Commentant devant quelques journalistes les résultats du premier tour des municipales, François Hollande n’a pas hésité à tirer à boulets rouges sur François Bayrou et le Modem dont il juge les résultats du premier tour des municipales « très décevants ». Dans son bureau du premier étage du 10 de la rue Solférino à Paris, une canette de Coca Cola à la main, le leader socialiste, ce 10 mars en fin de matinée, est sûr de lui. « François Bayrou n’est plus comme en 2007 en état d’être nationalement l’arbitre du deuxième tour des municipales » assure-t-il en rappelant le score de 5% en moyenne de voix obtenues par le Modem - même s’il reconnaît que le nouveau parti de François Bayrou n’a pas présenté de candidats contrairement au PS ou à l’UMP.
Pas question donc pour le PS de conclure un accord au niveau national avec le Modem.
D’une part parce que François Bayrou veut garder les mains libres « pour travailler aussi bien avec des gens de centre droit que de centre gauche » comme disait le 10 mars sur France –Inter, Corinne Lepage, candidate du Modem dans le 12 ème arrondissement de Paris qui a manqué d’un souffle la barre des 10% de voix lui aurait permis de se maintenir éventuellement au second tour.
Et d’autre part, selon François Hollande, du fait d’un manque de potentiel électoral du Modem comme ce fut déjà le cas, selon lui, aux législatives de juin 2007 où le Modem ne pouvait offrir un renfort décisif au PS que pour quatre sièges alors qu’il y en avait 200 en jeu !
La cause est entendue. Pour le premier secrétaire du PS, il ne faut pas discuter comme l’avait laissé entendre imprudemment la veille, Ségolène Royal – avant de rectifier le tir - un accord pour que le Modem fasse alliance partout au second tour avec le PS au second tour des municipales.
Les appels du PS – et de l’UMP – aux électeurs
du Modem pour « le bon choix »
Les socialistes doivent s’adresser maintenant directement aux électeurs du Modem. « Je suis convaincue que dans de nombreuses villes, de nombreux départements, les électeurs du Modem qui voient que la France souffre, sauront faire le bon choix » a lancé l’ancienne candidate du PS à l’élection présidentielle sur « France-Inter », le 10 mars. Elle s’est ralliée à la position qui vise à faire appel directement aux électeurs Modem après avoir reproché à François Bayrou de faire le « grand écart ».
De fait, le président du Modem qui entend garder les mains libres jusqu’au premier tour de l’élection présidentielle de 2012 - comme où il l’avait fait en 2007 en refusant les propositions d’alliance de Ségolène Royal – joue ses alliances locales au coup par coup en se refusant à privilégier tel ou tel camp.
Au premier tour, le Modem avait fait alliance avec succès aussi bien avec le socialiste François Rebsamen à Dijon qu’avec l’UMP Alain Juppé à Bordeaux. Pour le second tour à Pau où il est candidat, François Bayrou en ballottage face à une députée socialiste arrivée en tête a commencé le soir même du premier tour à dénoncer le « verrouillage socialo-communiste » qu’imposerait la candidate du PS si elle était élue. Cela a été mal pris au PS. D’autant que l’ancien premier ministre chiraquien, Alain Juppé lui apportait son soutien et que Patrick Devedjian, secrétaire général de l’UMP lui proposait une « négociation globale » pour obtenir en sa faveur un désistement de l’ex-maire socialiste investi par l’UMP arrivé en troisième positon. « Je suis prêt à soutenir François Bayrou pour bien montrer qu’au fond l’allié naturel du centre dans ce pays, c’est l’UMP et sa stratégie d’ouverture » a déclaré de son côté, le vice-président de l’UMP, Jean-Pierre Raffarin.
La proposition d’un « partenariat » avec Delanoë à Paris
Dans le même temps, la « numéro deux » du Modem, Marielle de Sarnez à Paris qui a imposé son parti comme la troisième formation dans la capitale, proposait un « partenariat » à Bertrand Delanoë au nom de convergences plus importantes avec le programme du maire sortant socialistes que de la candidate de l’UMP. Il est probable cependant sud cette main tendue ne sera pas prise par Bertrand Delanoë. Pour plusieurs raisons.
D’abord parce que le maire sortant a demandé à plusieurs reprises avant le premier tour à Marielle de Sarnez de clarifier sa position et qu’elle ne l’a pas fait. Ensuite parce qu’il n’ a pas besoin des voix du Modem - sauf peut-être dans le Ve arrondissement pour permettre à son adjointe Lyne Cohen-Solal de l’emporter sur l’ancien maire de Paris, Jean Tiberi. Enfin et surtout parce que les alliés traditionnels du maire socialiste de Paris – Verts et PCF – ont clairement annoncé qu’ils refuseraient de siéger avec le Modem au sein du futur exécutif du Conseil de Paris.
Il n’en reste pas moins que dans certains cas, le 16 mars prochain, le Modem par son attitude aura entre ses mains l’issue du scrutin. C’est le cas par exemple à Metz où il peut faire battre le maire sortant Jean-Marie Rausch s’il fait alliance avec le socialiste arrivé en tête. Le même cas se présenterait à Saint Etienne où les 20% du candidat Modem assureraient la victoire du socialiste (33%) ou… du maire sortant UMP (37%).
L’ouverture au Centre ne se pose plus...

Mais François Hollande estime qu’il n’y a rien a attendre de la part de François Bayrou et qu’il est préférable de faire appel directement aux électeurs du Modem qui ont tendance à pencher de plus en plus vers la gauche par anti-Sarkozsme, le fonds de commerce présidentiel de leur leader François Bayrou.
Selon le leader socialiste, l’électorat Modem favorable à 60% lors de la présidentielle de 2007 à Nicolas Sarkozy n’était plus qu’ à cinquante- cinquante aux législatives. Neuf mois après, les électeurs Modem devraient pencher majoritairement à gauche. « De plus en plus, ces électeurs du Modem vont se demander où François Bayrou les emmènent-ils ? » confiait encore François Hollande au cours de son point de presse.
En ce qui concerne le choix des alliances du PS en débat dès le lendemain deuxième tour des municipales en vue du congrès du PS, il précise nettement : «nous ne sommes pas sollicités par le Modem qui ne nous a pas proposé de gouverner avec lui contre la droite».
Cette fin de non recevoir a pour but de désamorce par avance, le débat de fond qui pourrait surgir sur la « ligne » future d’un parti socialiste appelé à choisir entre l’alliance traditionnelle avec le PCF ou celle avec le Centre. La faible représentation électorale du Modem vide de son sens, estime-t-il, ce débat idéologique que François Mitterrand avait tranché dans les années 1970 en refusant l’alliance avec les réformateurs de l’époque derrière Jean-Jacques Servan-Schreiber pour privilégier celle de l’union de la gauche avec le PCF.
Bref, François Hollande espère que les socialistes vont amplifier leurs succès du premier tour au second avec l’appui des électeurs du Modem qui sont en train de virer à gauche.
« Finalement Ségolène Royal nous a rendu service en allant jusqu’au bout de la tentative d’union avec Bayrou entre les deux tours de la présidentielle de 2007 » insiste aujourd’hui François Hollande.
Une façon de désamorcer et de vider de son sens, l’offensive de renouveau du PS engagée par Ségolène Royal qui entend proposer à travers son ouverture vers le Centre une autre politique au PS. Ce qui, à l’heure actuelle s’apparente pour le patron du PS, à un faux débat.

Le directeur de la Lettre Horizons
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