La lettre de la décentralisation





Le fait politique du 20 novembre 2006


Pour sortir la France de l'ornière et éviter une crise fatale en 2012 ?
Retour au service militaire obligatoire,
blocage des salaires des fonctionnaires pendant cinq ans,
gouvernement d'union nationale ?

" Si vous étiez au pouvoir, que feriez-vous ? "
une étude du Conseil d'analyse de la société
sur les priorités du prochain quinquennat

Ceux qui s'intéressent encore à la politique - et ils sont nombreux - et qui ne veulent pas choisir entre deux icônes médiatiques " Ségo " et " Sarko " à la présidentielle de 2007 mais entendent se prononcer sur des programmes et des projets d'avenir doivent absolument lire l'étude réalisée par le Conseil d'analyse de la société (CAS) présidé par l'ancien ministre de l'éducation nationale, issu de la société civile, le philosophe Luc Ferry autour du thème " si vous étiez au pouvoir que feriez-vous ? ". Il est probable d'ailleurs que les principaux protagonistes de droite comme de gauche puiseront largement dans ces analyses et les propositions faites pour enrichir leurs propres campagnes.
Parmi les personnalités auditionnées par le Conseil d'analyse politique, il n'y a que deux " politiques ", deux anciens premiers ministres, Alain Juppé et Michel Rocard. Ce dernier avoue - cela en étonnera plus d'un - qu'il préfère son rôle actuel d'" intellectuel " à celui de premier ministre : " Dieu me préserve de revenir aux affaires ", car dit-il, " c'est l'enfer " ! De son côté, évoquant le discrédit de l'homme ou la femme politique, Alain Juppé estime que la façon d'en sortir consiste " à se faire connaître tel qu'il est avec ses qualités et ses défauts mais aussi sa volonté profonde de service " ce qui, à ses yeux, est la seule façon durable de " séduire ". Là encore, les présidentiables devraient en tirer de la graine pour se mettre en priorité au service de l'Etat et des Français. Comment faire ?

Le mauvais traitement réservé aux jeunes

C'est ce à quoi des experts comme Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand et Michel Camdessus, ancien directeur du Trésor - et auteur d'un rapport remarqué en 2004 pour " une nouvelle croissance pour la France " -, Alain Minc ou l'ancien ministre du budget, Alain Lambert s'efforcent de répondre en fixant leurs trois " priorités " pour le prochain quinquennat après avoir dressé un bilan de la situation actuelle de notre pays.
Il faut le reconnaître, ce bilan est catastrophique. Michel Camdessus donne cet exemple frappant. Lorsque ses enfants sont nés, les Caisses d'Epargne leur ont offert un livret de 100 francs. Aujourd'hui ses petits enfants naissent avec " une dette de 17 000 € " ! Chaque ménage en moyenne supporte un endettent de 20 000 € auquel il faut ajouter une dette de l'Etat de 42 000 € par ménage. D'où la conclusion que la crise des finances publiques est " beaucoup plus dramatique que nous le croyons " et que si rien ne change, il faut s'attendre " a quelque chose de grave entre 2012 et 2015 ". Certains peuvent se dire qu'il est confortable de vivre à crédit en laissant la charge de la dette aux générations futures mais, Alain Lambert, ancien ministre de Jean-Pierre Raffarin, lance cet avertissement : " si vous renvoyez la facture aux générations futures mais êtes-vous sûrs qu'elles l'acceptent. Comme vous vivez en démocratie, il y a des droits que vous pensez acquis et que vous perdrez …". D'autant que le coût du vieillissement - 6% du PIB à l'horizon 2040 - sera impossible à supporter avec les dépenses de santé et de retraites. Prévisibles.

Remettre en marche le modèle français d'intégration

Ce mauvais traitement que nous réservons aux jeunes est un "véritable symbole de nos dysfonctionnements" qui atteint principalement les plus faibles, c'est-à-dire les immigrés dans nos banlieues. Jacques Attali décrit ainsi le syndrome du " 2,5% ". " Chaque fois qu'il y a un problème dans la société française, il est 2,5% plus grave pour les personnes issues de l'immigration. C'est vrai sur le chômage, sur l'accès aux grandes écoles, sur la santé " souligne-t-il.
Remettre en marche le modèle français d'intégration apparaît ainsi à Alain Juppé l'une des priorités majeures. " Le modèle français promet l'égalité et il offre la discrimination " reconnaît-il. Pour autant l'ancien premier ministre ne préconise pas le " communautarisme ". " Nous n'avons pas intérêt à basculer dans un autre système dont l'efficacité n'est pas prouvée ". Jacques Attali relève pour sa part qu'aux Etats-Unis " la marginalisation des minorités a créé des mafias. La criminalité a dû s'installer parmi les minorités qui n'ont rien pu faire d'autres que d'être en situation criminelle pour s'en sortir ". Si l'on veut éviter cet gangrène " nous n'avons qu'une seule chose à faire, selon Alain Juppé : remettre en marche le modèle républicain ".
Encore faut-il être modeste, renchérit Jacques Attali, pour qui " la France n'a pas une belle histoire dans sa façon d'accueillir les étrangers. Pour lui, l'immigration dans les années 30, italienne, polonaise, russe et juive s'est mal finie…dans la collaboration ". Serions-nous dans le même état d'esprit avec les immigrés d'origine maghrébine ? En tout état de cause, Alain Juppé se pose la question : "comment convaincre que l'Islam est une grande religion de France et qu'il va falloir vivre avec ! ".
Là encore le bilan politique n'est pas globalement positif. Le maire de Bordeaux s'interroge sur le fait que dans un pays de vieille tradition comme le nôtre " les extrêmes représentent 30% des électeurs " de droite comme de gauche. Selon lui, cette radicalisation peut s'expliquer par le fait que " la gauche n'a pas encore réalisé son aggiornamento à la différence de nombreux partis socialistes européennes mais aussi que la droite est en proie à une lettre fratricide "…

Tous sociaux-démocrates sur le fond ?

