La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 29 janvier 2008


La Documentation française
fournit des repères utiles

Pour mieux comprendre et appréhender
le débat autour de la « laïcité positive »
qui agite les milieux politiques
pas seulement à gauche


Du côté du président de la République : « Politique de civilisation » et « laïcité positive » avec cette affirmation de Nicolas Sarkozy, catégorique mais discutable, devant le pape Benoît XVI, le 20 décembre 2007 au Vatican : « la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d’affirmer ce qu’ils sont ».
La volonté affichée d’autre part par le ministre de l’Intérieur et des cultes, Michèle Alliot-Marie d’« adapter » la loi de 1905 sur la laïcité, accompagnée dans un entretien au journal « la Croix » du 26 janvier 2008 d’une critique à l’égard de ceux qui « ont une conception archaïque de la laïcité » alors que la ministre également maire de Saint Jean-de-Luz affirme que dans sa ville d’origine « personne ne s’émeut que les grandes cérémonies religieuses soient présidées par le maire et les inaugurations bénies par le curé »… Tout cela sent la poudre surtout à la veille des élections municipales et cantonales.
Les partis de gauche et les francs-maçons se mobilisent. Le groupe socialiste présentera le 29 janvier à l’Assemblée nationale sa proposition de loi sur la laïcité. Dans une tribune libre publiée par « Le Monde » daté du 29 janvier, deux sénateurs socialistes, Bariza Khiairi (Paris) et Jean-Pierre Michel (Haute-Saône) estiment que « les jeux rhétoriques autour du terme de la laïcité masquent mal la volonté du président de restaurer une certaine confusion entre Etat et religion (…) La République n’a pas besoin de croyants pour exister, elle a besoin de citoyens égaux qui bâtissent ensemble leur avenir » ajoutent-ils.
L ‘UMP, elle, ne sait pas trop sur quel pied danser et se range derrière l’affirmation du ministre de l’Intérieur assurant qu’« il n’est pas question de rouvrir les querelles qui ont profondément divisés notre pays ».


Les Français circonspects sur la transmission des valeurs religieuses


Cette question de la laïcité qui concerne « les valeurs de la République » (1) et touche à « la place des religions dans la société » (2) reste extrêmement sensible chez nos compatriotes. Ils restent très prudents face à tout ce qui pourrait permettre de relancer la vieille querelle entre croyants et laïcs. Selon un sondage « Opinion Way » paru dans « Le Figaro Magazine » du 26 janvier 2007 sur les déclarations du chef de l’Etat à Rome et à Riyad si 81% des personnes interrogées sont d’accord pour dire – comme l’a fait Nicolas Sarkozy dans son discours du palais du Latran à Rome - que « la France a des racines essentiellement chrétiennes », une large majorité d’entre eux (73%) ne sont pas d’accord en revanche avec l’affirmation selon laquelle « dans la transmission des valeurs et dans leur apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé »… De même, 51% des personnes interrogées ne partagent pas l’affirmation émise par le chef de l’Etat selon laquelle « l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent ».
Nicolas Sarkozy n’a pas fait ses déclarations pour satisfaire simplement une partie de l’électorat de droite ou d’extrême droite. Il a déjà beaucoup réfléchi et écrit sur les relatons entre l’Etat et les religions. Dans son livre consacré à la question religieuse « la République, les religions, l’espérance » publié, il y a quelques années aux éditions du Cerf, l’ancien ministre de l’Intérieur laissait entendre que, comme aux Etats-Unis, il faudrait pour régler certains de nos problèmes en appeler aux religions. « La dimension morale est plus solide, plus enracinée lorsqu’elle procède d’une démarche spirituelle, religieuse plutôt que lorsqu’elle cherche sa source dans le débat politique et dans le modèle républicain » écrivait-il alors. Un retour à l’esprit du Concordat de 1801.
Ce débat autour des évolutions possibles de la loi de 1905 pourrait se concrétiser autour d’un nouveau « contrat de volontariat associatif religieux » pour les associations cultuelles, comme l’a indiqué Michèle Alliot-Marie dans « La Croix ». Ce qui serait une façon d’aider ou de contrôler certaines religions monothéistes, musulmane par exemple avec tous les risques que cela comporte du point de vue du communautarisme ou des dérives sectaires.

