La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 6 mars 2008


Les enjeux des scrutins des municipaux et cantonaux des 9 et 16 mars :

- La majorité UMP peut être confrontée à un contre-pouvoir territorial du PS
- Le président Sarkozy affirme qu’il poursuivra la «politique de changement avec la même force »
- les socialistes comptent inverser le rapport de forces dans les villes et les cantons

C’est de bonne guerre. A quelques jours du premier tour des élections municipales et cantonales, le président de la République et la majorité UMP tout comme les socialistes et leurs partenaires de gauche cherchent) mobiliser les électeurs, chacun à leur manière. Nicolas Sarkozy en baisse spectaculaire dans les sondages cherche à calmer le jeu et à rassurer les électeurs de la majorité un peu déboussolés sur l’air de « il n’y a pas péril en la demeure ». Pas de changement de premier ministre, pas de « plan de rigueur », l’élévation du niveau de vie reste l’objectif central » : bref, passez les municipales et les cantonales, il n’y a rien à voir ; Le rendez-vous est fixé en 2012 et pas avant ! Et pourtant, tout ne va pas dans le meilleur des mondes.
Les sondages prévoient que les scrutins des 9 et 16 mars devraient se traduire par une « vague rose » susceptible d’inverser le rapport droite-gauche actuel dans les villes de plus de 20 000 habitants (170 à la droite et 140 à la gauche). Mais l’expérience des précédentes consultations électorales, comme le rappelait avec juste raison 6 mars sur « France-Inter » Patrick Devedjian, doit inciter à la prudence sur les prévisions des instituts de sondages. Selon, le secrétaire général de l’UMP, les soirées électorales à la télévision commencent le plus souvent par le constat que les sondages se sont trompés ce à quoi les politologues dirigeants de ces instituts répliquent invariablement que les électeurs ont voté précisément en tenant compte des sondages publiés de ces derniers jours. Attendons donc de connaître les résultats du premier tour de scrutin du 9 mars pour savoir si nos compatriotes ont saisi cette occasion pour sanctionner réellement le pouvoir en place.
L’interprétation des élections municipales qui se jouent au scrutin proportionnel sur des listes composites est parfois délicate à expliciter avec certitude pour des raisons à la fois structurelles et politiques. D’autant que les maires sortants UMP ont eu parfois tendance, ces dernières semaines, à ne pas mettre en avant leur étiquette UMP au profit de coalitions les plus larges possibles en vue de satisfaire l’intérêt général de la commune, grande ou petite.



Des ministres comme Xavier Darcos en première ligne


Quoi qu’il en soit, les indicateurs sont connus. Pour les municipales, l’attention sera retenue d’abord pour les votes enregistrés dans les grandes villes : Paris, Lyon, Marseille mais aussi Strasbourg et Toulouse. Il est évident que si ces trois dernières capitales régionales devaient passer à gauche, le choc serait rude pour l’Elysée.
Il faudra aussi tenir compte des résultats obtenus par les différents membres du gouvernement en lice. De ce point de vue, le plus en danger paraît être le ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, maire sortant de Périgueux qui se présente pour la troisième fois dans la ville préfecture de la Dordogne détenue depuis près d’un demi siècle par la droite. D’autres membres du gouvernement Fillon comme le secrétaire d’Etat à la consommation Luc Chatel à Chaumont (Haute Marne) et Laurent Wauquiez au Puy-en-Velay (Haute-Loire) qui briguent pour la première fois le mandat de maire seront moins sur la sellette en cas d’échec. La règle voudrait que ceux qui ont eu le courage de se présenter ne soient pas sanctionnés en cas de défaite. A moins que Christian Estrosi, président du conseil général des Alpes-maritimes donné comme probable vainqueur à Nice décide de ne pas cumuler son mandat de maire et de secrétaire d’Etat

