La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 18 février 2008


Dans la dernière « ligne droite »
à un mois des élections municipales :
- L’Elysée doit faire face à un nouveau « front »
anti-Sarkozy, Villepin-Bayrou-Royal

- Les socialistes jouent à fond la carte
des personnes âgées,
« victimes de la politique actuelle »

Le président de la République qui avait souhaité « nationaliser » le débat de municipales et les cantonales des 9 et 16 mars a bien fait de se raviser depuis lors. A un mois de l’échéance, Nicolas Sarkozy n’a plus la cote y compris au sein de ses propres partisans qui cherchent à dépolitiser au maximum les enjeux de ces élections. Il est pratiquement impossible de trouver sur les tracts des maires sortants de droite e sigle de l’UMP ni même des mentions ou références au président de la République ou de son premier ministre.
Il est vrai que la tendance actuelle est dépressive du côté de la majorité. Certains élus sarkozystes regrettent même que le chef de l’Etat ait cédé aux maires des petites villes qui ont refusé de voir organiser les élections municipales et cantonales en septembre 2007 dans la foulée de l ‘élection présidentielle comme il l’avait proposé. Les initiatives incessantes du chef de l’Etat tournent court la plupart du temps.
Ce fut le cas avec la décision annoncée devant le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) de confier à chaque élève de CM2 la mémoire d’un enfant français victime de la Shoah ». Non seulement l’ancien ne ministre Simone Veil, ancienne déportée, a condamné cette initiative – « à la minute mon sang s’est glacé » a-t-elle confié –, et de son côté, le ministre de l’Education nationale a été contraint d’annoncer des aménagements à l’ « intuition » présidentielle, en précisant, le 18 février sur RTL que ce devoir de mémoire serait assuré par une classe entière et non pas individualisé pour chaque enfant. Les enseignants ont exprimé leur mécontentement en faisant valoir qu’il existe aujourd’hui des manifestations pédagogiques d’explication sur le devoir de mémoire de la Shoah.

La surmédiatisation des initiatives de Nicolas Sarkozy

L’autre initiative d’une opération de police de grande ampleur déclenchée dans les cadre de l’enquête sur les tirs contre des policiers lors des affrontements avec les jeunes fin novembre 2007 qui a mobilisé le 18 février 1 100 fonctionnaires de police est sujette à polémique. Plusieurs personnalités de premier plan comme François Bayrou et Ségolène Royal ont dénoncé la surmédiatisation » de cet événement sans précédent de source judiciaire. Le président du modem candidat à la mairie de Pau a estimé qu’il ne fallait pas « mélanger la justice et la mise en scène » sur « Europe 1 » tandis que l’ ancienne candidate du PS regrettait que la campagne des municipales puisse donner lieu « à des opérations policières médiatisées ». Selon elle, le président de la République en revient au vieux réflexe de politique spectacle sécuritaire, parce que là où il échoue sur le plan économique et sociale, il veut faire croire qu’il continue de maîtriser les choses sur le plan sécuritaire ce qui n’est pas le cas ».
Fait rarissime la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie (sur le départ de la place Beauvau ?) a elle aussi regretté la « médiatisation » de l’opération tout en se félicitant de sa réussite (33 personnes ont été interpellées trois mis après les émeutes).
Le côté spectaculaire de l’opération irrite d’autant plus les socialistes que le nouveau député-maire de Sarcelles a été prévenu, selon eux, après les journalistes du déploiement des policiers et que la ministre de l’Intérieur vient de lui retirer un commissariat à temps plein qu’elle avait promis à Sarcelles pour un une antenne de police aux horaires partiels…

Une coalition de fait Villepin-Bayrou-Royal

Toutes ces initiatives présidentielles plus ou moins heureuses ont incité l’hebdomadaire « Marianne » fondé par Jean-François Kahn à publier un appel à la « vigilance » sur « toute dérive vers un pouvoir personnel confinant à la monarchie élective » qui a été contre signé par l’ancien premier ministre Dominique de Villepin François Bayrou et Ségolène Royal - Maurice Leroy, vice-président du Nouveau Centre lui aussi signataire estime avoir été piègé ) – dénoncés par l’Elysée comme des « aigris et éliminés » mais non pas François Hollande.
Interrogé sur l’attitude du leader socialiste, le porte-parole du PS Bruno Le Roux a indiqué, le 18 février que les socialistes devaient concentrer leurs efforts sur une critique « globale » de la politique économique et sociale du président de la République.

