La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 14 janvier 2008


L’«ouverture» de Nicolas Sarkozy,
le «vote sanction» souhaité par le PS,
la valse-hésitation du Modem :

la confusion et la cacophonie
s’installent dans la vie politique


Que ce soit au niveau du pouvoir « élyséen » et de la majorité UMP, dans l’opposition socialiste où au sein même du Modem centriste de François Bayrou, une certaine confusion voire une réelle cacophonie s’installe peu à peu dans notre vie politique. Les exemples dont certains viennent d’en haut sont nombreux.
Le dernier en date concerne les bisbilles entre la ministre du Logement et de la Ville, Christine Boutin et la secrétaire d’Etat à la Ville, Fadela Amara. Alors que cette dernière doit annoncer le 22 janvier son « Plan Banlieue » rebaptisé « Egalité des chances », préparé depuis plusieurs mois et dont l’annonce a été plusieurs fois retardée, Christine Boutin son ministre de tutelle « torpille » cette initiative comparée à un futur « Plan Marshall » des banlieues dans un entretien au journal « La Croix » en indiquant qu’il faut une réponse « beaucoup plus globale ». Elle affirme ne pas croire à un « Plan Banlieue » susceptible, selon elle, « d’opposer les quartiers les uns aux autres ».
Après recadrage, la ministre Boutin fait amende honorable par une dépêche AFP dans laquelle elle précise que la politique de la Ville ne se résume pas à la politique des banlieues et précise que « cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas un plan banlieue ».

Un « Plan Banlieue » de civilisation ou une fausse promesse ?


Au final, faut-il un « Plan Banlieue » dont Nicolas Sarkozy n’était pas partisan au départ mais qu’il a accepté pensant même l’inaugurer à Vaux-en-Velin dans le Rhône avec Fadela Amara, une proposition qui n’a pas été maintenue, semble-t-il puisque la secrétaire d’Etat devrait se rendre seule dans cette localité où commencèrent les premières émeutes de banlieues, il y a bien plusieurs dizaines d’années.
Ce « Plan Banlieue » doit-il être considéré comme la « première pierre » doublement symbolique de la « politique de civilisation » dont parlait le chef de l’Etat et de la réussite de l’ouverture puisque Fadela Amara est une ancienne conseillère municipale socialistes de Clermont-Ferrand ou ira-t-il rejoindre la fosse commune des fausses promesses non tenues du fait du manque de crédits nécessaires (on avait parlé de plusieurs dizaines de millions d’euros) ?
Des imprécisions, confusions tournant parfois à la cacophonie se multiplient dans les allées du pouvoir. Et l’exemple est donné d’en haut. Le secrétaire national du PS, Stéphane Le Foll ne s’est pas privé, le 14 janvier d’en décrire quelques uns et non des moindres. Les « 35 heures » réputés terminées en 2008 par le chef de l’Etat lors de sa conférence de presse mais que ses conseillers ressuscitent le soir-même en précisant qu’il ne sera pas touché à la « durée légale » des 35 heures. Idem pour l’augmentation du pouvoir d’achat promise pendant la campagne e t que Nicolas Sarkozy ne peut décréter aujourd’hui quand « les caisses sont vides » et parce qu’il n’a pas le pouvoir de dicter la loi aux entreprises.

Dans cette série de confusions, cacophonie ou retours en arrière relevés par le dirigeant socialiste au cours du point de presse hebdomadaire du 14 janvier il faut classer aussi la conférence de presse donnée le même jour par Michèle Alliot-Marie sur le renforcement du lien entre la population et la police devant l’Institut national des hautes études de la sécurité (Inhes) qui se résume à un recours à la fameuse « police de proximité » … que Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur avait supprimé, il y a six ans lorsqu’il était ministre de l’Intérieur….

Sarkozy en première ligne des municipales ou pas ?


