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Ceux
qui s'intéressent encore à la politique
- et ils sont nombreux - et qui ne veulent pas choisir
entre deux icônes médiatiques "
Ségo " et " Sarko " à
la présidentielle de 2007 mais entendent
se prononcer sur des programmes et des projets d'avenir
doivent absolument lire l'étude réalisée
par le Conseil d'analyse de la société
(CAS) présidé par l'ancien ministre
de l'éducation nationale, issu de la société
civile, le philosophe Luc Ferry autour du thème
" si vous étiez au pouvoir que feriez-vous
? ". Il est probable d'ailleurs que les principaux
protagonistes de droite comme de gauche puiseront
largement dans ces analyses et les propositions
faites pour enrichir leurs propres campagnes.
Parmi les personnalités auditionnées
par le Conseil d'analyse politique, il n'y a que
deux " politiques ", deux anciens premiers
ministres, Alain Juppé et Michel Rocard.
Ce dernier avoue - cela en étonnera plus
d'un - qu'il préfère son rôle
actuel d'" intellectuel " à celui
de premier ministre : " Dieu me préserve
de revenir aux affaires ", car dit-il, "
c'est l'enfer " ! De son côté,
évoquant le discrédit de l'homme ou
la femme politique, Alain Juppé estime que
la façon d'en sortir consiste " à
se faire connaître tel qu'il est avec ses
qualités et ses défauts mais aussi
sa volonté profonde de service " ce
qui, à ses yeux, est la seule façon
durable de " séduire ". Là
encore, les présidentiables devraient en
tirer de la graine pour se mettre en priorité
au service de l'Etat et des Français. Comment
faire ?
Le mauvais traitement
réservé aux jeunes
C'est ce à quoi
des experts comme Jacques Attali, ancien conseiller
de François Mitterrand et Michel Camdessus,
ancien directeur du Trésor - et auteur d'un
rapport remarqué en 2004 pour " une
nouvelle croissance pour la France " -, Alain
Minc ou l'ancien ministre du budget, Alain Lambert
s'efforcent de répondre en fixant leurs trois
" priorités " pour le prochain
quinquennat après avoir dressé un
bilan de la situation actuelle de notre pays.
Il faut le reconnaître, ce bilan est catastrophique.
Michel Camdessus donne cet exemple frappant. Lorsque
ses enfants sont nés, les Caisses d'Epargne
leur ont offert un livret de 100 francs. Aujourd'hui
ses petits enfants naissent avec " une dette
de 17 000 € " ! Chaque ménage en
moyenne supporte un endettent de 20 000 € auquel
il faut ajouter une dette de l'Etat de 42 000 €
par ménage. D'où la conclusion que
la crise des finances publiques est " beaucoup
plus dramatique que nous le croyons " et que
si rien ne change, il faut s'attendre " a quelque
chose de grave entre 2012 et 2015 ". Certains
peuvent se dire qu'il est confortable de vivre à
crédit en laissant la charge de la dette
aux générations futures mais, Alain
Lambert, ancien ministre de Jean-Pierre Raffarin,
lance cet avertissement : " si vous renvoyez
la facture aux générations futures
mais êtes-vous sûrs qu'elles l'acceptent.
Comme vous vivez en démocratie, il y a des
droits que vous pensez acquis et que vous perdrez
…". D'autant que le coût du vieillissement
- 6% du PIB à l'horizon 2040 - sera impossible
à supporter avec les dépenses de santé
et de retraites. Prévisibles.
Remettre en marche le
modèle français d'intégration
Ce
mauvais traitement que nous réservons aux
jeunes est un "véritable symbole de
nos dysfonctionnements" qui atteint principalement
les plus faibles, c'est-à-dire les immigrés
dans nos banlieues. Jacques
Attali décrit ainsi le syndrome
du " 2,5% ". " Chaque fois qu'il
y a un problème dans la société
française, il est 2,5% plus grave pour les
personnes issues de l'immigration. C'est vrai sur
le chômage, sur l'accès aux grandes
écoles, sur la santé " souligne-t-il.
Remettre en marche le modèle français
d'intégration apparaît ainsi à
Alain Juppé l'une des priorités majeures.
" Le modèle français promet l'égalité
et il offre la discrimination " reconnaît-il.
Pour autant l'ancien premier ministre ne préconise
pas le " communautarisme ". " Nous
n'avons pas intérêt à basculer
dans un autre système dont l'efficacité
n'est pas prouvée ". Jacques Attali
relève pour sa part qu'aux Etats-Unis "
la marginalisation des minorités a créé
des mafias. La criminalité a dû s'installer
parmi les minorités qui n'ont rien pu faire
d'autres que d'être en situation criminelle
pour s'en sortir ". Si l'on veut éviter
cet gangrène " nous n'avons qu'une seule
chose à faire, selon Alain Juppé :
remettre en marche le modèle républicain
".
Encore faut-il être modeste, renchérit
Jacques Attali, pour qui " la France n'a pas
une belle histoire dans sa façon d'accueillir
les étrangers. Pour lui, l'immigration dans
les années 30, italienne, polonaise, russe
et juive s'est mal finie…dans la collaboration
". Serions-nous dans le même état
d'esprit avec les immigrés d'origine maghrébine
? En tout état de cause, Alain Juppé
se pose la question : "comment convaincre que
l'Islam est une grande religion de France et qu'il
va falloir vivre avec ! ".
