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L'ancien
commissaire au Plan Alain Etchegoyen qui fut membre
du cabinet de Claude Allègre avant d'être
nommé au Plan par Jean Pierre Raffarin puis
licencié sans ménagement le 27 octobre
2005 -ceci explique cela- par Dominique de Villepin,
dresse un portrait au vitriol du Premier ministre
qu'il surnomme "Décidor Terminator"
dans son dernier livre Votre devoir est de
vous taire. Le titre de ce livre reprend
les termes mêmes de la brève conversation
téléphonique entre le Premier ministre
et l'ex-Commissaire au Plan, qui avait appris ce
jour-là par une dépêche de l'AFP
que le chef du gouvernement avait décidé
de supprimer le Commissariat du Plan. "Vous
êtes un haut fonctionnaire. Votre devoir est
de taire", lui dit crûment le chef
du gouvernement avant de le convoquer à son
bureau de Matignon le soir même à 19h15.
Ce normalien, agrégé de philosophie,
qui connaît bien le monde politique, n'en
revient toujours pas puisque Dominique de Villepin,
six mois après son entrée à
l'hôtel Matignon, n'avait encore jamais pris
la peine de le recevoir ni de venir au Plan qui
était pourtant l'un de ses services !
Un personnage
"
dangereux "
Depuis lors, Alain Etchegoyen a réfléchi
à cet épisode incompréhensible
pour lui. Il en a tiré deux conclusions.
D'une part, elle tient à la personnalité
même de l'ancien secrétaire général
de l'Elysée, prototype de l'élite
intellectuelle française qui décide
tout seul. "Il décide parce qu'il
est pressé et qu'il veut en finir. Décidor,
il décide; Terminator, il en finit, il termine,
au besoin il extermine
" Et l'auteur
achève ce portrait féroce en affirmant
après la crise du CPE: "Il ne faut
pas beaucoup de temps pour prendre conscience de
l'infini fossé qui peut exister entre Dominique
de Villepin et la réalité sociale
de notre pays. Les banlieues lui sont plus inconnues
que les forêts impénétrables
de l'Afrique ou les Papous de Nouvelle-Guinée."
D'autre part, l'auteur dénonce la stratégie
du "bunker" dans laquelle Dominique de
Villepin s'est enfermé, juge-t-il, "plus
vite que tous les autres". Pour lui, la
suppression du Plan s'inscrit dans sa stratégie
anti-Sarkozy. "Ce service du Premier ministre
doit servir uniquement le Premier ministre. Plus
jamais ne doit se reproduire un coup comme celui
des autoroutes : les sarkozistes attaquent alors
le gouvernement en exhibant un texte du Plan (
)
Mieux vaut supprimer le Plan que le voir utilisé
par l'adversaire."
Bref, obsédé par son avenir politique
et la stratégie anti-Sarkozy de l'Elysée,
Dominique de Villepin fonce : "Decidor Terminator
est un personnage dangereux", assène
Alain Etchegoyen.
Les médias priment
dans toutes les décisions politiques
En dehors d'une galerie de portraits, de croquis
et d'anecdotes vécues -il descend également
en flammes Ségolène Royal "très
soupe au lait" et obsédée
par les questions d'image dont il fut l'un des collaborateurs
au cabinet de Claude Allègre et qui fut la
cause principale de sa démission de ce poste-,
le philosophe engagé en politique dresse
dans ses carnets de voyage "à gauche
et à droite", quelques vérités
qui résonnent de façon particulière
dans les circonstances actuelles. Il met en évidence
le déséquilibre croissant entre l'ambition
personnelle et l'intérêt général,
le temps électoral et le temps de la réforme,
le processus de décision et l'urgence de
la médiatisation. "La décision
politique, affirme-t-il encore, est la plupart
du temps déterminé par les comportements
médiatiques. On mesure mal à quel
point les médias influencent les décisions
politiques. Il suffit qu'une nouvelle information
dissimule un mouvement social pour que ce dernier
échoue. La décision politique est
la plupart du temps déterminée par
les comportements médiatiques (
) Ce
sont les médias parisiens et nationaux qui
priment."
Voici une réflexion d'évidence qui
a une résonance particulière en pleine
"affaire" Clearstream. Les Français
ne comprennent pratiquement rien aux tenants et
aboutissants de cette "affaire" alimentée
chaque jour par les médias nationaux et en
particulier Le Monde. L'erreur de
ceux qui nous gouvernent -de Valéry Giscard
d'Estaing avec l' "affaire des diamants",
à Jacques Chirac (qui, selon Le Monde,
aurait perçu 100 000 dollars (78 000 €)
par an pendant huit ans, au titre de conseiller
étranger d'un prix culturel patronné
par la Maison impériale du Japon), en passant
par Dominique de Villepin- consiste à ne
pas s'expliquer ou prendre clairement position,
ce qui laisse toujours la place au doute et aux
campagnes médiatiques où il est bien
difficile de démêler le vrai du faux.
La présidentielle
idéale pour 2007 : Sarko-Aubry !
En dehors de ces considérations
générales sur l'exercice du pouvoir
que l'on aurait aimé encore plus nombreuses,
Alain Etchegoyen s'amuse à croquer des portraits
de personnalités connues et d'évaluer
leurs chances présidentielles. Pour Ségolène
Royal qu'il n'apprécie guère, il est
clair et net. "Je ne pense pas du tout que
les socialistes puissent la désigner comme
candidate à l'Elysée" affirme-t-il.
De même, il estime pour Lionel Jospin que
"la pire des tentations serait pour lui
de revenir". Il a une "affection particulière"
en revanche pour Martine Aubry. "Je suis
persuadé qu'elle est le genre de femmes dont
nous avons besoin. Je la compare à Nicolas
Sarkozy à gauche." Il place l'ancienne
ministre socialiste parmi les "deux ou trois
personnes à gauche" qui possèdent
la stature présidentielle.
Alain Etchegoyen rêve même d'une campagne
présidentielle qui les ferait s'affronter.
Et bon point pour le ministre d'Etat-président
de l'UMP, l'auteur a l'intuition que Nicolas Sarkozy
n'aurait pas "supprimer le Plan". Ou alors,
écrit-il, "il aurait probablement
répondu de sa décision devant les
hommes et les femmes concernés. Il ne suffit
pas de décider, il faut agir en responsable".
Un nouveau coup de pied de l'âne contre l'hôte
actuel de Matignon qui décidément
devient la cible idéale des ouvrages qui
sortent en ce moment en librairie, de Franz-Olivier
Giesbert à Michel Roussin. Il se dit même
qu'un ancien directeur de l'AFP à Bogota
doit sortir un livre réquisitoire contre
l'attitude de Dominique de Villepin lors des tentatives
de libération d'Ingrid Betancourt en Colombie.
Ce livre distrayant peut être abordé
par deux "entrées": celle de l'ère
du temps et des croquis des hommes et femmes politiques
dont on parle; l'autre, plus intéressante
mais trop succincte, d'un audit de notre démocratie
qu'il reste urgent à réaliser et à
méditer.

Le directeur de la Lettre Horizons
politiques
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