De fait, le point de presse hebdomadaire du PS a été consacré, le 18 février à une mise en cause des meures prises par le gouvernement envers les retraités et les personnes âgées malades qui posent un grave problème de pouvoir d’achat pour cette catégories de personnes qui votent généralement à droite. « Les franchises fiscales doivent être pour les municipales ce que la TVA sociale fut pour les législatives » a affirmé l’un des porte-parole du PS qui a critiqué le chef de l’Etat pour avoir fait croire qu’une partie des franchises pourrait être épongée par les mutuelles alors qu’il n’en est pas question.
L’ancien ministre socialiste Jean Le Garrec a dénoncé les faux semblants de la revalorisation annoncé par le gouvernement des retraites : 1,1% alors que l’inflation sera d ‘au moins 3%, selon lui, en 2008, « soit une perte du pouvoir d’achat de 2% pour plusieurs millions de retraités » a-t-il dit.

Vote sanction des personnes âgées à l’instar de la « TVA sociale » ?


Le responsable socialiste du dossier de l’APA (allocation personnalisée d’autonomie) a laissé entendre que la création du « cinquième risque » de la dépendance allaient sans doute contraindre les personnes âgées à mettre la main à la poche alors que pour l’instant elles bénéficient de l’APA sans aucune condition de ressources. « Depuis 2003, a-t-il indiqué, l’Etat n’a pas mis un sous supplémentaire pour le financement de l’APA qui devait être assurée à égalité 50-50 par les déparquements et l’Etat.
Le surplus des dépenses (on est passé de 120 000 personnes à un million à l’heure actuelle) est supporté par les départements « âgés » (Creuse, Corrèze, Ardèche) ce qui entraîne des « inégalités territoriales » avec les déparquements jeunes comme les Hauts-de-Seine ou le Val d’Oise par exemple.
Si les socialistes parviennent à entraîner une partie de l’électorat des retraités et des personnes âgées dans un « vote –sanction » contre le gouvernement, la note politique risque d’être salée pour la majorité en place aux municipales et aux cantonales. D’ores et déjà, François Hollande s’est fixé comme objectif principal d’inverser le rapport des forces actuel en faveur de la droite aux municipales (220 viles de plus de 20 000 habitants à droite contre 170 à gauche).

Premier essai de rénovation du PS ,le 19 février

S’il y parvient, à peine la page électorale des municipales et cantonales sera-t-elle tournée que les dirigeants socialistes se lanceront dans la préparation de l’élection présidentielle de 2012 avec comme objectif premier de renouveler le PS. Une première réunion de la commission de rénovation (une trentaine de personnes) doit se tenir le 19 février pour voir s’il est possible de se mettre d’accord sur la représentation interne des courants – majoritaire ou proportionnelle - et de bâtir dès maintenant un processus de désignation du ou de la future candidate du PS.
Que la gauche l’emporte ou non aux municipales et cantonales, l’urgence de la rénovation sera ressentie de la même manière chez les socialistes. Mais l’ambiance sera sans doute meilleure si le PS retrouve à cette occasion son statut de « premier parti électoral » de France au détriment d’une UMP en difficulté, neuf mois seulement après l’élection de Nicolas Sarkozy.

bloc-signature-gervais.gif (4000 octets)
Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 
 

 

© Horizons Politiques

Retour au fait politique du jour