L’imprégnation du contexte historico-religieux du catholicisme


Pour mieux comprendre les relations entre les religions et l’Etat en France, il est intéressant de se reporter à plusieurs articles parus dans la collection « Cahiers français » de la Documentation française qui traitent de cette question.
Dans le premier ouvrage intitulé « Les religions dans le société» (1), il faut lire le chapitre consacré à « l’héritage chrétien de la France » dans lequel il est écrit que « le catholicisme a façonné pendant des siècles et jusque dans le détail, l’ensemble de la vie quotidienne d’une population.(…) On ne peut rien comprendre à la manière dont s’expriment dans le débat public français de multiples questions n’ayant formellement rien à voir avec la religion (de la qualité de l’alimentation à la régulation éthique de la science, de la gestion des rapports hiérarchiques dans l’entreprise au devenir du monde rural) sans faire référence à cette imprégnation catholique de la culture » écrit notamment Danièle Hervieu-Léger de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales.
« C’est ainsi que le style de la vie politique, le contenu du débat public sur les problèmes sociaux et éthiques (…) ont pris corps dans un contexte historico-religieux qui continue (jusqu’à un certain point) de les orienter ». Selon elle, l’enracinement catholique constitue « une donnée majeure, notamment pour comprendre sa résistance très singulière (et qui transcende les clivages politiques classiques) aux avancées d’un libéralisme qui n’a jamais cessé d’être, dans tous les domaines, le premier ennemi de l’intransigeantisme catholique dont la culture française conserve la marque » insiste encore Danièle Hervieu-Léger.

La République ne subventionne aucun culte (Constitution de 1958)

De même ceux qui s’intéressent à la laïcité dans l’histoire française doivent lire l’article de Dominique Borne, président de l’Institut européen en sciences des religions dans le numéro 336 des « Cahiers français » (2) intitulé « les religions dans la société ».
La Constitution de la Ve République précise dans son premier article en reprenant les termes de la précédente Constitution de la IVe que la République est « indivisible, laïque, démocratique et sociale ». La Constitution de 1958 a même ajouté que la France assure « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ».
La République est donc laïque par définition, indépendante de toute religion, mais elle doit garantir aussi la liberté religieuse des citoyens.
Selon le texte même de la loi dite de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905, la République « assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes (article 1). « Il ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte (article 2) ». Le premier acte de la laïcité en France commence un peu avant la Révolution quand le roi Louis XVI, par l’édit de 1787 réaffirme que la « Religion Catholique jouira seule, dans notre Royaume des droits et des honneurs du culte public, mais accorde cependant aux protestants un Etat civil. La première dimension de la laïcité, c’est la fin de la confusion entre loi religieuse et loi civile.
Le mouvement s’étend sur plus d’un siècle. Il passe par exemple par la déconfessionnalisation des cimetières, le divorce (1884), le service militaire imposé aux clercs… jusqu’à la loi Veil de 1975 qui autorise l’interruption volontaire de grossesse malgré l’opposition de l’Eglise, affirme notamment Dominique Borne

Le statut des religions dans un Etat laïc


Quel doit être le statut des religions dans un Etat laïc ? C’est l’une des questions posées dans un ouvrage intitulé (3) « Culture générale, thèmes de société » destiné aux candidats préparant l’entrée aux grandes écoles. Comme pour chacun des thèmes abordés (école,sécurité, justice, la ville l’immigration etc.), ce document présente : un point sur le sujet récapitulant les connaissances et les réflexions actuelles sur le thème traité ; une chronologie souvent détaillée qui permet de situer dans un contexte historique les éléments de connaissance ou de débat ; des chiffres à connaître, des citations etc.
A titre d’exemple les dates retenues permettent de comprendre comment la France, «fille aînée de l’Eglise» a connu durablement l’unité religieuse ; comment la Réforme au XVIe siècle a affaibli le pouvoir politique en le contraignant tantôt à persécuter, tantôt à tolérer les protestants ; comment à partir de la Révolution française et jusqu’au début du XXe siècle, le grand débat politique fut de savoir si la religion était affaire publique ou privée, si le pouvoir politique et le pouvoir religieux pouvaient être interdépendants ou, au contraire, totalement séparées.


