|
Dans chacun des deux camps, à droite comme
à gauche, tout le monde retient son souffle
avant la journée-test du 7 février
sur le contrat de première embauche (CPE).
Au delà de la lutte pour l'emploi des jeunes,
les objectifs politiques apparaissent clairement
de part et d'autre.
A gauche, il s'agit de " rassembler contre
la droite " selon l'expression utilisée
par François Hollande le 6 février
sur Europe 1. Une première réunion
des partis et des organisations se réclamant
de la gauche se déroulera d'ailleurs le 8
février à cet effet. La réussite
de la protestation dans la rue des jeunes contre
le CPE serait de bon augure pour contrer les initiatives
d'inspiration " libérales " du
gouvernement en matière de lutte contre le
chômage.
Les " éléphants " de la
gauche rêvent de pouvoir rééditer
le coup du " smic-jeunes " de 1994 qui
avait contribué à déstabiliser
le premier ministre de l'époque, Edouard
Balladur.
Mais, les liens entre les organisations de jeunes
comme l'UNEF et le FIDL se sont distendus avec le
PS. Ce n'est pas François Hollande qui peut
appuyer depuis son bureau de la rue de Solférino
sur un bouton pour déclencher la mobilisation
générale des jeunes apparemment peu
mobilisés durant cette quinzaine de vacances
parisiennes. Et cela d'autant plus que le socialiste
Bernard Kouchner a estimé sur RTL, le 6 février
qu'il fallait " donner ses chances de réussite
" au Contrat de première embauche (CPE)
proposé par le Premier ministre, Dominique
de Villepin !
A droite, au contraire - à l'exception notable
de l'UDF - on sert les rangs en jouant la sérénité.
Les leaders des trois organisations de jeunes -
Jeunes Populaires (" sarkozistes "), militants
de l'UNI " la droite universitaire " et
les Jeunes Radicaux ont tenu une conférence
de presse à Paris pour annoncer une grande
campagne d'information et d'explication en direction
des jeunes. " Plus on explique, moins il y
a de jeunes dans la rue " a expliqué
Fabien de Sans Nicolas, président des jeunes
Populaires.
Une campagne d'explication
à droite
sur Internet
Arnaud Murgia, président des Jeunes Radicaux
a été plus clair encore. " Nous
laissons le pavé à ceux qui veulent
s'opposer pour s'opposer. Nous allons entamer une
mobilisation forte, unitaire et pédagogique
pour expliquer le CPE". C'est le syndicat de
droite universitaire UNI qui va assurer avec 35
000 affiches - " Non a l'ANPE ; Oui au CPE
" -, le service après-vente sous la
forme d'une campagne d'information et de soutien
au CPE. Des tracts ont être distribués
sur les mesures Villepin " une chance pour
l'emplois des jeunes " d'après lesquels
il ressort que " le CPE offre de meilleures
garanties financières que le CDI en cas de
rupture avant un délai de deux ans ".
Un site Internet www.ensemblepourlecpe.com a été
lancé le lundi 6 février tandis qu'une
motion de soutien au CPE a déjà recueilli,
selon les Jeunes Populaires, près de 10 000
signatures.
Face à une gauche qui cherche à mobiliser
la rue, la droite - dans un premier temps - joue,
sinon la montre, du moins Internet. Une façon
de mettre en éveil la " majorité
silencieuse ", celle qui n'accepterait pas
que des " gauchistes " veuillent "
bloquer les universités et empêcher
les étudiants de travailler ". "
Nous n'excluons pas de montrer qu'il y a une majorité
et qu'elle n'est pas dans la rue, mais ce n'est
pas à l'ordre du jour " a précisé
le président de l'UNI.
Des retombées importantes
pour 2007
En fait tout dépend des résultats
concrets de cette mobilisation de la gauche contre
le CPE. En cas d'échec, la gauche et les
solutions drastiques d'un futur programme commun
voulu par François Hollande et le PCF auraient
du plomb dans l'aile. La tendance " blairiste
" et réaliste (Kouchner-Royal-Bockel)
sortirait au contraire renforcée de cette
bataille qui d'ores et déjà apparaît
lourde de conséquences pour 2007.
A l'inverse, une forte mobilisation contre cette
mesure pourrait avoir des effets dévastateurs
dans le camp de la droite. Elle pourrait contribuer
à durablement atteindre le capital de sympathie
du chef du gouvernement chez les jeunes et affaiblir
la crédibilité du gouvernement tout
entier. Surtout si Dominique de Villepin était
contraint de sortir de la placide assurance qu'il
affiche en ayant recours à l'article 49.3
pour faire adopter ce texte à l'Assemblée
nationale avant les " vacances " parlementaires
qui débuteront le 12 février. Mais
on en est pas là. Attendons le verdict de
la rue le 7 février !

Le directeur de la Lettre Horizons
politiques
|