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L'image de ce début de quinquennat
pour Nicolas Sarkozy restera sans nul celle d'un
jogging quasi permanent effectué en commun
au Bois de Boulogne ou en Corse lors d'un premier
déplacement avec son premier ministre, François
Fillon. Ces deux là forment une équipe
apparemment solide qui est appréciée
par les deux tiers des Français : "
Un état de grâce historique "
titrait le " Journal du Dimanche " du
27 mai.
Si Nicolas Sarkozy a l'habitude partout de faire
la course en tête, François Fillon
lui présente davantage l'aspect d'un coureur
de fond. Mais incontestablement, il ne faut pas
se fier à l'allure de " premier communiant
" du nouveau premier ministre comme le confiait
" un ami de trente ans " du nouveau président
de la République qui participe à l'équipe
gouvernementale de François Fillon.
De fait, le chef du gouvernement a une longue expérience
de la vie politique - tout comme Nicolas Sarkozy
- et il sait accélérer le rythme quand
il le faut. Exemple significatif. François
Fillon, attaché parlementaire du député
maire RPR de Sablé-sur-Sarthe, Joël
Le Theule, lorsque son " patron " meurt
en décembre 1980, François Fillon
s'empresse en quelques mois de récupérer
tous ses mandats. Le 11 janvier 1981, il est élu
conseiller municipal de Sablé -sur -Sarthe,
le 16 janvier il devient adjoint au maire, le 25
janvier conseiller général et, le
14 juin, il se retrouve à 27 ans, député
et benjamin de l'Assemblée nationale
Il
sera cinq ans plus tard, le plus jeune président
de commission (celle de la Défense nationale)
de la V ème République.
Un séguiniste
rénovateur
Ce " séguiniste "
participera en 1989 à l'expérience
avortée des " Rénovateurs "
avec François Bayrou et Philippe Séguin
avant de participer en 1993 au gouvernement d'Edouard
Balladur. Avec le même Philippe Séguin,
Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy, il participera
à la direction du RPR avant de recueillir
25% en 1999 dans une " primaire " gagnée
par Michèle Alliot-Marie contre le candidat
de l'Elysée, Jean-Paul Delevoye.
Enfin, il effectuera une véritable croisade
pour la fusion du RPR, du parti libéral et
de l'UDF avec Philippe Douste-Blazy pour créer
en 2001, l'Union en Mouvement (UEM) expérience
approuvée par Alain Juppé qui devait
se transformer un an plus tard en UMP à la
demande de Jacques Chirac.
C'est assez dire que François Fillon a participé
à de nombreux gouvernements au cours de ces
quinze dernières années avant d'être
exclu de celui de Dominique de Villepin en 2005,
ce qui l'a conduit - par aversion vis à vis
de Jacques Chirac - à choisir définitivement
le camp de Nicolas Sarkozy. "Comment aurais-je
pu choisir de soutenir Chirac qui ne m'avait jamais
fait confiance et à qui je n'avais jamais
fait confiance ? " affirmait-il lorsqu'il apporta
son soutien à Edouard Balladur, le "
mauvais cheval ", lors de l'élection
présidentielle de 1995. Dix ans plus tard
en rejoignant Nicolas Sarkozy, François Fillon
a effectué cette fois-ci, " le bon choix
".
Les "
devises " de François Fillon
Pour mieux connaître ce quinquagénaire
aux allures de jeune premier très british
- sa femme Pénélope, discrète
et simple est d'origine galloise - il faut lire
attentivement l'ouvrage qu'il a sorti en octobre
2006, intitulé " la France peut supporter
la vérité "
(1). Il décrit avec clairvoyance
et fermeté sa trajectoire politique, ses
réflexions et ses projets. Mais aussi ses
regrets et échecs dans les ministères
qu'il a occupé comme l'enseignement supérieur
et la recherche, l'industrie, les affaires sociales.
Ce qui lui permet de comprendre et d'anticiper les
mesures qui devront être prises en priorité
d'ici la fin de l'année après les
" Cent jours " du nouveau pouvoir.
Les mesures en rafale pour alléger les droits
de succession ou détaxer les heures supplémentaires
doivent être vues à l'aune de cette
devise de François Fillon : " il faut
parfois savoir dépenser un peu plus pour
faire accepter les réformes de structures
qui permettent d'importants gains de productivité
".
Cette recommandation tirée de son expérience
gouvernementale, le Premier ministre sera amenée
sans doute à l'appliquer concrètement
au secteur social. François Fillon veut en
priorité débarrasser la France d'"un
excès de réglementation qui tue l'emploi
et de relations sociales indignes d'une grande démocratie
moderne ". Il a également " le
souci d'encourager la représentation du personnel
pour favoriser le dialogue social ".
Assurer
un meilleur " contrôle " des pouvoirs
Derrière particularité de François
Fillon : ce Premier ministre est partisan d'un régime
présidentiel avec renforcement des pouvoirs
du parlement. Il regrette que la Ve République
ait fait de ses élus des " godillots
qui ne jouent plus leur rôle ".
Il préconise en particulier que l'ordre du
jour de l'Assemblée nationale et du Sénat
soit négocié et non plus imposé
par le gouvernement avec en contrepartie la fixation
pur chaque texte d'une durée maximale de
débats. Il recommande enfin la suppression
des deux tiers des quelques 500 Observatoires existants
pour " doter le parlement d'un solide outil
de contrôle et d'analyse économique
et financière ". Ce parlement qui a
besoin d'un " pôle d'expertise sur la
définition des politiques publiques et sur
la protection des droits des citoyens et des libertés
publiques ".
Voilà bien des pistes de réflexion,
des expériences non abouties, des réformes
souhaitables afin de mieux contrôler le pouvoir
présidentiel qui est en train de se mettre
en place et la " machine " gouvernementale
qui Va embrayer pour mettre en application toutes
les promesses faites par le nouveau président
de la République.
Si le tandem Sarkozy-Fillon tient la route cela
va " décoiffer " avec ce constat,
à notre avis essentiel du premier ministre:
" pour moderniser la France, il faut outre
le volontarisme politique et la communication avec
les Français, utiliser le secteur incontournable
du dialogue social " écrit-il.
Jacques Chirac et Dominique de Villepin l'ont oublié.
Il reste à Nicolas Sarkozy et François
Fillon à tenter de le réaliser. Ici,
comme toujours, nous jugerons sur pièces.

Le directeur de la Lettre Horizons
politiques
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