La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 29 mai 2007

Selon François Fillon,
"La France peut supporter la vérité"… et les réformes
Pour mieux comprendre la démarche et le plan d'action
du nouveau Premier ministre

L'image de ce début de quinquennat pour Nicolas Sarkozy restera sans nul celle d'un jogging quasi permanent effectué en commun au Bois de Boulogne ou en Corse lors d'un premier déplacement avec son premier ministre, François Fillon. Ces deux là forment une équipe apparemment solide qui est appréciée par les deux tiers des Français : " Un état de grâce historique " titrait le " Journal du Dimanche " du 27 mai.
Si Nicolas Sarkozy a l'habitude partout de faire la course en tête, François Fillon lui présente davantage l'aspect d'un coureur de fond. Mais incontestablement, il ne faut pas se fier à l'allure de " premier communiant " du nouveau premier ministre comme le confiait " un ami de trente ans " du nouveau président de la République qui participe à l'équipe gouvernementale de François Fillon.
De fait, le chef du gouvernement a une longue expérience de la vie politique - tout comme Nicolas Sarkozy - et il sait accélérer le rythme quand il le faut. Exemple significatif. François Fillon, attaché parlementaire du député maire RPR de Sablé-sur-Sarthe, Joël Le Theule, lorsque son " patron " meurt en décembre 1980, François Fillon s'empresse en quelques mois de récupérer tous ses mandats. Le 11 janvier 1981, il est élu conseiller municipal de Sablé -sur -Sarthe, le 16 janvier il devient adjoint au maire, le 25 janvier conseiller général et, le 14 juin, il se retrouve à 27 ans, député et benjamin de l'Assemblée nationale…Il sera cinq ans plus tard, le plus jeune président de commission (celle de la Défense nationale) de la V ème République.

 

Un séguiniste rénovateur

Ce " séguiniste " participera en 1989 à l'expérience avortée des " Rénovateurs " avec François Bayrou et Philippe Séguin avant de participer en 1993 au gouvernement d'Edouard Balladur. Avec le même Philippe Séguin, Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy, il participera à la direction du RPR avant de recueillir 25% en 1999 dans une " primaire " gagnée par Michèle Alliot-Marie contre le candidat de l'Elysée, Jean-Paul Delevoye.
Enfin, il effectuera une véritable croisade pour la fusion du RPR, du parti libéral et de l'UDF avec Philippe Douste-Blazy pour créer en 2001, l'Union en Mouvement (UEM) expérience approuvée par Alain Juppé qui devait se transformer un an plus tard en UMP à la demande de Jacques Chirac.
C'est assez dire que François Fillon a participé à de nombreux gouvernements au cours de ces quinze dernières années avant d'être exclu de celui de Dominique de Villepin en 2005, ce qui l'a conduit - par aversion vis à vis de Jacques Chirac - à choisir définitivement le camp de Nicolas Sarkozy. "Comment aurais-je pu choisir de soutenir Chirac qui ne m'avait jamais fait confiance et à qui je n'avais jamais fait confiance ? " affirmait-il lorsqu'il apporta son soutien à Edouard Balladur, le " mauvais cheval ", lors de l'élection présidentielle de 1995. Dix ans plus tard en rejoignant Nicolas Sarkozy, François Fillon a effectué cette fois-ci, " le bon choix ".

Les " devises " de François Fillon

Pour mieux connaître ce quinquagénaire aux allures de jeune premier très british - sa femme Pénélope, discrète et simple est d'origine galloise - il faut lire attentivement l'ouvrage qu'il a sorti en octobre 2006, intitulé " la France peut supporter la vérité " (1). Il décrit avec clairvoyance et fermeté sa trajectoire politique, ses réflexions et ses projets. Mais aussi ses regrets et échecs dans les ministères qu'il a occupé comme l'enseignement supérieur et la recherche, l'industrie, les affaires sociales. Ce qui lui permet de comprendre et d'anticiper les mesures qui devront être prises en priorité d'ici la fin de l'année après les " Cent jours " du nouveau pouvoir.
Les mesures en rafale pour alléger les droits de succession ou détaxer les heures supplémentaires doivent être vues à l'aune de cette devise de François Fillon : " il faut parfois savoir dépenser un peu plus pour faire accepter les réformes de structures qui permettent d'importants gains de productivité ".
Cette recommandation tirée de son expérience gouvernementale, le Premier ministre sera amenée sans doute à l'appliquer concrètement au secteur social. François Fillon veut en priorité débarrasser la France d'"un excès de réglementation qui tue l'emploi et de relations sociales indignes d'une grande démocratie moderne ". Il a également " le souci d'encourager la représentation du personnel pour favoriser le dialogue social ".

Assurer un meilleur " contrôle " des pouvoirs

Derrière particularité de François Fillon : ce Premier ministre est partisan d'un régime présidentiel avec renforcement des pouvoirs du parlement. Il regrette que la Ve République ait fait de ses élus des " godillots qui ne jouent plus leur rôle ".
Il préconise en particulier que l'ordre du jour de l'Assemblée nationale et du Sénat soit négocié et non plus imposé par le gouvernement avec en contrepartie la fixation pur chaque texte d'une durée maximale de débats. Il recommande enfin la suppression des deux tiers des quelques 500 Observatoires existants pour " doter le parlement d'un solide outil de contrôle et d'analyse économique et financière ". Ce parlement qui a besoin d'un " pôle d'expertise sur la définition des politiques publiques et sur la protection des droits des citoyens et des libertés publiques ".
Voilà bien des pistes de réflexion, des expériences non abouties, des réformes souhaitables afin de mieux contrôler le pouvoir présidentiel qui est en train de se mettre en place et la " machine " gouvernementale qui Va embrayer pour mettre en application toutes les promesses faites par le nouveau président de la République.
Si le tandem Sarkozy-Fillon tient la route cela va " décoiffer " avec ce constat, à notre avis essentiel du premier ministre: " pour moderniser la France, il faut outre le volontarisme politique et la communication avec les Français, utiliser le secteur incontournable du dialogue social " écrit-il.
Jacques Chirac et Dominique de Villepin l'ont oublié. Il reste à Nicolas Sarkozy et François Fillon à tenter de le réaliser. Ici, comme toujours, nous jugerons sur pièces.

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

(1) " La France peut supporter la vérité "
François Fillon,
éditions Albin Michel,
268 pages, 18 €

 

 
 

 

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