La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 12 mars 2008


Les municipales sont le champ d’application de stratégie pour les leaders politiques:

- Nicolas Sarkozy entend « tirer les leçons »
du scrutin du 16 mars

- François Hollande joue l’affrontement
droite-gauche en ignorant le Modem

Personne ne peut dire exactement ce que les 66% d’électeurs qui se sont rendus aux urnes le 9 mars voulaient exprimer. Les politologues pensent que le vote des Français s’est exprimé à travers des préoccupations locales pour les deux tiers et un tiers, nationales. Restons en là. Sur la foi des sondages, on aurait pu croire que nos compatriotes avaient été intéressés par ces élections. Or, finalement, ce premier tour a été le moins « mobilisateur » de tous les scrutins semblables depuis le début de la V ème République. Il reste donc à espérer que les abstentionnistes retenus par les retours de vacances scolaires pourront aller voter et redresser la barre de la participation, le 16 mars.
En tout état de cause, il convient de retenir que les maires bien implantés de droite et de gauche ( Bordeaux d’un côté, Lyon de l’autre ) ont été réélus sans coup férir. Les quelques surprises enregistrées sont venues d’une part des jeunes secrétaires d’Etat du gouvernement Fillon élus dès le premier tour (Chaumont et Puy en Velay) et d’autre part de maires centristes de grandes villes sanctionnés en partie pour avoir trahi leur camp (Rouen).
Mais il faudra attendre le deuxième tour du 16 mars (et notamment les résultats incertains de 55 triangulaires et 13 quadrangulaires dans les communes de plus de 30 00 habitants) pour savoir s’il y a eu un véritable vote-sanction contre le gouvernement et le président de la République au cas où Marseille, Toulouse et Strasbourg passeraient à gauche par exemple. D’ores et déjà cependant les stratégies politiques des leaders apparaissent plus ou moins distinctement.

Un Nicolas Sarkozy en retrait et le retour de Juppé


A tout seigneur tout honneur, c’est finalement le président de la République qui joue une fois encore sa crédibilité dans ce scrutin. Cela avait mal commencé pour les stratèges élyséens avec l’imbroglio de la succession de Nicolas Sarkozy à Neuilly. La succession avait été attribuée d’abord à un « homme de l’Elysée », David Martinon, proche de Cécilia Sarkozy avant de lui être retiré au profit d’un « indépendant ».
Mais surtout, le chef de l’Etat s’est montré incapable durant la campagne de se tenir à une ligne de comportement stable et reconnaissable. D’abord, ce fut l’engagement en janvier dernier encore de « politiser au maximum » les municipales. Puis, en raison de son trou d’air dans les sondages, le chef de l’Etat s’est mis en retrait affirmant qu’il n’entendait pas se mêler du détail des municipales. Et puis changement de pied, à nouveau. Le chef de l’Etat fait campagne sur l’un de ses thèmes fondateurs celui de l’immigration à Toulon le 11 mars à quelques encablures de Marseille la viole symbole où se jouera en partie le « vote-sanction » anti-Sarkozy ou pas du deuxième tour, selon que la capitale phocéenne sera gardée ou pas par le vice-président de l’UMP, Jean-Claude Gaudin.


Autre changement de pied présidentiel. A la veille du premier tour des municipales Nicolas Sarkozy, il affirmait que la politique serait maintenue quels que soient les résultats des municipales. Argument répété en boucle par les ministres, le soir du premier tour à la télévision. Puis, à quelques jours du second tour, le chef de l’Etat modifie encore son propos en disant qu’il entend « tirer les leçons de ces élections »après le second tour et en tenir « naturellement compte ».
Le président de la République qui s’était retiré de la campagne des municipales – la plupart des candidats UMP l’ont oublié aussi dans leurs argumentaires – est revenu en tenue camouflée pour le second tour tandis que François Fillon entre les deux tours était mobilisé tous azimuts pour soutenir les candidats en danger et sauver les meubles. Fore est de constater que neuf mois après son élection, le chef de l’Etat est en partie déconsidéré dans l’opinion. Cela implique qu’à l’avenir, la présentation de son action à la fois d’un point de vue personnel – il doit prendre un peu de hauteur – et politique – les résultats de sa politique en matière de pouvoir d’achat par exemple ne sont pas perçus – soient améliorés voire modifiés à l’exemple du tournant pris par François Mitterrand en 1983 deux ans seulement après sa victoire de 1981.
Un autre risque – lointain pour le chef de l’Etat – est évoqué à l’Elysée : celui d’un retour toujours possible d’Alain Juppé. L’ancien premier ministre qui garde une forte cote d’estime na pas hésité à donner quelques leçons au chef de l’Etat en rappelant qu’il lui avait vanté les bienfaits d’une campagne avant tout locale. De même, il a obtenu le feu vert pour un appel à voter en faveur de François Bayrou dans l’élection de Pau, ce qui n’était pas dans les premières intentions semble-t-il de Nicolas Sarkozy. L’hypothèse d’un ticket Juppé-Bayrou pourrit prendre forme en cas de victoire du leader centriste le 19 mars à pau. .

