Marie-George Buffet a fait part le 4 mars, à cinq jours du premier tour des élections municipales et cantonales, des ambitions du PCF de participer à la victoire prévisible de la gauche aux cantonales et municipales – elle pense que les communistes auront davantage d’élus qu’en 2001 – mais elle a lancé aussi une mise en garde contre les « orientations de recomposition qui prospèrent » pendant cette campagne. Les premiers visés étaient les socialistes enclins à Lyon comme à Paris à passer des accords de premier ou de second tour avec le Modem.
Au cours d’une conférence de presse au siège du PCF, place du colonel Fabien, quelques heures seulement avant de tenir un meeting commun avec le leader socialiste François Hollande à Romilly-sur-Seine, Marie-George Buffet n’a pas caché son agacement vis à vis du Modem : « cet espèce de truc dont on parle toujours » a-t-elle dit. « Mettons ce problème à sa juste place aujourd’hui et je crois encore plus demain après les résultats des cantonales et des municipales. Ce n’est pas le Modem qui va faire l’arbitrage à gauche ! » a-t-elle affirmé avec vigueur en évoquant le rapprochement entre le PS et le Modem à Paris.
Visiblement agacée, elle a estimé qu’il ne convenait pas à gauche d’aller se réfugier au fond du jardin devant « le petit épouvantail du Modem». En quelque sorte, la secrétaire générale du PCF estime que le Modem de François Bayrou n’est qu’un nain de jardin…avec lequel elle ne veut pas faire liste commune. Mais si demain, en cas de victoire de la gauche à Paris après entente du PS avec le Modem, les communistes avaient le sentiment que les socialistes faisaient « prédominer » les propositions du Modem, « on les combattra » a-t-elle clairement annoncé. Qu’on se le dise, c’est une « victoire claire d’une gauche affirmant ses valeurs et proclamant ses idées » qu’appelle de ses vœux, Marie-George Buffet….et dans laquelle elle entend que le PCF prenne la place qui lui revient.
Le poids territorial du PCF
C’est ainsi qu’elle a précisé que pour les élections cantonales, le PCF se représentait le « deuxième parti par candidats et le troisième par ses réseaux d’élus ». Selon la secrétaire générale du PCF, les communistes présentent en effet 1 247 candidats aux cantonales et en soutiennent 89 alors que les socialistes et radicaux de gauche en auront 1401 et l’UMP 1039 étant entendu que dans les circonstances actuelles, a-t-elle commenté, beaucoup de candidats divers droite ne revendiquent pas trop l’étiquette UMP. Mais si le FN présente 809 candidats, ceux du Modem (495 candidats) et des Verts (494) sont loin derrière le PCF sans parler des trotskystes de la LCR (47 candidats).
De fait, le PCF dispose encore d’un important réseau d’élus même si en 2001, il avait perdu plusieurs de ses bastions comme ceux de La Seyne, La Ciotat, Sète, Dieppe et Nîmes) qui n’avaient pas été compensés par les quelques gains obtenus (Sevran, Arles). Cette fois-ci, le PCF espère reconquérir Dieppe et Nîmes et retrouver peut-être Le Havre, la liste PCF conduite par le député Daniel Paul (24%) devancerait selon un sondage TNS-Sofres celle du socialiste Laurent Logiou (18) et ferait presque jeu égal au deuxième tour avec cella du maire UMP sortant, Antoine Rufenacht (49 contre 51%).
Le PCF entend conserver par exemple dès le premier tour, la troisième ville du Rhône, Vénissieux avec le député-maire André Gérin et l’emporter à Givors (Rhône) qu’elle détient depuis 1993 avec une jeune maire cinquantenaire Martial Passi avec une liste regroupant le PCF, PS écologistes, gaullistes de progrès et personnalités républicaines).
