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Les violences à l'école ne constituent
pas un phénomène nouveau même
s'il prend - comme pour la délinquance juvénile
- un tour particulièrement inquiétant
actuellement où certains élèves
de collèges n'hésitent plus à
filmer les altercations avec leurs professeurs pour
se les repasser en boucle. Depuis près d'une
vingtaine d'années, les gouvernements de
droite comme de gauche ont tenté de freiner
cette montée de violences en milieu scolaire.
En 1992, le ministre socialiste Jack Lang répertoriait
175 établissements sensibles et faisait envoyer
2 000 appelés du contingent pour renforcer
les effectifs de ces établissements. En 1996,
le centriste François Bayrou édictait
un plan contre la violence scolaire avec un numéro
d'appel permanent " SOS violence " pour
les enseignants en difficulté. En 1998 la
ministre déléguée Ségolène
Royal mettait en place des réseaux d'éducation
prioritaire (REP) et des " chartes de vie scolaire
". En 2002, la loi d'orientation pour la justice
aggravait notablement les sanctions encourues pour
outrages à une personne chargée d'une
mission de service public lorsque les faits sont
commis à l'intérieur ou aux abords
d'une établissement scolaire etc. Mais rien
n'y fait.
Ce phénomène de violence à
l'école qui touche en priorité les
établissements populaires implantés
dans des zones reléguées est davantage
du au sentiment de rage voire de haine ressentie
par des jeunes face au sort que la société
leur réserve plutôt qu'à l'influence
des médias qui diffusent des films de violences
à la télévision ou à
l'absence d'autorité des parents, même
si ces deux causes doivent aussi être retenues.
La haine
des apprentis-casseurs
Le dossier de la Documentation française
(1) sur "
Ecole et violences " dans la collection "
problèmes politiques et sociaux " met
en lumière une " rupture des codes "
entre les jeunes de banlieue et les dispositifs
institutionnels, éducatifs ou sociaux qui
les prennent en charge. Des règles aussi
évidentes que l'" émulation scolaire
" dans le domaine intellectuel (rivaliser pour
être le meilleur en classe) paraissent parfois
littéralement incompréhensible pour
certaines élèves, relevaient par exemple
les sociologues Christian Bachmann et Ouali Brinis
dans un article sur " l'école et les
apprentis casseurs " paru en 1994. Les jeunes
les plus défavorisés en particulier
ne sont plus d'accord sur l'" utilité
" des certains cours. " Il n'existe aucun
consensus sur la hiérarchie des savoirs ou
sur les fonctions culturelles ou sociales de l'école
" ajoutent les auteurs. Les maths, le français,
les langues, l'histoire pour certains ne sont pas
utile pour " réussir dans la vie "
surtout quand on veut être
champion
de football !
Un autre phénomène aggravant mis en
exergue par les auteurs de cet article tient à
la composition sociologique du corps enseignant
qui tend à les éloigner de leurs élèves.
" Auparavant on rencontrait une continuité
sociologique relative entre les enseignants et les
enseignés. L'enseignant avait souvent dans
sa famille des ouvriers ou de paysans. Dans une
complicité certes distante, il avait généralement
envie que ses élèves s' " en
sortent " et connaissent les chemins de la
promotion sociale. Socialement, cette connivence
est en passe de se briser " constatent les
auteurs. " " La rupture est de plus en
plus profonde entre des professionnels largement
issus des classes moyennes et des jeunes des banlieues
dont l'avenir s'inscrit en pointillés. Les
enseignants vivent dans un univers social et les
élèves dans un autre " concluent-ils.
Pédagogies "
alternatives " ?
Pour lutter contre les violences à l'école
faut-il enseigner autrement ? Le dossier de la Documentation
française présente des expériences
décrites par Marie-Laure Viaud dans son ouvrage
" Quoi de neuf du côté des établissements
expérimentaux ?" expérimentés
avec succès au Mans, dans le Cantal et à
Brest en 2001. Le but est de permettre la réussite
de tous non seulement avec la transmission des connaissances
mais aussi et surtout par " la formation de
citoyens autonomes, critiques et créatifs
".
Le dispositif prévoit une organisation du
temps et de l'espace à l'échelle de
l'établissement radicalement différente
du modèle courant. Il a donné, semble-t-il
de bons résultats. Pour que les élèves
accèdent à une compréhension
globale du monde et des ses enjeux, pour que les
savoirs aient un sens, il considère que "
les apprentissages ne doivent pas se faire en suivant
l'ordre préétabli d'un programme mais
autant que possible, en étudiant des thèmes
pluridisciplinaires choisis en fonction de leurs
intérêts et de leurs interrogations
".
Par ailleurs, chaque élève est considéré
comme différend et apprend donc selon des
procédures qui lui sont propres. Par exemple,
il est décrit qu' un même élève
peut, la même année, être au
niveau " 5 ème " en mathématiques
et au niveau " 3 ème " en français
". " Les classes sont donc remplacées
par des activités décloisonnées,
ce qui permet des parcours réellement individualisés.
Les élèves, précise encore
Marie-Laure Viaud, appartiennent à trois
types de groupes : un groupe d'ancrage constitué
de dix à quatorze élèves de
niveaux différents et d'un adulte tuteur
stable sur l'année; des groupes de projets
transdisciplinaires et de durée variable
et des groupes d'apprentissage composés en
fonction des besoins de durée variable ".
Ces collèges se singularisent également,
précise l'auteur de l'étude, par leur
organisation très structurée. "
Dans l'activité, la tâche de chaque
élève est définie précisément.
L'évaluation est rigoureuse : des listes
de compétences (" unités de valeur
", " brevets "
) validées
par les élèves au fur et à
mesure de leurs acquis, leur permettent d'établir
ce qu'ils savent et ce qu'il leur reste à
apprendre ". Les décisions concernant
l'école sont prises chaque semaine par un
conseil sur un ordre du jour établi à
l'avance à partir des demandes écrites
de tous.
Ce dossier très complet de la Documentation
française réalisé par Cécile
Carra, maître de conférences IUFM Nord-Pas-de-Calais
et Daniel Faggianelli, chargé de cours en
sociologie à l'université de Franche-Comté
pose bien la problématique actuelle qui peut
se résumer - hélas - ainsi : l'ouverture
de l'Ecole au plus grand nombre n'a pas permis à
l'institution de tenir ses promesses d'insertion.
Par ailleurs, l 'école " envahie "
par les problèmes sociaux qui l'entourent
n'est plus l'espace sanctuarisée d'autrefois.
A tout le moins cela mérite réflexions
et réponses durant l'année qui vient
avant la présidentielle de 2007.

Le directeur de la Lettre Horizons
politiques
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