La tactique de Bayrou mal comprise par les troupes du Modem

Car l’autre grand acteur des ces municipales aura été incontestablement le leader du Mouvement des démocrates (Modem), François Bayrou. La réussite de sa tentative d’intervention dans la vie politique française est liée en grande partie à son élection le 16 mars à la mairie de Pau. S’il y parvient, il aura sauvé les meubles. Si non, il risque de s’engager dans une longue traversée du désert jusqu’en 2012 d’autant plus que les accords à géométrie variable qu’il a défendus ont provoqué de vives contestations dans ses rangs car il n’a pas réussi à obtenir un score crédible au niveau national (3, 6% ans les villes de plus de 3 500 habitants). Reste à savoir ce que le Modem aura pu obtenir in fine dans les 37 villes de plus de 30 000 habitants où il avait obtenu plus de 10% des voix avec la possibilité de se maintenir ou de fusionner à droite comme à gauche.
Après les échecs de sa stratégie d’autonomie et d’ouverture tous azimuts à la présidentielle et aux législatives de 2007, le président du nouveau Modem avait espéré s’implanter localement dans les municipalités. En réalité mise à part son élection à Pau, le Modem risque de n’avoir que des miettes. A Paris par exemple, le refus de Bertrand Delanoë d’engager de la discussion avec le Modem le limite à un ou deux élus seulement sur 163 au sein du Conseil de Paris. Le chef de file du Modem de Paris, Marielle de Sarnez a cherché désespérément et sans succès des ouvertures provenant du maire socialiste sortant Bertrand Delanoë qui n’avait plus besoin des centristes après son succès du premier tour. Et la candidate de l’UMP, Françoise de Panafieu battue sur le papier n’a pas voulue se démunir de dix sièges au sein de la future assemblée de la ville et du département de Paris pour un ralliement qui ne lui permettait plus d’espérer une victoire.
« Involontairement sans doute, car j’ai du respect pour François Bayrou, il y a quand même un peu d’opportunisme dans tout cela » confiait le 12 mars à « France-Inter », le maire de Paris, Bertrand Delanoë. C’est un euphémisme !
A travers cette démarche tous azimuts, François Bayrou cherche à se ratisser le plus large possible, excepté vis-à-vis du parti communiste qu’il exclut, semble-t-il à nouveau, du champ politique français. Il a refusé en effet de donner son aval à l’accord conclu à Aubagne entre la tête de liste communiste et le Modem local. Mais à travers cette démarche caricaturale dictée peut-être par des considérations électorales personnelles puisqu’à Pau, il se bat contre la représentante de l’alliance « socialo-communiste », le président du Modem risque de subir le même sort inconfortable que fut celui dévolu à Jean-Jacques Servan Schreiber et son mouvement des réformateurs dans les années soixante dix quand François Mitterrand arbitra en faveur de la stratégie de l’union de la gauche au détriment de l’alliance avec le centre gauche. La tactique de François Bayrou pour les municipales est semble-t-il mal comprise par les troupes du Modem désorientées par tous les accords à géométrie variable.


