
Décidemment, comme le dit l’un de ses conseillers « on ne peut pas changer le bonhomme ». Et tant pis, si d’après la comparaison cruelle de Jean-Marie Le Pen, il fait davantage penser « à Tintin qu’à de Gaulle », Nicolas Sarkozy lui persiste et signe. Un changement de politique serait un effondrement absolu, prévient sa « plume » élyséenne, Henri Guaino. Quant à infléchir son style vers davantage de « sobriété » comme le suggère l’ancien premier ministre Edouard Balladur, à l’impossible nul n’est tenu ! En dépit de ses dérapages verbaux qui font dire à Laurent Fabius le 24 février sur « France-Inter » que les Français risquent de devoir supporter pendant plus de quatre années encore au lieu d’«une compétence tranquille, « une agitation immature ».
La principale obsession de Nicolas Sarkozy consiste à ne pas se faire « momifier » dans son palais de l’Elysée comme le furent ses prédécesseurs François Mitterrand et Jacques Chirac à la fin de leurs mandats ni de changer de politique comme l’ancien président socialiste avec son « tournant de la rigueur » de 1983 ou par son prédécesseur immédiat à l’Elysée, l’abandon de la lutte contre la « fracture sociale ».
Sur le forme comme sur le fond, le chef de l’Etat n’entend pas changer son fusil d’épaule et il est prêt pour se faire à endosser une certaine impopularité voire à s’y installer le temps qu’il faudra – « cela petit prendre deux ans » pronostique le porte-parole du gouvernement Laurent Wauquiez dans « Le Monde » daté du 25 février – afin de prouver in fine qu’il avait raison.
Des initiatives et des tics inquiétants
L’inconvénient majeur c’est que les élections municipales et cantonales sont programmées dans moins de quinze jours et que les candidats de l’UMP sentent déjà le vent de la défaite, de Paris à Lyon ce qui était prévu en passant par Strasbourg et Périgueux ce qui l’était moins. Cela fait beaucoup même si avec juste raison, les socialistes comme François Hollande se gardent de vendre la peau de l’ours trop tôt.
Par ailleurs, la rage de tout emporter sur son passage marquée par les tics incessants de Nicolas Sarkozy (sauts d’épaule, grimaces, besoin perpétuel de toucher l’autre et de le tutoyer voire… de l’embrasser) finissent par indisposer non seulement nos concitoyens mais aussi les chefs d’Etat étrangers.
Les relations avec Angela Merkel, la chancelière allemande qui a repoussé de trois mois le traditionnel sommet franco-allemand qui devait se tenir le 3 mars, ne sont pas bonnes. Ce qui n’est pas de bonne augure pour la présidence française de l’Union européenne qui débutera le 1er juillet. Mais au total ce comportement présidentiel parfois irritant – l’algarade digne d’une rixe de bistrot entre un citoyen mécontentent le premier des Français – « casse-toi pauv ‘con !... » - ne serait pas catastrophique, s’il ne s’accompagnait ces derniers temps d’initiatives intempestives et incontrôlées tous azimuts sur la laïcité, la suppression de la publicité dans l’audiovisuel public, la remise en cause d’une décision du Conseil constitutionnel sur la non rétroactivité la loi de sûreté, etc. qui commencent à inquiéter inutilement les Français.
La vie chère en plus …
Ces écarts de comportements et de paroles pourraient à la limite passer si tout le reste marchait bien. Or, c’est la où le bât blesse pour l’opposition de gauche qui dénonce tout à trac, la vie chère - recrudescence de l’inflation – et l’absence de croissance économique puisque les prévisions pour l’année 2008 tournant davantage autour de 1,7% voire 1,5% que des 2,25 % à 2% confirmées par Bercy. Ce qui laisse entrevoir, selon les socialistes, un plan de rigueur quasiment « inévitable » après les élections de mars. « Pas de croissance, pas d’heures supplémentaires » affirment-ils.
Les partisans de l’UMP derrière Patrick Devedjian, leur secrétaire général, dressent un bilan flatteur des neuf premiers mois plus en matière d’emploi que de pouvoir d’achat. « Un chômage, le plus bas (7,9%) depuis 1984 et 300 000 emplois marchands créés, une augmentation de 3,2% du pouvoir d’achat en 2007 » lors d’un déplacement à Besançon, le 21 février.
L’inconvénient tient à ce que la présentation de ces bilans globaux intervient alors que la Revue « 60 millions de consommateurs » fait état d’une hausse spectaculaire des produits de première nécessité comme le lait et les pâtes alimentaires d’environ 40%, ce que chacun peut vérifier concrètement s’il prend la peine de faire ses courses...
Le danger que les socialistes ont bien senti consisterait à focaliser le mécontentement populaire sur le comportement personnel du chef de l’Etat – la part du feu – alors que c’est bien la politique économique et sociale qui alimente l’insatisfaction générale comme le montrent les résultats des sondages sur la perception de la politique économique et sociale du gouvernement.
Un mai 2008 chaud ?
Si l’UMP devait enregistrer une défaite claire aux cantonales et aux municipales, le printemps 2008 risque d’être chaud. Car, les partis de gauche réclameront un changement de politique – notamment l’abandon du fameux plan Tepa (travail, emploi pouvoir d’achat), ce à quoi le gouvernement de François Fillon se refuse d’ores et déjà sur injonctions présidentielles. On ne peut exclure des manifestations dans la rue pour réclamer une augmentation du pouvoir d’achat pour lutter contre la vie chère.
De fait, ces élections des 9 et 16 mars prennent bel et bien le tour national qu’imprudemment, peut-être Nicolas Sarkozy avait voulu leur donner au début de la campagne, avant de se raviser une fois encore et de changer en partie de point de vue.
Décidemment, le président de la République qui se donne beaucoup de mal ne paraît pas être pour l’instant à la hauteur de sa tâche mais on dit du côté de l’Elysée que ce fut la même chose pour Bill Clinton et Gerhard Schröder qui connurent des débuts calamiteux et des fins de mandats plus positives. On se console comme on peut !
Le moins que l’on puisse dire c’est que la comparaison pour le premier temps des mandats se concrétise bel et bien chez Nicolas Sarkozy. Attendons donc le reste et le rebond…s’il a lieu, car il reste encore plus de quatre ans à l’hôte de l’Elysée pour redresser la barre.

Le directeur de la Lettre Horizons
politiques
|