|
Depuis son élection triomphale du 6 mai 2007 avec 53% des voix et un taux record de participation de 85% - du jamais vu pour une élection présidentielle –, Nicolas Sarkozy a incontestablement rompu avec les pratiques en usage sous la Vème République notamment avec les deux derniers présidents François Mitterrand et Jacques Chirac. Avec lui, la fonction présidentielle est entrée dans le « star system ». Là où ses prédécesseurs jouaient sur le temps – « il faut donner du temps au temps » clamait Mitterrand – et privilégiaient le secret au Château (l’Elysée) pour tenter de sauvegarder en toute circonstance, la « paix civile » - , Nicolas Sarkozy met en avant la transparence et le contact direct au risque d’agacer voire de lasser ses interlocuteurs français ou étrangers et de rabaisser la fonction présidentielle.
C’est ainsi que le journal britannique « The Sun » titrait à la fin de l’année sur « Kozy et sa copine sur les rives du Nil » en présentant les photos qui ont fait le tour du monde montrant le chef de l’Etat avec ses lunettes Ray Ban en compagnie de Carla Bruni à Louxor en Haute Egypte.
Grâce au conseiller politique Jacques Séguela qui a voté pour Ségolène Royal au premier tour avant de se reporter sur Nicolas Sarkozy – « car je savais qu’elle n’était pas faire pour le job » a-t-il confié sur « Europe 1 » - on sait tout sur la manière dont il a rencontré, fin novembre, la chanteuse, ex top model, considérée comme par ce publicitaire comme « l’une des plus belles femmes de France ». Plus encore puisque l’on apprend… qu’il ne s’est rien passé le soir de leur rencontre !
Le people « Kozy et sa copine »… sur les rives du Nil
Que ce soit pour les grandes décisions de sa vie privée ou publique, Nicolas Sarkozy décide de tout par lui-même. C’est lui qui fera annoncer par son avocate son divorce le 15 octobre avec Cécilia. C’est encore lui qui autorisera les photos avec sa nouvelle compagne Carla Bruni, trois mois plus tard, à Disneyland. Mais, il faut aussi savoir que la police égyptienne a effacé la carte mémoire d’un photographe qui avait réussi à prendre des clichés de la villa de rêve du groupe Accor occupée par le président de la République et sa compagne à Charm el Cheik et que, selon les indications du journaliste de l’« Express », Renaud Revel, le chef de l’Etat a fait réaliser une série d’études et de sondages sur l’image de sa compagne et les retombées dans l’opinion de sa liaison. Faut-il en conclure que si les résultats sont bons, Nicolas Sarkozy offrira aux Français en 2008 un mariage avec celle que certains médias s’autorisent à présenter comme sa « fiancée » ?
Nicolas Sarkozy ne préside pas la France, il la dirige comme un Pd-g. C’est pourquoi après sept mois de travail intensif et de présence quasi quotidienne dans les médias, il a pris quelques jours de bon temps en Egypte grâce à l’avion privé de l’homme d’affaires et magnat de la presse, Vincent Bolloré dont il avait emprunté le yacht pour se rendre à Malte tout de suite après son élection (alors qu’il avait annoncé urbi et orbi pendant la campagne présidentielle qu’il effectuerait une retraite avant de prendre ses fonctions, s’il était élu).
Une diplomatie rénovée ou écornée ?
Tout cela ne serait pas trop grave si, comme le prétend François Bayrou, son principal contempteur, l’attitude singulièrement « people » adoptée par Nicolas Sarkozy et son souci de fréquenter les dominants dans le monde des affaires et les médias n’aboutissaient à rabaisser la fonction présidentielle y compris dans le domaine de la diplomatie. Certes, les rapports avec les principaux chefs de gouvernement européens sont parfois affectés – c’est le cas avec la chancelière allemande Angela Merkel qui supporte mal les marques ostentatoires de sympathie « people » qu’il lui délivre à chacune de leurs rencontres - mais ce qui semblerait plus inquiétant est le souci du nouveau chef de l’Etat de s’accommoder avec tout le monde surtout quand cela peut rapporter des contrats et de l’argent. C’est l’attitude qu’il a adoptée lors de son voyage en Chine populaire où il a laissé l’impression que l’empire du Milieu pouvait faire ce qu’il voulait à Taïwan et au Tibet … à condition de passer des contrats avec les industriels français.
Cette « realpolitik » éloignée de la tradition gaullienne et chiraquienne du non alignement se vérifie aussi vis à vis des alliés américains au moment où le retour de la France dans l’OTAN apparaît comme pratiquement acquis. « Au lieu d’une France en résistance vis à vis des Etats-Unis (comme ce fut les cas au moment de la guerre en Irak), on a une France en complaisance » affirme François Bayrou qui a relevé avec juste raison que le président russe Vladimir Poutine peut lui aussi se prévaloir d’un satisfecit personnel de Nicolas Sarkozy après les dernières élections législatives qui se sont déroulées en Russie… ce qu’aucun autre chef d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne n’a osé faire !
Les controverses qui ont entouré la visite du « Guide » Kadhafi en raison du faste réservé au dictateur libyen en cette fin d’année prouvent que, comme le disait à l’époque Georges Pompidou, « trop c’est trop » !
Ce changement en partie contestable en politique étrangère et dans le comportement personnel du chef de l’Etat a-t-il été efficace en politique intérieure et pour l’économie et le social ?
