseille, Toulouse et Strasbourg, étant entendu que la capitale alsacienne est pratiquement perdue pour l’UMP, que Jean-Claude Gaudin résiste à Marseille et qu’à Toulouse les sondages accordent une petite avance au candidat socialiste.
Enfin, selon les pointages la gauche pourrait regagner une trentaine de villes de 20 000 habitants sur les quarante et une qu’elle avait perdues en 2001. Voici les conséquences prévisibles du balancier électoral prévisible. Fait-il s’attendre à des surprises ? Cela est évidemment toujours possible et tient essentiellement à une donnée imprévisible pour l’instant : celui de la participation et d’un dégel éventuel des abstentionnistes.

Dans les grandes villes près d’un électeur sur deux s’est abstenu


Une fois encore, en début de soirée du premier tour, les sondages s’étaient trompés en laissant entendre que la participation à ces élections municipales avaient été plus forte qu’il y a sept ans. Or, la réalité est inverse : le taux d’abstention enregistré le 9 mars a été le plus élevé jamais enregistré depuis la début de la V ème République pour les élections municipales puisqu’il s’est élevé à 38, 92%dans les villes de plus de 3 500 habitants seuil pour les votes entre des listes « fermées ». Dans quelques grandes villes près de la moitié des électeurs ne se sont pas déplacés en dépit des enjeux politiques.
C’est donc la plus ou moins grande mobilisation des électeurs en faveur d’un camp ou de l’autre qui donnera sa coloration politique aux élections municipales. Tout au long de la semaine d’entre deux tours, François Fillon d’un côté n’a pas caché son inquiétude en percevant « une forme de déception ou en tout cas de démobilisation d’un e partie de l’électorat de la majorité ». Pour être plus précis, un sondage « CSA-Dexia » réalisée le 9 mars fait apparaître que 32% des abstentionnistes du premier tour avaient voté en faveur de Nicolas Sarkozy contre seulement 9% pour Ségolène Royal.
L’enseignement politique sera donné si les déçus du sarkozisme du premier tour ne se déplacent pas pour prêter main forte aux candidats de l’UMP pour le deuxième. Au premier tour, les listes de la gauche de gouvernement ont réalisé 47,5% des voix (+2,5% par rapport à 2001) alors que celles de la droite classique n’ont obtenu que 44,4% (soit moins 3%). S’il n’y a pas de sursaut à droite, le 16 mars, la « facture » politique risque d’être lourde.

Une dynamique de la victoire à gauche ?

La dynamique de la victoire devrait favoriser la gauche notamment au sein de l’électorat du Modem qui volerait au secours de la victoire annoncée puisque, selon un sondage « Opinon Way » pour « le Figaro », 43% des électeurs de François Bayrou souhaiteraient l’élection d’un maire de gauche alors qu’ils n’étaient que 32% à le faire avant le premier tour. Le choix en faveur d’un candidat de droite par ces électeurs du Modem ne variant que fort peu : 28% (le 12 mars) soit un point de plus par rapport aux intentions du 6 mars.
Cette tendance perceptible des électeurs du Modem vers le cantre gauche peut être contre carrée par la multiplicité des alliances nouées localement par les représentants du Modem qui font équipe avec la gauche à Marseille et la droite à Toulouse ou se maintiennent au risque de tout perdre comme à Paris !
La troisième inconnue de ce scrutin reste la réactivité de plus en lus forte des électeurs vis à vis des consignes partisanes. Les valses hésitations ne sont pas en effet l’apanage du Modem en grande difficulté avec une possible victoire de son leader, François Bayrou à Pau - mais touchent les deux principales formations de l’UMP et du PS mais aussi le PCF. On suivra quelques exemples particuliers avec les changements de pied de l’UMP à Metz où il a abandonné la députée Marie-Jo Zimmermann au profit du maire sortant Jean-Marie Rausch et des querelles intestines à Reims et dans le 15 ème arrondissement de Paris.
A gauche, la fameuse « discipline républicaine » entre socialiste et communistes qui veut que la liste arrivée derrière celle en tête se désiste systématiquement en faveur de la première - n’est plus respectée notamment en Seine Saint-Denis. De même, le PS a refusé toute « fusion technique » avec les trotskystes notamment à Clermont-Ferrand.

Le PS peut gagner entre trois et six départements


La lecture politique des cantonales sera nettement plus facile dans la mesure où le scrutin uninominal comparable à celui des législatives fait apparaître les étiquettes partisanes. Là encore la poussée se situe à gauche : le PS espérant conquérir entre trois et six départements l’Allier, la Corrèze, le Lot-et-Garonne mais aussi l’Indre-et-Loire, les Deux Sèvres et la Charente-Maritime. L’UMP peut en gagner deux : la Seine-et-Marne et les Hautes-Alpes et ravir le Rhône au Modem alors que le PCF – signe supplémentaire la bipolarisation – devrait perdre la Seine Saint-Denis au profit du PS et que le Rhône. La « prise de pouvoir » des départements – après celle des régions en 2004 – par les socialistes pourrait se traduire par la victoire de François Hollande en Corrèze. Le leader socialiste serait en mesure à parti de son fief corrézien de briguer la présidence de l’Association des départements de France (ADF) où le PS disposerait d’une nette majorité alors que la gauche ne détient actuellement que 51 présidences de département contre 49 à droite.

Du point de vue de la géographie électorale, on retrouve les mêmes tendances de fond à ces élections locales que celles enregistrées lors de la présidentielle et des législatives de 2007 avec le « basculement du Grand-Ouest » vers la gauche comme le relève Hervé Le Bras dans « Les Echos" du 14 mars. « Le basculement du Grand-Ouest vers la gauche s’amplifie. Il a commencé en Bretagne voilà trente ans, s’est poursuivi dans les Pays de la Loire et gagne désormais la Normandie. « Inversement, selon lui, le Sud-est, la Provence votent de plus en plus à droite ». Selon Hervé Le Bras, d’autre régions comme le Limousin ou le Sud-Ouest, terreau radical socialiste, semblent stabilisées.
Mais rien n’étant jamais simple en politique, le démographe relève comme nouveauté de ce scrutin que « les très grandes villes, les capitales régionales, ont tendance à ne pas voter comme leurs régions comme si elles se « déterritorialisaient ». L’exemple donné étant celui de Strasbourg qui peut virer à gauche alors que la région est bien ancrée à droite. Marseille, l’élection-phare de ce deuxième tour restera-t-elle à droite alors que la région est à gauche ou fera-t-elle mentir le démographe en s’alignant sur la majorité socialiste du conseil régional : c’est l’un des nombreux enjeux de ce deuxième tour dont les conséquences politiques sont encore incertaines.. tant que les électeurs ne se sont pas prononcés …ou déplacés.

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 
 

 

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