Le dernier exemple en date porte sur les enjeux réels des élections municipales dont Nicolas Sarkozy a lancé la campagne en compagnie de l’ancien premier ministre travailliste …Tony Blair le 12 janvier.. Le président de la République a fait comprendre qu’il comptait mener personnellement cette bataille des municipales. Françoise de Panafieu, tête de liste à Paris contre le maire socialiste sortant Bertrand Delanoë n’envisage pas, de son côté, que « Nicolas Sarkozy ne s’implique pas du tout dans une élection locale avec de tels enjeux ».
Si les élections municipales et cantonales présentent un caractère « national » Nicolas Sarkozy compte bien mouiller sa chemise comme il l’a fait en participant au conseil national de l’UMP, le 12 janvier à Paris.
D’où la démarche qu’effectuera le 17 janvier François Hollande au nom de socialistes auprès du CSA pour lui demander de comptabiliser le temps de parole du chef de l’Etat dans celui de l’UMP durant la campagne des municipales ! Et s’il n’y avait que le président de la République à s’exprimer ! Car depuis son entrée à l’Elysée, le chef de l’Etat délègue sur les antennes de télévision et de radio à intervalles réguliers, ses principaux collaborateurs qui rectifient ou recadrent ses propres déclarations. Ce fut le cas pour les 35 heures, le jour même de la conférence de presse de l’Elysée. Cela s’est prduit à nouveau avec Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée venu préciser sur Canal + le 13 janvier qui Nicolas Sarkozy restera dans son rôle de président de la République et qu’ »il ne va aller faire campagne pour tel, ou tel maire ». Qu’on le sache bien !
Le premier ministre avait donné une dimension nationale aux élections municipales en déclarant devant le conseil national de l’UMP que « ce qui se fait pour la France n’est pas indissociable de ce qui peut se faire dans nos communes ». Il a, le lendemain, « dépolitisé » les municipales en précisant au « Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro » qu’elles ne constituaient pas « une élection pour ou contre Nicolas Sarkozy ». Les électeurs sont-ils plus renseigné » sur le caractère politique ou non de ces élections que Patrick Devedjian, secrétaire général de l’UMP veut résolument « politiser » en soulignant que le scrutin de mars aura « un résonance politique considérable » alors que l’ancien premier ministre, Jean-Pierre Raffarin veut ouvertement leur conserver un caractère « local ».
Tout se passe comme si les stratèges élyséens avaient pris connaissance du sondage LH2 pour « Libération » indiquant que 72% des personnes interrogées les 11 et 12 janvier n’attendent pas de Nicolas Sarkozy qu’il s’investisse dans la campagne et que 37% d’entre eux seraient plus enclins à sanctionner Nicolas Sarkozy et son gouvernement qu’à la soutenir (33% seulement).
Bref, sur tous les sujets ou presque, les annonces péremptoires sont sans cesse revues et corrigées par les uns ou par les autres ce qui donne l’impression d’une réelle cacophonie au sommet de l’Etat.

Le PS premier parti de France aux municipales ou pas ?