Les « couleuvres lyonnaises »
Parmi les autres gains possibles à gauche comme Marseille, Toulouse, Reims, Strasbourg, Saint-Brieuc, Chalon-sur-Saône, le PCF qui ne conduit pas la liste doit faire bonne figure avec les options prises par les maires sortants socialistes. C’est le cas en particulier à Lyon où le maire socialiste sortant a fait alliance avec le Modem dès le premier tour. Tout en se félicitant que le sénateur-maire Gérard Collomb ait « très largement intégré les propositions des différentes composantes de sa majorité » dont en particulier celles émanant des élus communistes qui avaient en charge le logement, la politique de la vile, la démocratie, les droits des femmes et des citoyens et l’emploi », L’ « Humanité » qui présente dans son édition du 4 mars, les enjeux de la municipale de Lyon reconnaît que « si le programme de Gérard Colomb est clairement à gauche, ses appels du pied à des personnalités centristes » posent problème.
Mais, fait semblant de croire, Patrick Appel –Muller dans son article paru dans le quotidien communiste, « ils concernent plus le Grand Lyon que la municipalité »…
Il n’empêche, le journaliste de l’ « Humanité» rappelle que l’UMP convoite cinq communes socialistes de la banlieue lyonnaise :Villeurbanne (en danger pour le PS) , Saint-Priest, Bron, Rilleux et Décines alors que le PS n’est en position que de gagner Saint-Fons…ce qui, précise-t-il, ne ferait pas le compte. Une façon de dire que les socialistes ne peuvent l’emporter ici comme la plupart du temps que s’ils ont le soutien des voix communistes.
Dans son édition « spécial élections » du 5 mars, l’« Humanité » souligne que le parti communiste trouve ainsi dans ces élections, « l’espace qui lui est partiellement confisqué sur le scène nationale ». Ses 13 000 élus locaux constituent, souligne l’organe du PCF « un réseau encore très implanté et surtout une gestion de proximité reconnue pour son efficacité ». Le PCF estime avoir son mot à dire « même dans les villes où le parti socialiste vient jouer les trouble-fête ».
Les primaires avec le PS en Seine Saint-Denis
Pour le PCF, le cas épineux est celui de la Seine Saint-Denis qui constitue l’un des derniers bastions historiques de l’ex-ceinture rouge. Il est difficile dans ce département du 9 – 3 de parler d’union de la gauche car les socialistes – fort de leurs résultats aux législatives et à la présidentielle - ont décidé d’organiser des primaires dans plusieurs villes à direction communiste comme Aubervilliers, Pierrefitte, La Courneuve, Villetaneuse, Tremblay et Bagnolet Plus encore, dans d’autres communes comme au Blanc Mesnil, des listes socialistes « dissidentes » , parfois en alliance avec le Modem , s’alignent contre des listes d’union conduites par le maire communiste sortant. Mais, précisent encore l’ « Humanité » dans la plupart de ces villes, les enquêtes d’opinion donnent l’avantage aux maires sortants. De fait le seul espoir pour le PS de l’emporter sur le PCF se trouve à La Courneuve voire Villetaneuse.
« Le manque de rassemblement provoque le désespoir » se plaint le secrétaire départemental du PCF de Seine Saint-Denis en évoquant par exemple la primaire PS-PCF à Aubervilliers. tandis que le candidat socialiste à Aubervilliers, Jacques Salvator, un ancien PSU, estime lui qu’il y a deux partis communistes dont celui la tendance « orthodoxe » dirigé par Jean-Jacques Karman (dont les père était maire de la ville jusqu’en 1983) et avec lequel il se déclare « non compatible ». La tête de liste socialiste est accusée de vouloir ressusciter « la veille division des communistes qui a failli coûter la ville à la gauche en 2001 ». Et l’adjoint au maire communiste , Louis Marest de contre-attaquer en se demandant si le candidat socialiste est « Augy compatible » c’est-à-dire, précise-t-il « prêt à s’unir avec la droite la plus reconnue d’Aubervilliers reconvertie dans le Modem ? ».