Calendrier des dates repères sur les religions en France


Parmi les dates à retenir figurent :
496 : le baptême de Clovis la France devient officiellement pays catholique et, exception faite de l’épisode cathare, connaîtra l’unité religieuse pendant plus de mille ans.
1520 : l’Allemand Martin Luther (1483-1546) rompt avec Rome et crée peu après l’Eglise réformée ? Sous son influence et celle de Calvin (1509-1564) naît ce que ‘on a appelé « la Réforme » . La naissance de l’Eglise réformée marque en France la fin de ‘lunité religieuse.
1789 : la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen établit la liberté religieuse comme un droit imprescriptible
21 janvier 1795 : loi instaurant la séparation complète des cultes et de l’Etat.
14 juillet 1801 : Bonaparte veut rétablir en France la paix religieuse et sociale avec le Concordat. Le texte constate que la religion catholique est pratiquée par la majorité de français mais reconnaît trois cultes : le culte catholique, et deux cultes protestants (luthériens et réformé). Le culte israélite sera reconnu plus ttard.
1815-1830 : sous la Restauration, le catholicisme est rétabli comme religion d’Etat mais la pluralité des cultes reconnue en 1801 et maintenue.
28 mars 1882 : loi sur l’enseignement primaire, qui devient obligatoire et laïque. La religion n’est pas enseigné da,s les locaux scolaires, mais n jour de congé hebdomadaire est prévu pour les parents puissent envoyer leurs enfants au catéchisme.
1905 : le gouvernement dénonce le Concordat de 1801 et, le 9 décembre, la parlement vote la loi « sur la séparation des Eglises et de l’Etat ». Désormais, la France sauf l’Alsace et la Moselle, alors sous domination prussienne et aujourd’hui encore régies par le Concordat de 1801) est un pays laïc dans toute l’acceptation du terme.
1945 : l’Eglise catholique (après un premier accord signé en 1923) accepte officiellement la laïcité de la République.
Février 2003 : accord sur la création du Conseil français du culte musulman, élu en avril 2003.
15 mars 2004 : loi interdisant , au nom du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse sans les écoles, collèges et lycées publics.
7 février 2007 : suite à une plainte de l’Union des organisations islamiques ent France et la Grande Mosquée de Paris, ouverture d’un procès contre le journal Charlie Hebdo pour avoir reproduit en février 2006 des dessins danois sur des caricatures de Mahomet.



Quelques chiffres à connaître sur les croyants et pratiquants


Ces chiffres permettent d’illustrer un double phénomène : d’une part la « privatisation » croissante de la religion – le recul de l’emprise des institutions religieuses – et d’autre part, le développement du pluralisme religieux en France.
Catholicisme : 85% des français se déclarent catholiques dans les années 1960 ; en 2007, ils ne sont plus que 51%. Parmi ces derniers 52% ne fréquentent les églises qu’à l’occasion de cérémonies familiales et 58% croient à la résurrection du Christ qui est pourtant l’un des dogmes fondateurs du christianisme.
Islam : un peu plus de 4 millions de musulmans visent en France dont la moitié environ sont français. On compte en France un peu plus de 1 000 imams (ont 10% sont français) environ 1700 mosquées, la plupart petites et installées dans des locaux de fortune. Seules quelques unes à Lyon et Marseille entre autres, ont été vraiment conçues pour un usage religieux.
Autres religions :environ 700 000 personnes sont attachées au protestantisme ; 800 000 au judaïsme, 600 000 au bouddhisme. Les témoins de Jéhovah revendiquent 250 000 adeptes en France ? Les églises évangélistes qui séduisent surtout des Afro-Antillais (en 2007 environ 159 000 fidèles dans la région parisienne) sont en plein essor.

En guise de conclusion, l’ouvrage propose de réconcilier les par-isans de la laïcité « ouverte » et ceux d’uen « laïcité de combat ». Résultat d’un conflit , la laïcité française a permis la paix civile : il importe qu’elle continue à jouer ce rôle pacificateur, et c’est la raison pour laquelle elle se doit d’être à la fois « ouverte » pour que les citoyens puissent se sentir également respectés et « de combat » quand il s’agit de faire respecter les libertés individuelles et collectives. Mais cet ouvrage n’évoque pas encore la notion de laïcité « positive », concept nouveau qui sera peut-être étudiée dans une nouvelle édition.



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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 
 

 

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