Mais que l’on se rassure les « donneurs de leçons » ne sont a pas les derniers servis car chez les socialistes aussi la plus grande cacophonie existe. Notamment sur l’épineuse question de l’Europe qui continue de diviser sans parler de l’ouverture à gauche illustré à nouveau par la venue de Tony Blair devant le conseil national de l’UMP qui va se poursuivre aux municipales, la préparation du futur congrès et le combat fratricide amorcé entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë.
La consigne lucide de François Hollande – se consacrer uniquement aux municipales et cantonales jusqu’aux 9 et 16 mars pour que le PS s’impose comme le « premier parti de France » - ne sont pas suivies d’effet.
Car l’Europe qui a fait imploser la discipline de vote au sein du PS en 2005 avec le refus de Laurent Fabius de voter « oui » à la Constitution européenne, position majoritaire à l’issue d’un référendum interne, rend toutes les consignes inutiles comme le laissait entendre en privé, le 14 janvier, Stéphane Le Foll, le proche collaborateur de François Hollande.
Il y a une semaine, le président du groupe socialiste, Jean-Marc Ayrault avait annoncé que les parlementaires boycotteraient le congrès de Versailles afin de montrer leur opposition à la procédure parlementaire choisie par Nicolas Sarkozy et parce qu’ils sont favorables à un référendum. Mais, certains députés et sénateurs socialistes « nonistes » comme Laurent Fabius et Jean-Luc Mélenchon ont décidé d’aller à Versailles pour tenter de faire capoter la modification constitutionnelle qui doit être acquise par une majorité des trois cinquième des parlementaires. Ce rejet serait la dernière chance pour les « nonistes » de faire échouer l’adoption du traité de Lisbonne approuvé par la …majorité du bureau national du PS, le 6 novembre dernier ! Du coup, les partisans « ouistes » comme Jack Lang ont annoncé qu’ils se rendraient eux aussi à Versailles.
Une réunion doit se tenir le 15 janvier pour trouver une position commune ce qui paraît bien difficile à obtenir par l’actuelle direction du PS qui s’efforce de maintenir l’unité du parti jusqu’aux municipales.
Car les grandes manœuvres pour la prise de contrôle du PS lors du prochain congrès et la mise en orbite d’une ou d’un candidat pour 2012 occupent déjà les socialistes. Ceux qui refusent de voir la machine à perdre – les deux « trains » Royal et Delanoë lancés l’un contre l’autre - les amis de Laurent Fabius, de Dominique Strauss-kahn, de Martine Aubry et de Benoît Hamon et Arnaud Montebourg se sont réunis le 13 janvier au Sénat à cet effet. Ils entendent « geler » la situation jusqu’en 2010 soit dans l’espoir de voir revenir DSK, soit en espérant que Laurent Fabius pourra prendre la tête d’une nouvelle « Gauche », bien à gauche. Mais les partisans de François Hollande n’entendent pas faire du surplace. Ils veulent « un choix clair » sur la politique à mener, l’organisation du parti et un calendrier pour la désignation du ou de la candidate en 2012 dès le prochain congrès..
Bref, entre deux « présidentiables» du PS, Ségolène Royal semble prête à ses responsabilités et Bertrand Delanoë à devenir candidat potentiel s’il est réélu à Paris. IL y a aussi la multitude de « jeunes lions », des prétendants quinquas et aussi François Hollande qui joue plus que jamais la carte du « rassembleur » - il a reçu le 13 janvier François Chérèque le leader de la CFDT -. Les conflits d’intérêts et les changements de pied nombreux sont prévisibles. Ce qui ne clarifie pas la situation.

La base Modem suivra-t-elle Bayrou ou pas ?

Il en est de même enfin pour François Bayrou et son Modem. La direction du PS parle à son sujet d’ « incohérence » dans la mesure où le président du Modem donne son accord à des alliances avec Alain Juppé et Xavier Darcos à Bordeaux et Périgueux mais aussi à Dijon avec le « numéro deux » du PS, François Rebsamen. Ce « oui, oui » finit par lui poser problème comme à Angers où la base du Modem a rejoint le maire socialiste sortant après avoir été incitée à conclure un accord avec le candidat de droite. Même imbroglio à Lyon où le président du groupe centriste au Sénat, Michel Mercier, président du conseil général du Rhône est prêt à soutenir l’ancien ministre UMP Dominique Perben alors que l’un de ses proches mènera une liste du Modem « indépendante » localement.
Ces alliances à la carte – Marielle de Sarnez candidate à Paris du Modem n’exclut pas un accord avec le socialiste Bertrand Delanoë pose problème à la direction du PS qui, officiellement recommande de privilégier les alliances à gauche sur celles avec le centre. « Ce sera au Modem de se rallier à nous. Car Bayrou ne peut pas être contre Sarko tout en étant avec l’UMP. Il devra choisir » insiste par exemple, le secrétaire national Stéphane Le Foll, proche de François Hollande. De fait, les municipales et leur préparation donneront une indication sur la crédibilité de la politique d’indépendance suivie par François Bayrou et sa faisabilité.

De quelque côté que l’on se tourne, la vie politique n’est pas limpide, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais gageons qu’après les municipales et l’adoption du traité de Lisbonne, le paysage s’éclaircira et que les stratégies pour 2012 apparaîtront un peu plus clairement qu’aujourd’hui.

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 
 

 

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