La lettre de la décentralisation





Le fait politique du 22 mai 2006


Un dossier sur "l'Ecole et les violences"
Constat et réflexions… avant 2007



Les violences à l'école ne constituent pas un phénomène nouveau même s'il prend - comme pour la délinquance juvénile - un tour particulièrement inquiétant actuellement où certains élèves de collèges n'hésitent plus à filmer les altercations avec leurs professeurs pour se les repasser en boucle. Depuis près d'une vingtaine d'années, les gouvernements de droite comme de gauche ont tenté de freiner cette montée de violences en milieu scolaire.
En 1992, le ministre socialiste Jack Lang répertoriait 175 établissements sensibles et faisait envoyer 2 000 appelés du contingent pour renforcer les effectifs de ces établissements. En 1996, le centriste François Bayrou édictait un plan contre la violence scolaire avec un numéro d'appel permanent " SOS violence " pour les enseignants en difficulté. En 1998 la ministre déléguée Ségolène Royal mettait en place des réseaux d'éducation prioritaire (REP) et des " chartes de vie scolaire ". En 2002, la loi d'orientation pour la justice aggravait notablement les sanctions encourues pour outrages à une personne chargée d'une mission de service public lorsque les faits sont commis à l'intérieur ou aux abords d'une établissement scolaire etc. Mais rien n'y fait.
Ce phénomène de violence à l'école qui touche en priorité les établissements populaires implantés dans des zones reléguées est davantage du au sentiment de rage voire de haine ressentie par des jeunes face au sort que la société leur réserve plutôt qu'à l'influence des médias qui diffusent des films de violences à la télévision ou à l'absence d'autorité des parents, même si ces deux causes doivent aussi être retenues.

La haine …des apprentis-casseurs

Le dossier de la Documentation française (1) sur " Ecole et violences " dans la collection " problèmes politiques et sociaux " met en lumière une " rupture des codes " entre les jeunes de banlieue et les dispositifs institutionnels, éducatifs ou sociaux qui les prennent en charge. Des règles aussi évidentes que l'" émulation scolaire " dans le domaine intellectuel (rivaliser pour être le meilleur en classe) paraissent parfois littéralement incompréhensible pour certaines élèves, relevaient par exemple les sociologues Christian Bachmann et Ouali Brinis dans un article sur " l'école et les apprentis casseurs " paru en 1994. Les jeunes les plus défavorisés en particulier ne sont plus d'accord sur l'" utilité " des certains cours. " Il n'existe aucun consensus sur la hiérarchie des savoirs ou sur les fonctions culturelles ou sociales de l'école " ajoutent les auteurs. Les maths, le français, les langues, l'histoire pour certains ne sont pas utile pour " réussir dans la vie " surtout quand on veut être …champion de football !
Un autre phénomène aggravant mis en exergue par les auteurs de cet article tient à la composition sociologique du corps enseignant qui tend à les éloigner de leurs élèves. " Auparavant on rencontrait une continuité sociologique relative entre les enseignants et les enseignés. L'enseignant avait souvent dans sa famille des ouvriers ou de paysans. Dans une complicité certes distante, il avait généralement envie que ses élèves s' " en sortent " et connaissent les chemins de la promotion sociale. Socialement, cette connivence est en passe de se briser " constatent les auteurs. " " La rupture est de plus en plus profonde entre des professionnels largement issus des classes moyennes et des jeunes des banlieues dont l'avenir s'inscrit en pointillés. Les enseignants vivent dans un univers social et les élèves dans un autre " concluent-ils.

Pédagogies " alternatives " ?

Pour lutter contre les violences à l'école faut-il enseigner autrement ? Le dossier de la Documentation française présente des expériences décrites par Marie-Laure Viaud dans son ouvrage " Quoi de neuf du côté des établissements expérimentaux ?" expérimentés avec succès au Mans, dans le Cantal et à Brest en 2001. Le but est de permettre la réussite de tous non seulement avec la transmission des connaissances mais aussi et surtout par " la formation de citoyens autonomes, critiques et créatifs ".
Le dispositif prévoit une organisation du temps et de l'espace à l'échelle de l'établissement radicalement différente du modèle courant. Il a donné, semble-t-il de bons résultats. Pour que les élèves accèdent à une compréhension globale du monde et des ses enjeux, pour que les savoirs aient un sens, il considère que " les apprentissages ne doivent pas se faire en suivant l'ordre préétabli d'un programme mais autant que possible, en étudiant des thèmes pluridisciplinaires choisis en fonction de leurs intérêts et de leurs interrogations ".
Par ailleurs, chaque élève est considéré comme différend et apprend donc selon des procédures qui lui sont propres. Par exemple, il est décrit qu' un même élève peut, la même année, être au niveau " 5 ème " en mathématiques et au niveau " 3 ème " en français ". " Les classes sont donc remplacées par des activités décloisonnées, ce qui permet des parcours réellement individualisés. Les élèves, précise encore Marie-Laure Viaud, appartiennent à trois types de groupes : un groupe d'ancrage constitué de dix à quatorze élèves de niveaux différents et d'un adulte tuteur stable sur l'année; des groupes de projets transdisciplinaires et de durée variable et des groupes d'apprentissage composés en fonction des besoins de durée variable ".
Ces collèges se singularisent également, précise l'auteur de l'étude, par leur organisation très structurée. " Dans l'activité, la tâche de chaque élève est définie précisément. L'évaluation est rigoureuse : des listes de compétences (" unités de valeur ", " brevets "…) validées par les élèves au fur et à mesure de leurs acquis, leur permettent d'établir ce qu'ils savent et ce qu'il leur reste à apprendre ". Les décisions concernant l'école sont prises chaque semaine par un conseil sur un ordre du jour établi à l'avance à partir des demandes écrites de tous.

Ce dossier très complet de la Documentation française réalisé par Cécile Carra, maître de conférences IUFM Nord-Pas-de-Calais et Daniel Faggianelli, chargé de cours en sociologie à l'université de Franche-Comté pose bien la problématique actuelle qui peut se résumer - hélas - ainsi : l'ouverture de l'Ecole au plus grand nombre n'a pas permis à l'institution de tenir ses promesses d'insertion. Par ailleurs, l 'école " envahie " par les problèmes sociaux qui l'entourent n'est plus l'espace sanctuarisée d'autrefois.
A tout le moins cela mérite réflexions et réponses durant l'année qui vient avant la présidentielle de 2007.

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

(1) Ecole et violences n° 923 avril 2006 édité Documentation française collection " problèmes politiques et sociaux " 120 pages, prix : 9 € 20

 

 
 

 

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