La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 20 janvier 2008


Pour sortir de sa mauvaise passe
dans les sondages qui le place
derrière François Fillon :

Nicolas Sarkozy hésite entre
un « tournant libéral »
et un prudent enterrement des propositions
explosives de la commission Attali


Pour la première fois depuis son accession à l’Elysée, il y a huit mois, Nicolas Sarkozy apparaît en « négatif » dans le baromètre IFOP-« Journal du Dimanche » avec 52 % de mécontents et 47% de satisfaits de son action de président de la République. La « double peine » pour le chef de l’Etat tient au fait que son Premier ministre, François Fillon, lui, reste positif avec 50% de satisfaits contre 46% de mécontents. Les résultats de ce sondage réalisé du 10 au 18 janvier prennent donc l’allure d’une sanction à l’égard du nouvel hôte de l’Elysée, omniprésent dans les médias depuis sa retentissante élection en avril 2007 car son principal « collaborateur », plus discret et classique dans sa démarche, s’en sort beaucoup mieux et apparaît plus crédible.

Deux raisons principales expliquent ce soudain désamour de l’opinion publique à l’égard du chef de l’Etat. D’abord, le manque de résultats concrets de la rupture promise notamment en matière économique et sociale. Les « fondamentaux » de notre économie sont passés au rouge notamment pour ce qui est du commerce extérieur, une contre-performance d’autant plus visible et cruelle que notre partenaire allemand réussit dans ce domaine de façon spectaculaire. La principale conséquence de ce marasme économique est sociale. Le chef de l’Etat l’a reconnu clairement lors de sa conférence de presse du 8 janvier à l’Elysée : « il n’y a plus d’argent dans les caisses » pour donner davantage de pouvoir d’achat aux Français.

Les caisses vides… et le pouvoir d’achat ?

Cet aveu - nouvelle version du fameux « la France en faillite » de François Fillon - a sonné le glas des espérances de ceux qui avaient cru, en bons consommateurs politiques, que voter pour Nicolas Sarkozy au printemps allait leur apporter comme promis à l’automne une augmentation réelle et immédiate de leur pouvoir d’achat.

Ceux-là, cadres, professions libérales, artisans et commerçants, ont compris que l’année 2008 ne serait pas celle des profits mais d’une cure de rigueur inévitable. Ils font payer à Nicolas Sarkozy son absence de réussite immédiate.

Le phénomène n’est pas nouveau. Il y a vingt-cinq ans, au moment de la grande alternance droite-gauche, François Mitterrand qui avait été contraint, après la fin de « l’état de grâce » traditionnel, de s’effacer dans un sondage en septembre 1981 devant… son Premier ministre, Pierre Mauroy !

Le second enseignement de ce sondage IFOP-JDD est plus délicat à accepter pour le chef de l’Etat car il concerne plus particulièrement son image auprès de l’opinion publique. Ses démêlés sentimentaux, l’étalage de sa réussite matérielle – l’augmentation de son salaire de 172% - son parti pris de transparence, louable en soi, accentue en réalité dans les circonstances actuelles, un décalage avec une bonne partie de ses soutiens. Les électeurs les plus démunis qui lui avaient fait confiance pour une augmentation de leur niveau de vie sont d’autant plus offusqués qu’il fait étalage de ses revenus et ses voyages.

Le décrochage de l’électorat traditionaliste

La partie la plus droitière de son électorat, elle, est indisposée par l’étalage de sa vie privée. Ces « traditionalistes » n’apprécient pas de voir défiler à l’Elysée les « conquêtes » du chef de l’Etat et ils estiment que son image en sort dégradée en particulier vis-à-vis de l’étranger. D’autres, parmi eux, peuvent être troublés par les incursions que le président de la République se permet en matière de philosophie avec ses concepts de « la laïcité positive » et « politique de civilisation ». Cette dernière notion, considérée comme la pierre angulaire du quinquennat, est sortie du chapeau un soir de 31 décembre, sans aucune préparation ni explication.

Nous sommes proches désormais d’un discrédit du chef de l’Etat de la part de l’opinion qui ne le considèrerait pas comme à la hauteur de sa tâche.

Pour se sortir de ce mauvais pas et redorer son blason, Nicolas Sarkozy dispose d’un joker, le rapport Attali qui va lui être remis officiellement le 23 janvier à l’Elysée mais dont les médias ont dévoilé les quelque « 314 décisions » qu’il contient. Il peut jouer deux cartes maîtresses avec ce rapport Attali.

La première, traditionnelle, consisterait comme il l’a déjà fait avec la commission Balladur, à passer au rabot ces propositions d’inspiration libérales pour n’en réaliser que quelques-unes au compte-gouttes. La commission Balladur devait initialement modifier les équilibres fondamentaux de la Ve République mais elle a accouché finalement d’une souris avec la possibilité offerte au chef de l’Etat de s’adresser directement au Parlement compensée par un droit d'initiative des assemblées sur leur ordre du jour.

Ce serait alors le retour à la gestion prudente de ces prédécesseurs immédiats François Mitterrand et Jacques Chirac du « ni, ni » . L’exemple le plus réussi jusqu’à présent étant l’accord patronat-syndicats (à l’exception de la CGT) sur la flexi-sécurité qui doit être transcrit dans les quinze jours par le gouvernement.

Le choix d’un « tournant libéral » …

La seconde porte de sortie pour Nicolas Sarkozy est située par le haut. Il s’agit pour lui de prendre à son compte certaines des 314 « décisions pour la libération de la croissance» et de les appliquer intégralement. Ce serait alors le véritable « tournant libéral » que beaucoup attendent depuis son arrivée à l’Elysée.

La commission Attali a avancé une vingtaine de propositions décoiffantes allant aussi bien en matière d’éducation à l’évaluation prônée chez les enseignements du secondaire, le développement du privé conventionné dans les quartiers, le conditionnement des prestations familiales en fonction des revenus, la fin des niches fiscales etc.…sans oublier la suppression des départements en dix ans au profit des régions et des agglomérations !

Dans cette hypothèse-là, le chef de l’Etat irait aussi vers l’affrontement avec la plupart des syndicats et des professions ou élus considérés jusqu’à présent comme privilégiés soit parce qu’ils bénéficient d’un numerus clausus soit de rentes de situations particulièrement attractives.

… Avant ou après les municipales ?

Indubitablement, le chef de l’Etat doit quitter plus ou moins sa communication centrée sur sa sphère privée pour se concentrer à nouveau sur le terrain politique. Vu les résultats économiques actuels, il ne peut guère convaincre les grands patrons syndicalistes et autres associatifs s’il continue d’affirmer comme il l’a fait lors de ses vœux aux forces vives de la Nation que « tout est aujourd’hui en place pour permettre le retour à l’équilibre de nos finances publiques ».

Le chef de l’Etat se doit relancer la « machine » du changement et de la rupture : la commission Attali, lui en fournit l’occasion. C’est le choix du « tournant libéral » que certains lui conseillent avec tous les risques que cela comporte à quelques semaines seulement des élections municipales et cantonales qui, quoi qu’il arrive, semblent déjà compromises pour la majorité en place.

En 1983, deux ans après la retraite à soixante ans, François Mitterrand avait pris le tournant de la rigueur… sans le dire et il s’y est maintenu. Et si Nicolas Sarkozy prenait lui, le « tournant libéral » qu’il a proposé pendant sa campagne, celui de la rupture… en le disant. Avant ou plus logiquement après la sanction prévisible des municipales. A suivre.



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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 
 

 

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