La bataille symbolique du 9-3
La bataille sera rude. Si Marie George Buffet est venue le 3 mars soutenir le maire actuel d’Aubervilliers, Pascal Beaudet et Jean-Jacques Karman (au PCF on assure que les batailles difficiles tendent à rassembler les frères ennemis, rénovateurs et orthodoxes), Ségolène Royal doit faire le déplacement le 5 mars pour le candidat socialiste Jacques Salvator. « Certes on pourrait croire à une bourde de la part de Ségolène Royal qui en a fait d’autres, grogne l’adjoint au maire communiste de la ville. Mais n’y-a-t-il pas mieux à faire quand on est dirigeante nationale du PS qui a rassemblé sur son nom des centaine de milliers d’électeurs communistes que de venir à Aubervilliers soutenir la démarche anti-unitaire de ses camarades socialistes contre la municipalité jusqu’ici d’union de la gauche dirigée par un communiste ! ».
Mais le combat le plus difficile à mener pour le PCF est celui des cantonales de Seine Saint-Denis où le « bras droit » de Laurent Fabius, l’ancien ministre de la Ville, le socialiste Claude Bartolone a décidé de prendre la présidence du conseil général de la Seine Saint-Denis détenue par le PCF. L’issue du scrutin se joue à un siège près puisque qu’actuellement les élus communistes et socialistes sont à égalité au siège conseil général.
Le PCF accepte la concurrence aux cantonales – contrairement aux municipales – puisqu’il s’agit d’un scrutin uninominal. Mais la perte de ce département de l’est parisien serait ressentie durement par la direction du PCF moins pour des raisons financières – « nous aurons davantage d’élus et cela n’affectera pas les finances du PCF » a précisé Marie-George Buffet – mais pour des raisons politiques et d’influence, le PS ayant fait sa campagne sur le thème « faire entrer la Seine Saint-Denis dans le XXI ème siècle ».
L’abandon au PS de ce département concrétiserait la montée de la gauche « bobo » - beaucoup de jeunes cadres ont quitté la capitale pour s’installer dans le 93 – au détriment d’une gauche communiste une fois de plus « ringardisée ». La défaite prévisible sera douloureusement ressentie, place du colonel Fabien que la conservation du Val-de-Marne, le dernier bastion du PCF, ou même le gain de l’Allier, le département d’origine de l’ancien candidat à l’élection présidentielle, André Lajoinie ne viendraient pas compenser.
La fin des alliances locales privilégiées PC-PS
La crainte que ces batailles de primaires PCF-PS en Seine Saint-Denis laissent des traces nuisibles à l’avenir au sein de la gauche a été exprimé par Marie-George Buffet qui tout en assurant que les communistes se sont toujours désistés pour la liste de gauche arrivée en tête a ajouté lors de sa conférence de presse du 4 mars : « j’espère que la réponse sera identique parmi les autres forces de gauche ! ».
A la veille de ces élections municipales et cantonales, le PCF risque de se retrouver entre deux chaises. D’un côté, il entend comme c’est normal poursuivre l’expérience d’union de la gauche avec les socialistes – François Hollande et Marie-George Buffet ont appelé dans leur meeting commun du 4 mars à la « résistance » face à la politique de Nicolas Sarkozy et François Fillon. Mais d’un autre côté, les communistes peuvent craindre d’être plus ou moins marginalisés et remisés au rang de partenaires potentiels aux côtés des radicaux de gauche, Verts voire du Modem. Ce sera tout l’enjeu à gauche de l’après municipales que Marie-George Buffet souhaiterait régler rapidement au lendemain du 16 mars. Ce qui n’est pas le cas des socialistes qui ont un long travail interne de remise à jour de leur programme et de leurs alliances.
Si le PCF sort conforté localement grâce à la politique de l’union de la gauche, il n’est pas certain qu’au niveau national il soit en mesure de conserver sa place de partenaire obligé des socialistes comme au temps où les communistes tenaient dans leurs mains, la « ceinture rouge » autour de Paris, il y a encore trente ans, au moment de l’Union de la gauche entre Georges Marchais et François Mitterrand ...au siècle dernier.

Le directeur de la Lettre Horizons
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