La question de l’alliance entre PS et Modem divise les socialistes

François Hollande joue l’union de la gauche traditionnelle considérant que la stratégie personnelle d’autonomie de François Bayrou alors que Ségolène Royal souhaite toujours une alliance entre les socialistes et le Modem. Elle a préconisé des accords partout avec le Modem pour le deuxième tour des municipales.
Cette alliance a été affichée par certains de ses proches, François Rebsamen à Dijon et Gérard Collomb à Lyon avec succès. Et entre les deux tours, Martine Aubry qui ne cache pas son souhait d’effectuer un retour aux premières loges du PS a conclu, elle aussi, un « accord politique » avec le Modem d’autant plus remarqué qu’elle n’en avait pas besoin compte tenu de son avance du premier tour pour le Beffroi mais sans doute pour la présidence de la communauté urbaine de Lille… De même, à Marseille, Jean-Noël Guérini a conclu une alliance avec Jean-Luc Bennahmias, transfuge des Verts au Modem.
A l’inverse à Toulouse, Pierre Cohen un ancien chevènementiste a refusé tout accord avec le Modem. Il a reçu le renfort de François Hollande qui est venu le soutenir. Car il applique exactement comme Bertrand Delanoë à Paris, la « ligne » de l’actuel premier secrétaire du PS qui ne veut pas entendre parler d’alliance avec un Modem qui assis selon entre deux chaises ne représente plus grand chose sur l’échiquier électoral.
A travers ces prises de positon locales – alliance ou pas avec le Modem - ce sont donc autant de jalons posés par les dirigeants socialistes avant leur confrontation au prochain congrès du PS qui se réunira d’ici à la fin de l’année pur choisir leur futur stratégie.

Les chances du PCF, de la LCR, du FN et …de Bockel à Mulhouse


Les partis situés à l’extrême gauche mettent en pratique aussi leur stratégie d’alliance ave le PS pour le PCF et d’indépendance pour les trotskistes de la LCR.
La Ligue communiste révolutionnaire d’Oliver Besancenot a réalisé au premier tour de municipales, le « meilleur score de son histoire » avec 29 liste dépassant les 10%, seuil pour pouvoir se maintenir. Ce qu’elle compte faire non seulement à Toulouse mais aussi à Clermont-Ferrand. Le LCR exige une « indépendance » qui se traduira par une autorisation de voter que « les mesures qui sembleraient aller dans le bon sens ». Ce que refusent les têtes de listes socialistes par respect de la cohérence dans les villes comme Amiens, Annecy ou encore Brest.

Le PCF qui a bénéficié la bouée de la bouée de sauvetage de l’alliance de son alliance au premier tour avec les socialistes qui lui a permis de retrouver Dieppe et Vierzon et de conduire des listes d’union dans 34 autres villes de plus de 9 000 habitants se demandent s’ils n’ont pas fait un marché de dupes avec la perte éventuelle aux cantonales de leur département historique du 9-3 (Seine Saint-Denis) au profit des socialistes qui ont joué, selon eux, la politique du pire en se maintenant dans des triangulaires organisées dans plusieurs villes du département dont celle La Courneuve et de Bobigny détenues par le PCF.

Quant au Front national qui avait fait jouer les troubles fêtes aux précédentes élections municipales de 2001 en se maintenant au deuxième tour, il enregistre de trop mauvais résultas cette fois-ci pour espérer emporter une seule ville. Il est exclu des alliances et n’est en mesure de se maintenir que dans sept grandes villes contre 41 en 2001. Il entend continuer la bataille sans fusionner comme à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) avec Marine Le Pen, sa meilleure chance ou bien encore à Perpignan, Villeneuve Saint- Georges, Romans sur Isère et Mulhouse.
La ville désormais emblématique de l’ouverture où le secrétaire d’Etat « blairiste » Jean-Marie Bockel cherchera à faire aussi bien que son collègue du gouvernement - lui aussi transfuge du PS -, Eric Besson, élu au premier tour à Donzère (Drôme). «Le choix de Mulhouse sera de portée nationale » a affirmé le socialiste François Hollande, le 11 mars dans la ville de l’ex-PS rallié à Nicolas Sarkozy. De fait, en cas d’échec, le crédit de l’homme symbole de l’ouverture à gauche au gouvernement serait très fortement entamé et il devrait sans doute en tirer les conséquences en quittant le gouvernement.

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 
 

 

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