Là encore, il faut distinguer le spectaculaire et l’essentiel. Du côté clinquant, on retiendra la soit disant politique d’ouverture qui a finalement touché quelques individualités de gauche ou de représentant de la diversité comme Rachida Dati et Rama Yade. La première en « bon petit soldat » a mis en œuvre à la justice, sans état d’âme, les réformes voulues par le chef de l’Etat sur les peines planchers et la suppression de plusieurs centaines de tribunaux de grande instance, d’instance, conseils de prud’hommes et autres tribunaux de commerce.
La seconde s’est rendue célèbre en ruant dans les brancards lors de la venue de Kadhafi en France le 10 décembre avec sa formule désormais célèbre du « paillasson ». Jamais un ministre ou secrétaire d’Etat n’avait fait entendre aussi fort se différence.
De même le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner, nouveau compagnon de Nicolas Sarkozy pour ses vacances égyptiennes, a bien protesté - tout comme le haut commissaire aux solidarités actives et Martin Hirsch et Fadela Amara secrétaire d’Etat à la politique de la ville - contre l’amendement Mariani imposant des tests ADN pour les immigrés réclamant le regroupement familial qui n’avait aucunement « choqué » Nicolas Sarkozy, ni son ministre de l’immigration, mais cela n’a rien changé ou presque.
Là encore, on peut se demander si la diversité et l’ouverture au sein du gouvernement ne ressort pas d’un simple affichage dans la mesure où les principales mesures en matière économique et sociale ressortent clairement d’une politique libérale assumée.
Les débauchages à gauche – d’autres suivront peut-être avec Jack Lang - et le revirement des anciens députés « bayrouistes » ont déstabilisé et décontenancé momentanément en interne le parti socialiste et le Modem. Il est encore trop tôt pour dire si cette politique d’ouverture, revendiquée pour les municipales, est susceptible de modifier profondément la politique suivie ce qui apparaît à priori hautement improbable au regard de ce qui s’est passé depuis l’élection de Nicolas Sarkozy.
Une gestion entre détermination et dialogue
Car que ce soit en matière économique et sociale – manque de préparation ou de concertation - les projets ne sont pas parvenus d’entrée de jeu à bousculer le système et faire réellement sauter les blocages. Le chef de l’Etat a tenté d’allier pendant les sept premiers mois de sa présidence, la détermination – François Fillon s’est imposé comme le principal docteur des lois du changement – et le respect du dialogue social. Mais là encore, le spectaculaire l’a emporté sur le fond. Comme le relève les journal Les Echos du 28 décembre, « les réformes ont été moins radicales que ne l’auraient souhaité les libéraux (sur les universités, la réforme de l’Etat et même la sécurité) ou payées u prix fort (les régimes spéciaux de retraite) ». Il y a moins eu rupture sur la forme que sur le fond.
Deux inconvénients sont venus contre-carrer la politique de rupture voulue par Nicolas Sarkozy.
Le premier relève de la situation économique mondiale et de la crise financière dite des « subprimes » dont on reparlera certainement en 2008 dans la mesure où elle risque de plomber sérieusement les marges de croissance prévues dans notre pays comme dans tous les autres. Le système du capitalisme financier qui a pris le pas sur le capitalisme industriel gangrène le système libéral. La dictature du rendement à court terme met en péril notre système économique qui est désormais sujet tous les sept à huit ans à une crise financière, la dernière remontant à l’an 2000 avec la "bulle informatique".
Tant que les fonds de pension internationaux chercheront à réaliser des profits à « deux chiffres » sans rapport avec l’augmentation des richesses et de la production, l’«économie-casino» du XXI ème siècle - illustrée paradoxalement par la Chine communiste - court à sa perte et risque d’attenter à travers les délocalisations et la recherche du moins disant social, les bases mêmes de notre société.
Le second facteur de risque tient au manque de méthode et de maîtrise dans la décision politique du nouveau pouvoir. Nos compatriotes croient que les décisions annoncées sont immédiatement applicables. Cette confusion est aggravée par la multitude de recours à « Grenelle » ou commissions d’études comme la « commission Attali » et à l’ouverture de nombreux « chantiers » notamment sociaux. Personne n’y comprend plus rien avec le risque inhérent à tous ceux qui veulent aller vite, de faire mal.
La première grande mesure du TEPA sur le travail l’emploi et le pouvoir d’achat votée dans la session extraordinaire de juillet 2007 a du être prolongée en fin d’année par de nouvelles mesures sur le pouvoir d’achat avant celles promises à nouveau… début 2008. Pourtant nos compatriotes restent sur leur faim en matière de pouvoir d’achat et les classes moyennes peinent de plus en plus à sortir la tête de l’eau.
Des tensions sociales prévisibles
Le souci d’aller vite et de respecter les engagements, louable chez le premier ministre François Fillon, pose problème lorsque cela conduit à court-circuiter les négociations patronat syndicats comme cela semble être le cas avec les lettres de cadrage envoyées par le chef du gouvernement aux partenaires sociaux sur le temps de travail ou les décrets d’application pour la retraite des régimes spéciaux déjà prêts alors que les négociations n’ont pas encore été finalisées dans de nombreux services publics.
De nouvelles difficultés dans une France économique en crise sinon en faillite; une situation politique qui risque de se retourner à l’occasion des élections municipales et cantonales traditionnellement peu favorables à la majorité en place, des mouvements sociaux inévitables en cas de mise en oeuvre systématique de réformes libérales : tout cela permet de penser que le début de l’année 2008 sera délicat pour le pouvoir en place. Et que le capital de confiance acquis par le chef de l’Etat risque de s’effriter rapidement. A moins que les élections locales de mars passées, Nicolas Sarkozy n’accélère encore le rythme du changement. Mais est-ce possible encore à ce chef d’Etat qui joue déjà à fond la carte du changement tous azimuts ?

Le directeur de la Lettre Horizons
politiques
|