Il faut tout d’abord s’en réjouir surtout ici où notre vocation consiste à suivre les questions concernant les collectivités territoriales et leur avenir : les Français sont de plus en plus intéressés par l’avenir de leurs territoires et entendent peser sur la gestion de leurs villes et départements. Ils viennent de le prouver en se mobilisant le 9 mars beaucoup plus qu’aux précédentes élections locales de 2001 avec un taux de participation d’environ 3% supérieur à celui enregistré il y a sept ans.
Du premier ministre réélu à Solesmes au leader socialiste François Hollande - non seulement reconduit avec 72% des voix à la mairie de Tulle mais gagne symboliquement le département de la Corrèze détenu par la droite depuis 23 ans - tous les leaders politiques ont insisté sur le caractère local de ces élections municipales et cantonales en se félicitant de l’intérêt porté par nos compatriotes au débat sur l’avenir de leurs territoires.
Mais incontestablement, ce premier tour des municipales et cantonales a pris un tour plus politique qui peut s’interpréter comme un sévère avertissement au gouvernement et au chef de l’Etat.
Sérieux avertissement ou vote sanction contre la droite ?
Mis à part la réélection triomphale d’Alain Juppé à Bordeaux et l’élection des deux secrétaires d’Etat Luc Chatel à Chaumont et Laurent Wauquiez au Puy-en Velay et la percée remarquée du jeune président UMP du conseil général du Maine-et-Loire Christophe Béchu à Angers face au maire socialiste sortant Jean-Claude Antonini, la majorité n’a pas grand chose à se mettre sous la dent.
On est pas loin du « vote sanction » évoqué par Ségolène Royal qui appelle à un accord avec le Modem pour le deuxième tour à l’égard du président de la République et de son premier ministre. Un exemple significatif : le ministre le plus en difficulté, celui de l’Education nationale est l’un des seuls à avoir demandé le soutien de Nicolas Sarkozy qui était venu le soutenir à Périgueux, il y a quelques semaines. Le locataire du ministère de la rue de Grenelle doit s’en mordre les doigts car contrairement à ces autres collègues du gouvernement qui avaient choisi une campagne apolitique, il est en position très délicate dans la vile de Périgueux alors qu’il avait été élu au premier tour en 2001 !
Ces élections municipales et cantonales représentent un « sérieux avertissement à l’égard du gouvernement en place » comme l’a dit François Bayrou. Le président du Modem comme François Hollande ont insisté sur l’« urgente nécessité » pour le pouvoir en place d’entendre le « message » du 9 mars.
Apparemment, ils prêchent dans le désert puisque le chef de l’Etat avant même le premier tour et le premier ministre le 9 mars ont réaffirmé qu’ils entendaient « maintenir le cap des réformes ». La note surréaliste est venue des ministres Rachida Dati et Christine Lagarde qui, sur les chaînes de télévision, ont cherché à vanter les promesses tenues sur l’air de « tout va très bien Madame la Maquise », imposé sans doute par…l’Elysée.
Le PS en bonne position à Toulouse et Marseille
Ces commentaires un peu hors du temps donneront prétexte aux dirigeants de la gauche de demander de faire entendre encore plus fortement au deuxième tour le mécontentement apparu au premier. Car le parti socialiste enregistre une poussée incontestable. Il remporte non seulement Rouen, Le Mans et Alençon mais il se maintient dans des villes où il était en position délicate comme Tourcoing.
Il est en position de gagner Caen, Strasbourg et Reims mais aussi Toulouse où le député socialiste Pierre Cohen fait jeu égal avec le maire sortant Jean-Luc Moudenc. A Marseille aussi la bataille sera extrêmement serrée alors qu’à Paris et Lyon surtout, les têtes de listes de l’UMP sont décapitées.
Dans de nombreux cas, c’est le Modem qui risque de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre comme il l’a fait à Bordeaux en faveur d’Alain Juppé ou à Dijon pour le socialiste François Rebsamen tous deux réélus au premier tour.
La position du Mouvement démocrate reste cependant ambiguë. A Pau, par exemple François Bayrou va mener une campagne active pour la deuxième mi-temps face aux « appareils PS et PC qui, selon lui, ont verrouillé la vile depuis six ans ». En revanche, à Paris, Marielle de Sarnez est en mesure de faire alliance avec les socialistes ou de se maintenir dans des « triangulaires » dans plusieurs arrondissement comme le 5 ème arrondissement où les candidats socialistes et UMP Lyne Cohen Solal et Jean Tibéri, ancien maire UMP, sont pratiquement à égalité.
Le Modem embarrasse à gauche
Les bons scores du Modem l’inciteront peut-être à se maintenir dans la capitale alors que Bertrand Delanoë et la plupart des dirigeants socialistes – excepté Ségolène Royal - dénoncent la stratégie « peu claire et peu lisible » des amis de François Bayrou. Les socialistes parisiens seront d’autant plus enclins à privilégier leur alliance avec les Verts que les écologistes ont obtenu 7% dans la capitale. Ils sont prêts à conclure des partenariats au coup par coup avec des élus du Modem.
Quant au Front national, il continue sa descente aux enfers. Marine Le Pen est en deuxième position à Henin-Beaumont mais réalise seulement 28% des voix . Ses candidats peuvent aussi se maintenir à. Perpignan, Cluses et Noyon mais sans aucune chacune de succès.
Avec 47% des voix au premier tour, la gauche est en passe de remporter une victoire au deuxième qui lui accorderait un « pouvoir territorial » que convoite François Hollande qui vise la présidence de l’Association des départements de France alors que le PS détient déjà celle des régions et des maires des grandes villes.
Il est encore possible que la majorité se ressaisisse à l’appel du premier ministre pour évite de graves déconvenues à Marseille et à Toulouse notamment. Mais il est douteux qu’elle puise réaliser un sursaut si – comme certains ministres ont tenté de le faire au soir du 9 mars – elle continue de présenter son bilan « globalement positif » même sur un ton plus modeste qu’il y a quelques semaines encore lorsque Nicolas Sarkozy voulait « nationaliser »é ce scrutin des municipales et cantonales.
En fait, le choix des électeurs dans les villes encore en jeu se fera davantage sur les projets concrets pour les villes et les intercommunalités …et c’est tant mieux. Car cela prouvera que les électeurs ont de plus en plus tendance à juger les projets concrets sur pièces que de se laisser prendre à des querelles politiciennes du passé.

Le directeur de la Lettre Horizons
politiques
|