Les réélections probables des ministres d’ouverture comme Jean-Marie Bockel, maire sortant de Mulhouse, élu en 2001 sur la liste socialiste mais passé depuis dans le camp de la majorité présidentielle avec son parti de la « Gauche moderne » tout comme celle d’Eric Besson à Donzère dans la Drôme, valent-elles blanc seing donné à l’ouverture ?
De même, il ne sera pas aisé de savoir si le Modem a mieux profité de son alliance avec la gauche comme à Dijon (le maire sortant, François Rebsamen vise une réélection au premier tour) ou avec la droite à Bordeaux par exemple (en accord avec Alain Juppé lui aussi rééligible dès le 9 mars).
En revanche, à Pau, François Bayrou joue une partie importante de son avenir politique. Ce qu’a bien compris le chef de l’Etat venu soutenir sur place le maire sortant ex-socialiste soutenu par l’UMP qui s’oppose à lui.
Le Front national présente seulement 85 listes dans les villes de plus de 10 000 habitants avec des « chances réelles » selon leur leader Jean-Marie Le Pen, à Hénin –Beaumont (Pas-de-Calais) où se présente sa fille Marine Le Pen, Noyon (Oise) et Cluses (Haute-Savoie).
Le PCF cherchera à conserver ses quelques 800 dernières mairies après avoir perdu en 2001 sa dernière ville de plus de 100 000 habitants (Nîmes). Bénéficiant des retombées d’une poussée à gauche il pourrait regagner des viles perdues, il y a sept ans comme Dieppe, Sète, Vierzon voire reconquérir son ancien fief du Havre avec son député Marcel Paul.

L’élection des maires des grandes villes n’est pas tout. Avec la mise ne place de l’intercommunalité, des luttes sourdes et intestines se dérouleront pour obtenir la direction des communautés urbaines dans les villes les plus importantes. D’un point de vue technique, le maire sortant de Lyon, Gérard Collomb peut être réélu dans sa ville tout en perdant la présidence de la Communauté urbaine de Lyon (CUL) si, par exemple, Villeurbanne ville de 125 000 habitants passait comme c’est fort possible des mains du maire sortant, Jean-Paul Bret (PS) à celles de son challenger UMP, Henry Chabert.
L’interprétation politique du scrutin ne sera pas toujours aisée.

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Les cantonales présentent un enjeu national…local


En fait, ce sont les élections cantonales, scrutin uninominal avec des candidats clairement identifiés politiquement qui donneront des indications politiques précises. La moitié des cantons sont renouvelables dans tous les départements. En cas de « vote-sanction », la gauche qui détient 51 départements contre 49 à la droite actuellement renforcerait ses positions sans pour autant faire carton plein comme aux régionales de 2004.
Il n’empêche, la gauche disposerait de la présidence de deux des trois grandes associations d’élus locaux avec celle des régions avec Alain Rousset (président PS de la région Aquitaine) et des départements dirigée par Claudy Le Breton (président du conseil général PS des Côtes d’Armor). La direction de la troisième grande association – l’Association des maires de France présidée par Jacques Pélissard, député-maire de Lons-le –Saulnier (Jura) – est traditionnellement composée de façon paritaire droite-gauche avec un secrétaire général socialiste, le député européen du PS André Laignel.
Une nette victoire de la gauche avec l’élection symbolique de François Hollande en Corrèze, fief des Chirac et une poussée de gauche attendue notamment en Poitou-Charentes, la région dirigée par Ségolène Royal renforcerait l’idée de l’apparition d’un véritable « contre-pouvoir » local pou territorial du PS. *
Cette poussée sociale dans les départements se concrétiserait plus sûrement encore si comme tout le laisse prévoir, les socialistes parvenaient à prendre à leur s alliés socialistes, le mythique de la Seine-Saint-Denis, l’un des deux derniers bastions communistes de l’ex « ceinture rouge » autour de Paris.

Coups de projecteur sur quelques villes-test

A priori parmi les grandes capitales régionales à Paris, Lyon, Bordeaux, les jeux paraissent faits en raison à, la fois de la personnalité des maires sortants et des campagnes médiocres et peu crédibles de leurs concurrents surtout en ce qui concerne François de Panafieu à Paris et Dominique Perben à Lyon qui ont vite été distancés dans les sondages. De son c^té, le président de la région Aquitaine n’a pas su s’imposer face au retour particulièrement brillant de l’ancien premier ministre Alain Juppé qui a pratiquement oublié son étiquette UMP pour mettre en premier plan avec succès sa réussite personnelle et exclusive en tant que maire de Bordeaux récemment réélu. Il reste encore bien des points d’interrogation dans le tour de France des villes –tests. En voici quelques uns significatifs qui méritent de retenir l’attention.

