Le président de la République l’a dit en ouvrant le 6 février le conseil des ministres : après les municipales (elles s’annoncent délicates pour la majorité en place), il prendra « avec sang froid les décisions qui s’imposent ». Dès lors un remaniement ministériel apparaît probable après le constat fait à l’Elysée que certains ministres « au lieu de commenter la vie privée du président feraient mieux de répondre à l’opposition ».
C’est sans doute l’équipe de Bercy qui risque de faire le frais de cette réorganisation attendue. Si Christine Lagarde a été souvent en première ligne ces dernières semaines, elle a adopté un parti pris du « tout va très bien Madame la Marquise » qui lui a été reproché notamment par l’opposition. Quant à Hervé Novelli, chargé au gouvernement des entreprises et du commerce extérieur, on n’a guère entendu de sa part des explications plausibles sur le désastre constaté de notre commerce extérieur qui est bien plus inquiétant que tout le reste. Il revient en principe au secrétaire d’Etat d’ouverture, Eric Besson de donner les critères d’évaluation des ministres mais en fin de compte, c’est le président de la République et le premier ministre qui trancheront après les municipales. Christian Estrosi secrétaire d’Etat à l’Outre-mer qui devrait être élu maire de Nice quittera son poste sans nul doute après la bévue de son voyage privé aux Etats-Unis qui lui a valu de présenter des excuses publiques.
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Les bonnes relations entre les deux « têtes » de l’exécutif risquent de pâtir de la baisse importante – plus de dix points dans les sondages – de la cote de popularité du chef de l’Etat qui pour la première fois sous la V ème République est nettement plus négative que celle de l’hôte de Matignon. La « présidentialisation » accru du régime avec l’apparition au premier rang médiatique des conseillers de l’Elysée, Claude Guéant et Henri Guaino ne facilite ne pas la tâche du gouvernement. La « sortie » du secrétaire d’Etat aux affaires européennes , Jean-Pierre Jouyet devant la presse parlementaire invitant les conseiller de l’Elysée à « ne pas se substituer au gouvernement » - qui visait d’ailleurs davantage le « souverainiste » Guaino que le « cardinal » Guéant - révèle un agacement des parlementaires UMP devant les effets d’annonce de hommes de l’Elysée mais aussi des ministres comme Bernard Kouchner sur le Liban où il est de notoriété publique son action a été contrée par le secrétaire général de l’Elysée en lien direct avec la Syrie.
Défendre le bilan des réformes et maintenir le cap
A un mois des élections municipales, on observe une mini fronde dans la rangs de la majorité à l’adresse du président Sarkozy. Pourtant, un « bourlingueur » de la majorité autrefois giscardien et aujourd’hui résolument « unioniste » dans l’UMP, le député de la Somme, Alain Gest, l’un des trente députés sarkozistes » reçus récemment à l’Elysée par le chef de l’Etat, garde lui son sang froid.
« Je m’attendais à des municipales difficiles car tout pouvoir venant d’être élu, six mois après, est plutôt dans la difficulté car il fait des réformes dont non ne voit pas la réalité sur le terrain » explique-t-il.
Au passage, il regrette que le président de la République ait cédé à la pression des maires de France quand il a été question d’avancer les élections municipales à l’automne 2007. Car, selon lui, « les résultats n’auraient pas été les mêmes ».
Les Français font preuve, selon lui, d’une impatience légitime car ils ont compris qu’on allait tout faire tout de suite et que cela allait se traduire par des espèces sonnantes et trébuchantes » ajoute-il. De plus, nous sommes dans un pays qui a du mal à accepter la réforme quand cela le touche personnellement. Mais le président de la République a raison de rappeler qu’il n’est pas élu pour six mois mais pour cinq ans. Il souhaite donc que la politique de réformes engagée – « en six mois je ne souviens pas beaucoup de gouvernements qui en ont fait autant en si peu de temps (justice, université, intégration, contrat de travail etc…) ».