Là encore le bilan politique n'est pas globalement
positif. Le maire de Bordeaux s'interroge sur le
fait que dans un pays de vieille tradition comme
le nôtre " les extrêmes représentent
30% des électeurs " de droite comme
de gauche. Selon lui, cette radicalisation peut
s'expliquer par le fait que " la gauche n'a
pas encore réalisé son aggiornamento
à la différence de nombreux partis
socialistes européennes mais aussi que la
droite est en proie à une lettre fratricide
"…
Tous sociaux-démocrates
sur le fond ?
Dès
lors, devant l'ampleur de la tâche ne vaudrait
il pas mieux -comme le suggère Michel
Camdessus- recourir à la formule
allemande de la grande coalition. " Je me demande
si ce pays ne devrait pas allers vers une grande
union nationale. Tous sur le fond sont sociaux-
démocrates. Ils s'ingénient à
être différents alors que sur l'essentiel,
ils pensent à peu près la même
chose ".
Quelles sont donc ces " priorités "
partagées ?
- D'abord réduire le tragique endettement
de la France masqué par l'euro qui nous insensibilise
aux jugements du marché. Sans l' euro, estime
Michel Camdessus, "nous aurions eu deux ou
trois crises depuis 1997". Selon lui, l'impôt
sur le revenu permet seulement de payer les intérêts
de la dette. " Si l'on ne fait rien le poids
de notre endettement va être multiplié
par deux ou par trois " annonce-t-il.
Jacques Attali estime qu'il faut réduire
" en cinq ans la dette à moins de 3%
du PIB ". Comment ? Il existe deux manières
de le faire : soit en réduisant les dépenses
soit en augmentant les impôts.
Jacques Attali est favorable à la deuxième
solution. Il faut être très courageux,
assure l'ancien conseiller de François Mitterrand
qui préconise d'instituer un " impôt
provisoire pour réduire la dette avec l'engagement
qu'il sera supprimé cinq ans plus tard quand
il ara atteint son but ". Alain Lambert, partisan
de la première solution estime qu'il faut
" plafonner la masse salariale et les pensions
des trois fonctions publiques en euros courants
pendant cinq ans ".
Luc Ferry lui est partisan de " dégraisser
le mammouth ". Pour l'ancien ministre de l'éducation
nationale, le seul moyen de faire une économie
sur le budget de l'éducation, c'est d' "augmenter
les horaires des professeurs de 18heures par semaine
à 26 heures" pour gagner 100 000 postes…
Cela rappelle quelque chose !
Un service national "
civique "
L'une des propositions les plus drastiques
pour mettre fin à l' "absence d'autorité
et de fraternité " qui caractérise,
selon Jacques Attali, notre société
consisterait à " rétablir les
service national ". Ce service national serait
un apprentissage à la vie civique qui doit
apprendre aux citoyens qu'" ils ont intérêt
à la réussite des autres à
la vie collective, par des travaux d'intérêt
généraux ". Et Jacques Attali
de regretter que " personne n'apprend que c'est
important d'être membre d'un parti politique,
d'un syndicat, d'une association ". Michel
Camdessus n'est pas loin de partager cet avis. "
Peut-être faut-il en payant le prix, sans
bricoler, aller vers un service civil national obligatoire
car le problème s'étend à l'ensemble
de la société française".
Selon lui, toutes les personnalités qu'il
a consultées sont non seulement d'accord
sur le diagnostic mais elles ont aussi conscientes
des sacrifices qu'il va falloir faire. " Et
je crois qu'elles y sont prêtes " assure-t-il.
Il existe encore bien d'autres préconisations
sur " la rémunération de la formation
au même titre que l'emploi " qui assurerait
un " contrat d'activité " à
chacun. Selon Jacques Attali, ce soutien à
l'emploi prendrait 4,5% du PIB contre 5% du PIB
actuellement pour les allocations chômage.
Tous sont d'accord aussi sur le besoin de "
resyndicaliser ". " Une société
où les acteurs sociaux sont anémiés
est une société où le réformisme
est difficile"juge Alain Minc. Selon lui, tout
le monde - sauf indication expresse - serait syndiqué.
Enfin, la décentralisation, " élément
fondamental de la modernisation du pays ",
devrait être menée de façon
plus énergique. " Mitterrand a réformé
les régions sans supprimer els départements,
ce qui a été une source de gaspillage
considérable " constate encore Jacques
Attali.
Ni démagogue,
ni impopulaire … du courage seulement
Il y a bien d'autres idées encore avancées
dans cet ouvrage où les présidentiables
pourront venir piocher leurs propositions. Vu l'ampleur
de la tâche il n'y a pas cent milles choses
à faire. Se retrousser les manches pour réduire
la dette, recréer du lien social notamment
entre les générations dans un absolu
respect du principe d'égalité des
chances.
Comment dégager des marges de manœuvres
pour l'action pour avancer vers des solutions positives
au lieu de naviguer entre ces deux écueils
que sont " la témérité
qui affronte sans succès les obstacles et
la démagogie qui se contente de surfer sur
les vagues de l'opinion publique " ? "
Il faut sortir du dilemme selon lequel il faut être
démagogue pour être élu tandis
qu'il serait inévitable d'être impopulaire
pour bien gouverner " estime avec juste raison
Luc Ferry.
C'est là où se situe l'enjeu de la
prochaine présidentielle et le véritable
choix de la démocratie participative que
les citoyens appellent de leurs vœux.

Le directeur de la Lettre Horizons
politiques
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