I- Les espoirs de la gauche

Marseille : le duel Muselier-Guérini dans le 3 ème secteur



La plus grosse prise pour la gauche serait la défaite de Jean-Claude Gaudin, vice-président de l’UMP et le successeur de Gaston Defferre à l’hôtel de ville de la cité phocéenne face à son collègue socialiste du Sénat, le président du conseil général socialiste des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini. Pour l’emporter la liste de la gauche unie doit gagner deux secteurs à la droite qui en déteint cinq sur huit. La bataille se jouera essentiellement sur le 3 ème secteur où s’affrontent le candidat socialiste et le premier adjoint UMP de Jean-Claude Gaudin, Renaud Muselier. A al présidentielle Nicolas Sarkozy l’a emporté avec 54% des voix mais un sondage récent créditait la liste Guérini de 40% des voix contre 37,5% à la liste Muselier, le Front national serait en position d’arbitre s’il parvenait à passer la barre des 10% ce qui sera difficile compte tenu de la présence d’une liste du MNR de Mégret de du MPF de Philippe de Villers. Traditionnellement favorable à la droite, ce secteur peut évoluer avec l’arrivée de couples de classes moyennes plaçant la qualité de la vie et les équipements publics au coeur de la campagne avant l’étiquette politique.

Toulouse : le duel des seconds couteaux



Après 36 ans de domination de la droite, la bataille entre le centriste apparenté UMP Jean-Luc Moudenc maire sortant et le socialiste Pierre Cohen est indécise. C’est une tradition dans la « ville rose », celui qui entre au Capitole ne dort pas être occupé ailleurs et surtout au gouvernement. Philipe Douste-Blazy entré au gouvernement en 2004 a donc du céder sa place à Jean-Luc Moudenc, un juriste de formation de 47 ans qui a fait son entrée au conseil municipal en 1987. Ancien membre du cabinet de Dominique Baudis et de Philippe Douste-Blazy, il a choisi le premier comme mentor. Mais ce « centriste »n’a rien de charismatique. Tout comme son adversaire, le député socialiste Pierre Cohen, ingénieur en informatique de 56 ans, maire de Ramonville, commune voisine. Ila été choisi par défaut après que le président de la région Midi-Pyrénées, martin Malvy ait renoncé à se présenter. Piètre orateur c’est un homme de dossier qui vise plus sur le rassemblement de la gauche que sur son image personnelle pour l’emporter.

Strasbourg : le retour du PS face à un duo incompatible

Les socialistes rêvent de reprendre la capitale alsacienne à la centriste Fabienne Keller qui avait été en 2001 l’une des quatre femmes a reporté une ville de plus de 100 000 habitants avec martine Aubry à Lille, Brigitte Le Brethon à Caen,et Maryse Joissains-Masini à Aix-en Provence. Cette ingénieure polytechnicienne qui se déplace la plupart du temps en vélo dans sa ville n’a pas démérité bien au contraire. La création d’un Zénith, la réussite en temps et en heure de la nouvelle garde de TGV qui relie Strasbourg à Paris en deux heures et demie seulement (au lieu de quatre heures et demie auparavant) figurent parmi ses plus belles réalisations. Mais plus technicienne que politique, elle fait à nouveau équipe avec un gaulliste pur et dur, Robert Grossmann, président de la communauté urbaine (CUS) avec lequel elle ne s’entend pas bien en dépit de ce que voudrait faire croire leurs éternelles photos de « couple ».
Ce duo n’est pas crédible politiquement. Roland Ries, sénateur du Bas-Rhin, rocardien et ancien maire – il avait assuré l’intérim de Catherine Trautmann pendant son passage au gouvernement avant de refuser de céder sa place- est plus souple. Il a su arrondir les angles avec l’ancienne leader des socialistes alsaciens (qui sera vraisemblablement tête de liste aux européennes en Alsace). L’éclatement du Centre avec plusieurs options du Modem pourraient faciliter le retour de la gauche socialiste après sa défaite surprise d’il y a sept ans.

Caen : fief de la droite pratiquement perdu


La capitale de la Basse- Normandie à droite depuis Guillaume Le Conquérant va sans doute passer à gauche. Brigitte Le Brethon, qui l’avait emporté en 2001 avant d’être élue député d’extrême justesse en 2002 avec une centaine de voix devant le socialiste Philippe Duron a été largement défaite aux législatives de juin 2007 par son ancien adversaire devenu entre temps en 2004, président du conseil régional de Basse-Normandie. La cause paraît d’autant plus entendue que la droite complètement explosée avec un le site du Nouveau Centre, du Modem et du Modem dissident. (A noter aussi que la capitale de la haute Normandie, Rouen, l’ancien fief du centriste Jean Lecanuet, est elle aussi donnée comme perdue par la droite)

