La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 21 janvier 2008


Jean-Marie Bockel, le « Blair français »
fait des « vagues » en Afrique et en France:

- Il polémique avec les vieux chefs d’Etat
africains sur la fin de la « Françafrique »

- Il réunit le 14 février à Paris
plusieurs centaines de candidats
« Gauche moderne » pour les municipales

- Le maire sortant de Mulhouse
présente une liste de large ouverture avec l’UMP


C’est le 14 février que Jean-Marie Bockel réunira les quelques 250 à 300 candidats qui représenteront le parti de la « Gauche moderne » aux prochaines élections municipales. Celui qui a l’étiquette incontestée du « Tony Blair français » a-t-il le vent en poupe en ce début d’année ? Comme dirait l’ancien premier ministre britannique qui a volé la vedette à Nicolas Sarkozy lors du meeting de lancement de la campagne des municipales de l’UMP, le 12 janvier à Paris, Jean-Marie Bockel est… « Énergétique ».
Il s’active beaucoup à son secrétariat d’Etat de la Coopération et de la Francophonie de la rue Monsieur à Paris. Il accompagne souvent le chef de l’Etat dans ses déplacements à l’étranger et peaufine avec lui la nouvelle doctrine de coopération de notre pays que le chef de l’Etat explicitera lors d’un prochain voyage en Afrique du sud, fin février dans ses voyages à l’étranger.

L’homme de la rupture avec la vieille « Françafrique »

En présentant ses vœux à la presse, le 15 janvier, Jean-Marie Bockel a défini de façon claire et nette les grandes lignes de cette rupture avec les pratiques précédentes en signifiant « l’acte de décès » de la « Françafrique » et en fustigeant le gaspillage des fonds publics par certains régimes africains. Ces « quatre vérités »dites tout haut n’ont pas plu, on s’en doute, aux derniers représentants des régimes post-coloniaux africains.
Les présidents Biya (Cameroun), N’Guesso (Congo) et Bongo (Gabon) ont appelé l’Elysée au téléphone pour protester contre les propos tenus par Jean-Marie Bockel. Le président Omar Bongo les a jugé « inacceptables » et un communiqué du gouvernement gabonais s’est étonné de la reprise par un membre du gouvernement français de « clichés méprisants faisant des Etats africains de vulgaires mendiants sollicitant sans fin l’aumône de la France ».
En dépit de ces mouvements de mauvaise humeur de certains chefs d’Etats africains bien connus, le président de la République soutient son secrétaire d’Etat à la Coopération. Le 18 janvier il a estimé que l’ « Afrique a changé et que les relations de la France avec l’Afrique doivent elles aussi changer ». Il a souhaité aussi que les actions de coopération soient davantage rattachées à la « société civile».
Dans un entretien au journal « le Monde » du 16 janvier Jean-Marie Bockel avait affirmé que « sur cent milliards de dollars d’aide pour l’Afrique, 30 milliards s’évaporent. Certains pays ont d’importantes ressources pétrolières mais leur population n’en bénéficient pas » précisait encore Jean-Marie Bockel.
Voilà un domaine où la rupture avec la politique des précédents présidents de la République française s’annonce claire et nette.


Présentation des candidats aux municipales, le 14 février


Si Eric Besson, ancien secrétaire national du PS recyclé « grand évaluateur du gouvernement » dans l’équipe de François Fillon organise une réunion européenne le 31 janvier avec…Tony Blair, Jean-Marie Bockel, est lui, le véritable représentant du « blairisme » en France. En présentant les objectifs de son parti de « la Gauche moderne », le 29 octobre à Mulhouse, Jean-Marie Bockel réaffirmait plus que jamais son credo « libéral social ». « Je suis et je reste de gauche » affirmait-il. « J’ai été pendant trente quatre ans adhérent du PS. Pendant dix ans j’ai essayé de faire vivre certaines idées blairistes à la manière des sociaux-démocrates anglais, allemands, italiens espagnols, portugais ou de l’Europe du nord »dans le PS.
S’il a accepté la « démarche d’ouverture » proposée par Nicolas Sarkozy c’est parce qu’il a été sensible « à l’idée de réformes que voulait incarner le président de la République au delà de son camp ». « On ne peut réformer aujourd’hui la France que si on arrive à dépasser les clivages (droite-gauche) » a-t-il estimé.
Mais son parti de « la Gauche moderne » n’entend pas se rallier ou s’apparenter à l’UMP comme le fait le parti radical de Jean-Louis Borloo par exemple. La « Gauche moderne » est « alliée » à la majorité présidentielle affirmait Jean-Marie Bockel. « Je suis et je reste de gauche » insistait le 29 octobre dernier devant ses amis réunis à Mulhouse, ce « sarkoziste de gauche » qui a eu du mal à faire accepter par les élus UMP son leadership notamment par la députée Arlette Grosskost. Ce qui faisait dire à l’intéressé avec un brin d’humour noir : « avec des alliés comme elle on a pas besoin d’ennemis ! ».