Dès lors, devant l'ampleur de la tâche ne vaudrait il pas mieux -comme le suggère Michel Camdessus- recourir à la formule allemande de la grande coalition. " Je me demande si ce pays ne devrait pas allers vers une grande union nationale. Tous sur le fond sont sociaux- démocrates. Ils s'ingénient à être différents alors que sur l'essentiel, ils pensent à peu près la même chose ".
Quelles sont donc ces " priorités " partagées ?
- D'abord réduire le tragique endettement de la France masqué par l'euro qui nous insensibilise aux jugements du marché. Sans l' euro, estime Michel Camdessus, "nous aurions eu deux ou trois crises depuis 1997". Selon lui, l'impôt sur le revenu permet seulement de payer les intérêts de la dette. " Si l'on ne fait rien le poids de notre endettement va être multiplié par deux ou par trois " annonce-t-il.
Jacques Attali estime qu'il faut réduire " en cinq ans la dette à moins de 3% du PIB ". Comment ? Il existe deux manières de le faire : soit en réduisant les dépenses soit en augmentant les impôts.
Jacques Attali est favorable à la deuxième solution. Il faut être très courageux, assure l'ancien conseiller de François Mitterrand qui préconise d'instituer un " impôt provisoire pour réduire la dette avec l'engagement qu'il sera supprimé cinq ans plus tard quand il ara atteint son but ". Alain Lambert, partisan de la première solution estime qu'il faut " plafonner la masse salariale et les pensions des trois fonctions publiques en euros courants pendant cinq ans ".
Luc Ferry lui est partisan de " dégraisser le mammouth ". Pour l'ancien ministre de l'éducation nationale, le seul moyen de faire une économie sur le budget de l'éducation, c'est d' "augmenter les horaires des professeurs de 18heures par semaine à 26 heures" pour gagner 100 000 postes… Cela rappelle quelque chose !

Un service national " civique "
L'une des propositions les plus drastiques pour mettre fin à l' "absence d'autorité et de fraternité " qui caractérise, selon Jacques Attali, notre société consisterait à " rétablir les service national ". Ce service national serait un apprentissage à la vie civique qui doit apprendre aux citoyens qu'" ils ont intérêt à la réussite des autres à la vie collective, par des travaux d'intérêt généraux ". Et Jacques Attali de regretter que " personne n'apprend que c'est important d'être membre d'un parti politique, d'un syndicat, d'une association ". Michel Camdessus n'est pas loin de partager cet avis. " Peut-être faut-il en payant le prix, sans bricoler, aller vers un service civil national obligatoire car le problème s'étend à l'ensemble de la société française". Selon lui, toutes les personnalités qu'il a consultées sont non seulement d'accord sur le diagnostic mais elles ont aussi conscientes des sacrifices qu'il va falloir faire. " Et je crois qu'elles y sont prêtes " assure-t-il.
Il existe encore bien d'autres préconisations sur " la rémunération de la formation au même titre que l'emploi " qui assurerait un " contrat d'activité " à chacun. Selon Jacques Attali, ce soutien à l'emploi prendrait 4,5% du PIB contre 5% du PIB actuellement pour les allocations chômage. Tous sont d'accord aussi sur le besoin de " resyndicaliser ". " Une société où les acteurs sociaux sont anémiés est une société où le réformisme est difficile"juge Alain Minc. Selon lui, tout le monde - sauf indication expresse - serait syndiqué. Enfin, la décentralisation, " élément fondamental de la modernisation du pays ", devrait être menée de façon plus énergique. " Mitterrand a réformé les régions sans supprimer els départements, ce qui a été une source de gaspillage considérable " constate encore Jacques Attali.

Ni démagogue, ni impopulaire … du courage seulement

Il y a bien d'autres idées encore avancées dans cet ouvrage où les présidentiables pourront venir piocher leurs propositions. Vu l'ampleur de la tâche il n'y a pas cent milles choses à faire. Se retrousser les manches pour réduire la dette, recréer du lien social notamment entre les générations dans un absolu respect du principe d'égalité des chances.
Comment dégager des marges de manœuvres pour l'action pour avancer vers des solutions positives au lieu de naviguer entre ces deux écueils que sont " la témérité qui affronte sans succès les obstacles et la démagogie qui se contente de surfer sur les vagues de l'opinion publique " ? " Il faut sortir du dilemme selon lequel il faut être démagogue pour être élu tandis qu'il serait inévitable d'être impopulaire pour bien gouverner " estime avec juste raison Luc Ferry.
C'est là où se situe l'enjeu de la prochaine présidentielle et le véritable choix de la démocratie participative que les citoyens appellent de leurs vœux.


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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

" Si vous étiez au pouvoir, que feriez-vous ? "
La documentation française
185 pages, 15€.

 

 
 

 

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