Reims : une primaire dangereuse pour la droite

Deux anciens membres du gouvernement de Dominique de Villepin s’affrontent à Reims, la capitale du champagne. Cela fait non seulement des bulles mais du dégât au sein de la majorité présidentielle. L’ancien ministre des PME, Renaud Dutreil qui avait quitté l’Aisne voisine et sa ville de Château-Thierry pour se faire élue à Reims croyait avoir la partie gagnée. C’était sans compter sur la pugnacité de Catherine Vautrin son ex-collègue ministre de la cohésion sociale qui a obtenu in fine l’appui du maire sortant Jean-Louis Schneiter et de Simone Veil qui a lancé sa campagne. Ce duel fratricide peut profiter à la députée européenne socialiste Adeline Hazan qui n’a jamais baissé pavillon et attend son heure qui semble-t-il est sur le point de sonner.

II - Les conquêtes possibles pour des jeunes loups de l’UMP


Parmi les conquêts possibles de la droite, outre Belfort à cause des querelles intestines après la mise sur la touche de l’ancien ministre de l’Intérieur, Jean Pierre Chevènement, il faut compter Chambéry, Saumur et aussi Villeurbanne où Henry Chabert (UMP), un ancien de la bande à Michel Noir effectue un retour remarqué face au maire sortant socialiste, Jean-Paul Bret. Il faudra suivre aussi quelques tentatives faites par des jeunes élus UMP pour bousculer des réputations de maires bien établies à gauche.



Un « bébé Sarkozy » face à un cacique PS à Angers


C’est le cas en particulier à Angers où la gauche tranquille et catholique domine depuis trente ans. Christophe Béchu, de trente trois ans qui a été élu président du conseil général de Maine-et-Loire en 2004 alors qu’il veniat à peine de passer la trentaine se lance à l’assaut d’une forteresse de la gauche modérée et teintée d’écologie verte et douce, le maire strauss-kahnien sortant Jean-Claude Antonini dont le bilan est positif. Ce « bébé Sarkozy »a monté une liste de rassemblement en débauchant des gens de gauche et en faisant alliance avec le Modem. Pour l’UMP c’est l’espoir de conquête d’une ville de plus de 150 000 habitants dans une région Ouest que l’on dit virer à gauche. Un on point pour ce jeune président de conseil général s’il parvient là où avant lui la ministre médiatique Roselyne Bachelot s’était cassée les dents.

Laurent Wauquiez part à l’assaut du Puy en Velay

Un autre jeune loup de 32 ans, le porte-parole du gouvernement, Laurent Wauquiez peut faire revenir à la droite la cité mariale d’où partent les pèlerins pour Saint-Jacques de Compostelle ; Il s’agit pour lui de reprendre une ville que la maire sortante PS avait arraché à la droite en 2001 après soixante ans d’hégémonie de droite. L’ancien poulain de jacques Barrot qui lui avait succédé à l’Assemblée nationale en 2004 avant d’être élu en 2007 a appliqué lui aussi la méthode Sarkozy d’ouverture en s’entourant de personnalités de gauche et du Modem. La candidate socialiste, maire sortant, Arlette Arnaud-Landau, cinquante six ans, mère du leader de l’UNEF, Bruno Julliard ne s’en laisse pas compter. L’ambiance si pieuse d’habitue est électrique mais c’est un beau combat serré.

Un secrétaire d’Etat apolitique à Chaumont


Pour l’emporter à Chaumont en haute6Marne, l’ancien porte parole de l’UMP devenu secrétaire d’Etat à la consommation n’a pas la tâche facile ; d’abord l’actualité avec la hausse’ des prix ne le sert pas. Ensuite, la ville dont il brigue la mairie vient de se voir retirer par la réforme judiciaire de sa collègue du gouvernement, Rachida Dati, un pôle d’instruction et deux juges. On comprend que Luc Chatel n’ait pas envie de « nationaliser » sa campagne. Il a même fait enlever le logo UMP de toutes ses affiches. Face à ce jeune loup de la génération Sarkozy, c’est un informaticien socialiste de cinquante sept ans, avec un collier de barbe très III ème République qui lui donne la réplique. Luc Chatel avait été élu au premier tour aux élections législatives avec 54% des voix. Il espère en conserver assez pour l’emporter mais discrètement, sans trop faire de la politique partisane. Ce n’est pas le moment…

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 
 

 

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