La lettre de la décentralisation





Le fait politique du 6 février 2006


La bataille autour du CPE :
- La gauche veut se refaire une santé dans la rue
- L'UMP joue sur la " pédagogie " sereine

Dans chacun des deux camps, à droite comme à gauche, tout le monde retient son souffle avant la journée-test du 7 février sur le contrat de première embauche (CPE). Au delà de la lutte pour l'emploi des jeunes, les objectifs politiques apparaissent clairement de part et d'autre.
A gauche, il s'agit de " rassembler contre la droite " selon l'expression utilisée par François Hollande le 6 février sur Europe 1. Une première réunion des partis et des organisations se réclamant de la gauche se déroulera d'ailleurs le 8 février à cet effet. La réussite de la protestation dans la rue des jeunes contre le CPE serait de bon augure pour contrer les initiatives d'inspiration " libérales " du gouvernement en matière de lutte contre le chômage.
Les " éléphants " de la gauche rêvent de pouvoir rééditer le coup du " smic-jeunes " de 1994 qui avait contribué à déstabiliser le premier ministre de l'époque, Edouard Balladur.
Mais, les liens entre les organisations de jeunes comme l'UNEF et le FIDL se sont distendus avec le PS. Ce n'est pas François Hollande qui peut appuyer depuis son bureau de la rue de Solférino sur un bouton pour déclencher la mobilisation générale des jeunes apparemment peu mobilisés durant cette quinzaine de vacances parisiennes. Et cela d'autant plus que le socialiste Bernard Kouchner a estimé sur RTL, le 6 février qu'il fallait " donner ses chances de réussite " au Contrat de première embauche (CPE) proposé par le Premier ministre, Dominique de Villepin !

A droite, au contraire - à l'exception notable de l'UDF - on sert les rangs en jouant la sérénité. Les leaders des trois organisations de jeunes - Jeunes Populaires (" sarkozistes "), militants de l'UNI " la droite universitaire " et les Jeunes Radicaux ont tenu une conférence de presse à Paris pour annoncer une grande campagne d'information et d'explication en direction des jeunes. " Plus on explique, moins il y a de jeunes dans la rue " a expliqué Fabien de Sans Nicolas, président des jeunes Populaires.

Une campagne d'explication à droite…sur Internet

Arnaud Murgia, président des Jeunes Radicaux a été plus clair encore. " Nous laissons le pavé à ceux qui veulent s'opposer pour s'opposer. Nous allons entamer une mobilisation forte, unitaire et pédagogique pour expliquer le CPE". C'est le syndicat de droite universitaire UNI qui va assurer avec 35 000 affiches - " Non a l'ANPE ; Oui au CPE " -, le service après-vente sous la forme d'une campagne d'information et de soutien au CPE. Des tracts ont être distribués sur les mesures Villepin " une chance pour l'emplois des jeunes " d'après lesquels il ressort que " le CPE offre de meilleures garanties financières que le CDI en cas de rupture avant un délai de deux ans ".
Un site Internet www.ensemblepourlecpe.com a été lancé le lundi 6 février tandis qu'une motion de soutien au CPE a déjà recueilli, selon les Jeunes Populaires, près de 10 000 signatures.

Face à une gauche qui cherche à mobiliser la rue, la droite - dans un premier temps - joue, sinon la montre, du moins Internet. Une façon de mettre en éveil la " majorité silencieuse ", celle qui n'accepterait pas que des " gauchistes " veuillent " bloquer les universités et empêcher les étudiants de travailler ". " Nous n'excluons pas de montrer qu'il y a une majorité et qu'elle n'est pas dans la rue, mais ce n'est pas à l'ordre du jour " a précisé le président de l'UNI.


Des retombées importantes pour 2007

En fait tout dépend des résultats concrets de cette mobilisation de la gauche contre le CPE. En cas d'échec, la gauche et les solutions drastiques d'un futur programme commun voulu par François Hollande et le PCF auraient du plomb dans l'aile. La tendance " blairiste " et réaliste (Kouchner-Royal-Bockel) sortirait au contraire renforcée de cette bataille qui d'ores et déjà apparaît lourde de conséquences pour 2007.
A l'inverse, une forte mobilisation contre cette mesure pourrait avoir des effets dévastateurs dans le camp de la droite. Elle pourrait contribuer à durablement atteindre le capital de sympathie du chef du gouvernement chez les jeunes et affaiblir la crédibilité du gouvernement tout entier. Surtout si Dominique de Villepin était contraint de sortir de la placide assurance qu'il affiche en ayant recours à l'article 49.3 pour faire adopter ce texte à l'Assemblée nationale avant les " vacances " parlementaires qui débuteront le 12 février. Mais on en est pas là. Attendons le verdict de la rue le 7 février ! …

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 


 

 
 

 

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