Une large ouverture à Mulhouse …sauf des socialistes


L’ancien président de l’Association des maires des grandes villes de France (AMGVF) – il a abandonné ses fonctions et a été remplacé par le député-maire socialiste de Grenoble, Michel Destot - briguera en mars prochain son quatrième mandat à la tête de Mulhouse. A partir de son projet qui reprend les valeurs de son ancienne majorité, « la gauche pour Mulhouse », Jean-Marie Bockel a présenté le 19 janvier la liste d’entente communale – sans doute – la plus large d’ouverture en Alsace et même dans hexagone. Elle comprendra des représentants de l’UMP et de ses alliés, des membres de la famille centriste dans sa diversité ainsi que des radicaux de gauche, des membres de la « gauche de la gauche » et des écologistes.
Toutefois, Jean-Marie Bockel ne peut revendiquer, en revanche des socialistes encartés au PS car les socialistes figurant sur la liste de Jean-Marie Bockel sont ipso facto exclus par la direction du parti de la rue de Solferino.
Pour monter en puissance et donner une cohésion aux membres de son parti de la « gauche moderne », Jean-Marie Bockel organise un colloque sur « la culture et le renouvellement urbain » le 5 février puis il réunira le 14 février, plusieurs centaines de candidats d’ouverture présents sur les listes UMP dans la plupart des grandes villes de France.
Vingt candidats seront apparentés sur les listes de Françoise de Panafieu à Paris dont l’un des membres du cabinet du ministre Brice Hortefeux. Trois « Gauche moderne » figureront sur celles conduites par Dominique Perben à Lyon. Sans oublier le « coup de pouce » donné par au maire sortant UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin à travers le spectaculaire ralliement de l’ex-député PS, Philippe Sanmarco, membre la « Gauche moderne ».
Parmi les « têtes de listes » de la « Gauche moderne » outre, Jean-Marie Bockel à Mulhouse, il faut citer le maire sortant de Pau, apparenté à la « Gauche moderne » et le maire alsacien de Schiltigheim. D’autres seront en positions éligibles à Saint Etienne ou aux Mureaux dans la région parisienne et dans la capitale.
C’est seulement après les élections municipales que la « Gauche moderne » qui possède actuellement des locaux provisoires à Paris installera son siège dans la capitale mais d’ici là, le site Internet lagauchemoderne.org fonctionnera à plein. Jean-Marie Bockel préfère manifestement le terrain aux paillettes.



Le gouvernement Fillon applique la « motion 4 » du PS …

La «Gauche moderne » est un parti politique dont les statuts relèvent de la loi de 1901. Elle dispose de fédérations régionales dans tout l’hexagone sauf en Picardie. Deux sénateurs de la Guadeloupe et de Guyane en sont membres. Les adeptes du « blairisme » libéral social se recrutent parmi les anciens cadres du PS comme l’ancien délégué national du PS pour la lutte contre la discrimination, Jean-François Pascal aujourd’hui conseiller « prospective et réflexions stratégiques » auprès du secrétaire d’Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie. .
Ce sont surtout des anciens membres du courant de Dominique Strauss-Kahn voire même de Laurent Fabius, sympathisants de centre gauche. « Nous avons reconnu dans le président Sarkozy, le meilleur représentant de la gauche européenne, affirme Jean-François Pascal. La « feuille de route » du gouvernement de François Fillon - la « fléxi-sécurité », la réforme de l’Etat, celle des retraites et la fin des 35 heures - correspondent tout à fait à ce que demandait la « motion 4 » défendue par Jean-Marie Bockel au congrès socialiste du Mans.
Les animateurs de la « Gauche moderne » qui réclament un « équilibre » entre l’économique et le social ne veulent pas être des « bénis oui, oui » à la politique gouvernementale. Ils sont pragmatiques et sur la question du « bouclier fiscal » par exemple, ils n’hésiteront pas à dire qu’il faut l’abandonner « si le bilan est négatif ».

Pour Renforcer le camp des « réformateurs »

Les amis de Jean-Marie Bockel considèrent que la politique d’ouverture de Nicolas Sarkozy n’est pas simplement « tactique » mais « stratégique ». Il s’agit pour le chef de l’Etat d’allier, à l’horizon de cinq ans, les « réformateurs » contre les « conservateurs ». « Le président de la République possède une vraie vison stratégique, ajoute Jean-François Pascal. Le quart des électeurs de gauche jugent favorablement l’action du Président de la République. Sa politique de civilisation est fondée sur des valeurs capables de changer le modèle de société » ajoute-t-il en insistant sur l’importance du Grenelle de l’environnement et la défense du capitalisme entrepreneurial.
« Ce sont là des valeurs capables de changer le modèle de notre société » affirme ce proche du secrétaire d’Etat à la Coopération. Si après le libéralisme de 2007, Nicolas Sarkozy voulait emprunter la voie du « blairisme » à la française, il pourrait alors se tourner vers son principal artisan dans notre pays, Jean-Marie Bockel qui n’a jamais varié d’un pouce dans ses objectifs au PS ou en dehors…ce qui n’est pas si fréquent, convenons-en, dans notre paysage politique.



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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 
 

 

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