La lettre de la décentralisation





Le fait politique du 27 novembre 2006

Le « sacre » de Ségolène Royal
pour la présidentielle de 2007 -
François Hollande demande à Nicolas Sarkozy
de quitter la place Beauvau

Ségolène Royal a été intronisée candidate du Parti socialiste et des radicaux de gauche pour la prochaine élection présidentielle, le 26 novembre au Palais de La Mutualité. Elle a reçu le soutien actif des membres de L’Internationale socialiste représentée par son leader mythique, le grec Papandréou présent à Paris mais aussi des premiers ministres en exercice italien et du leader allemand du SPD qui ont tous, à travers des messages chaleureux, exhorter les socialistes et la gauche française à « retrousser les manches pour aller à la victoire » selon l’expression de José Luis Zapatero. La présidente chilienne, Michele Bachelet, elle, a estimé qu’une victoire de Ségolène Royal ouvrirait de nouveaux horizons politiques, « en France, en Europe et dans le monde aussi. »

Une journée particulière …

Comme l’a dit François Hollande, ce 26 novembre a représenté pour les socialistes et les Français, « une journée particulière ». Pour la première fois dans l’histoire de la Vème République, une femme est en position d’entrer à l’Elysée. Tous les dirigeants socialistes – à l’exception de Lionel Jospin – ont salué la candidate du PS qui s’avance, a dit l’ancien premier ministre Pierre Mauroy, avec « son style inimitable » et avec le projet socialiste qui rassemble tous les socialistes « pour aller vers la victoire ».
Le président des radicaux de gauche, Jean-Michel Baylet a salué pour sa part « le changement de méthode de l’action politique » voulue par Ségolène Royal et appelé à un « rassemblement plus vaste » allant au delà des partis de la gauche traditionnelle. Le discours d’investiture de Ségolène Royal, desservi par une mauvaise sono, a été sans surprise et sans nouveauté. Il a pâti de la comparaison avec l’allocution finale prononcée par le premier secrétaire, François Hollande qui a été particulièrement offensif à l’égard de Nicolas Sarkozy lui demandant en particulier de quitter la place Beauvau (car « les contribuables français ne veulent pas payer sa campagne» a-t-il dit) , déclenchant ainsi des tonnerres d’applaudissements parmi les délégués présents à Paris.

Partage des rôles entre « Ségo » et « François »

Il apparaît ainsi qu’une sorte de partage des rôles – ce qui est totalement inédit - soit organisé entre la candidate Ségolène Royal et son compagnon, le premier secrétaire François Hollande. A elle, la perspective d’avenir et de changement, la « ligne de crête » ; à lui la riposte et le débat politique voire politicien. Interrogé sur Europe 1, François Hollande a confirmé qu’il serait en première ligne aux côtés de Ségolène Royal pour lui permettre d’« être la prochaine Présidente de la République » mais aussi pour diriger ensuite la campagne des élections législatives.
C’est seulement après cette séquence, lors d’un congrès dont la date n’a pas encore été fixée que François Hollande compte remettre son mandat de premier secrétaire qu’il exerce depuis dix ans. « Si on me demande de faire dix ans de plus, je verrai ce que j’ai à faire » a-t-il annoncé avant de préciser : « je le ferai en toute liberté ». A ceux qui s’apitoyaient déjà – à l’intérieur du PS mais aussi à l’extérieur – sur son sort, François Hollande répond qu’il faudra compter avec lui jusqu’à la fin de la séquence électorale prévue en 2007 ! Tout se passe comme si les socialistes avaient décidé de mettre Ségolène Royal à l’abri – en réserve – et de laisser les socialistes « hollandais » aller au charbon et à la bataille.
La stratégie de Ségolène Royal qui consiste d’ici au mois de janvier prochain de demander aux Français de lui donner des idées suscite l’ironie ou le scepticisme à droite et à l’extrême droite. Les porte-parole de l’UMP dénoncent la «candidate du grand flou» tandis que Jean-Marie Le Pen la met en garde. «Ségolène Royal est un personnage mythique et démagogue. Cela peut lui profiter à condition que la campagne ne dure pas trop longtemps, car coller à ce qui semble populaire va lui poser pas de problèmes» s’est-il hasardé à dire dans l’émission « Ripostes » sur France 5. Ce qui ne manque pas de sel alors que l’on sait que le président du FN réclame entre autres les mesures les plus démagogiques qui soient comme l’abolition de la peine de mort ou l’immigration zéro !

Un risque supplémentaire ou un atout ?

C’est une évidence de dire que pour Ségolène Royal les difficultés commencent. Non seulement pour rester dans les « clous » du programme socialiste mais aussi pour s’accorder avec la direction du PS sur les questions de politique étrangère, l’un des points faibles de Ségolène Royal. Faut-il considérer par exemple que les réponses de François Hollande sur le Proche-Orient et l’avenir du Liban le nucléaire civil en Irak ou la situation en Irak faites le 26 novembre sur Europe 1 sont celles de la candidate du PS ?
Certains députés proches de Laurent Fabius, comme François Loncle, ancien président de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale ont reconnu être restés sur leur faim après le discours d’investiture de Ségolène Royal …tout en disant très grand bien de François Hollande…
Le fait pour le couple Royal-Hollande d’avoir à la fois le poste prestigieux de candidate du parti socialiste et des radicaux de gauche à l’élection présidentielle et de tenir les rênes du PS apparaît a priori comme un atout puissant, si la campagne se déroule sans trop d’anicroches. Si non, cette situation inhabituelle risque de se retourner contre leurs auteurs. C’est l’un des nouveaux suspens de cette campagne de l’élection présidentielle qui va s’ouvrir réellement cette semaine avec la déclaration de candidature de…Nicolas Sarkozy.

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 


 

 
 

 

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