En clair, il souhaite que le gouvernement poursuive sa politique de réformes car, il vaut mieux, selon lui, être battu sur une politique qui ne convient pas éventuellement aux français qu’en ayant pas fait ce qu’ l’on avait promis de faire, car dans ce cas, ajoute-t-il, on cumule à la fois le déshonneur et la défaite ! » ajoute encore Alain Gest.
Bon connaisseur de, la vie politique, le député UMP de la Somme, estime qu’il y a un « manque de relais au bureau du groupe UMP et dans le groupe pour expliquer la politique suivie. « Il faudrait qu’il y ait des gens qui expliquent car sinon, il y a un bruit de fond qui passe et qui arrive jusqu’aux « Quatre Colonnes » du Palais Bourbon » explique-t-il à l’adresse de ceux qui ont tendance à critiquer le chef de l’Etat mais ont aussi la mémoire courte, car, dit-il « beaucoup de collègues ont oublié qu’ils ne seraient pas là, si Nicolas Sarkozy, n’avait pas été capable de gagner la présidentielle ».
En fait, Alain Gest propose que des parlementaires relaient le point de vue de l’Elysée et de Matignon : François Fillon n’étant pas « un homme de réseaux » contrairement à son prédécesseur Dominique de Villepin qui pouvait compter sur des porte-parole actifs comme Hervé Martin, Georges Tronc et François Goulard.
Resserrer les boulons après mars
Il n’en reste pas moins que s’il faut s’attendre à ce que l’Elysée et Matignon resserrent les boulons dans la majorité au lendemain des élections municipales. Le président actuel du groupe UMP à l’Assemblée nationale Jean-François Copé pourrait se retrouver au gouvernement pour laisser la place à un président plus motivé et à l’écoute des parlementaires UMP. D’ores et déjà une argumentaire d’une vingtaine de pages va être distribué à tous els parlementaires et candidats aux élections municipales. Sur les conséquences concrètes des réformes décidées depuis neuf mois.
Il manque certainement des relais de l’Elysée au sein des Assemblées parlementaires. Le secrétaire d’Etat aux relations avec le parlement, Roger Karoutchi, un proche de Nicolas Sarkozy fait ce qu’il peut.
Mais force est de constater que alors que le président est attaqué, on ne voit pas beaucoup de monde pour le défendre. C’est encore l’une des conséquences fâcheuses pour le pouvoir en place d’avoir par trop négligé les relais naturels de la majorité. Durant les neuf premiers mois, Nicolas Sarkozy a cherché à impulser une rupture en donnant un rôle prépondérant à ses conseillers personnels. Mais, cette présidentialisation à l’américaine a du mal à passer comme on le constate avec le refus des socialistes de voter la réforme des institutions si elle comprenait la possibilité réclamée explicitement par Nicolas Sarkozy de pouvoir s’adresser directement au parlement comme le faut le président des Etats-Unis avec son « discours sur l’état de l’Union ».
Comment retrouver une crédibilité avant la présidence de l’UE
Le président de la République a affirmé qu’il prendrait « avec sang froid » ses décisions qui s’imposent après les municipales. La question essentielle et de savoir s’il entend continuer sa politique de réformes, ce qui implique presque automatiquement un « plan de rigueur », s’il veut donner une certaine crédibilité à la présidence française de l’Union européenne qu’il assurera à partir de juillet. Nul doute qu’une clarification s’impose sur la rupture ou pas, la rigueur oui pas, l’ouverture poursuivie ou pas.
Le Président de la République a un bon mois devant lui pour prendre les conclusions – et les décisions – qui s’imposent et rendre à son projet présidentielle, une partie de la crédibilité qui s’est envolé au fil des dernières semaines et que ne renforcera pas la dernière décision du gouvernement d’annoncer un acompte de 2000 euros alors que les « caisses sont vides » ou d’annuler l’une des premières mesures symboliques du rapport Attali sur les taxis …après deux journées de grève, le 31 janvier et le 6 février…

Le directeur de la Lettre Horizons
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