La lettre de la décentralisation





Le fait politique du 6 juin 2005

Les ministres " sarkozystes ",
Hortefeux et Estrosi,
en charge des collectivités locales

Du pain sur la planche !...

Ce n'est pas un secret : l'un des principaux échecs, mal accepté par le premier ministre lui-même, Jean-Pierre Raffarin, a été celui de l'acte II de la décentralisation. Il existe plusieurs raisons à cette fausse manoeuvre. Le premier est bien connu : il est toujours dangereux de faire gérer un dossier de réforme à un spécialiste du sujet. L'un des plus mauvais ministres de l'agriculture fut François Guillaume, ancien président de la FNSEA.
Dans le cas de Jean-Pierre Raffarin qui a effectué la majeure partie de sa carrière politique en Poitou-Charentes à grappiller des subventions de Bruxelles pour sa région ou de redynamiser l'" arc atlantique ", la décentralisation, qu'il avait présentée dès son entrée à Matignon en 2002 comme la " mère de toutes les réformes " était, pensait-il, une réforme acquise d'avance. Ce fut son calvaire avec l'aide de Jean-Louis Debré qui avait dès le début marquer toutes ses réticences dont le principale - cela n'intéresse pas les français - fut partagée par Jacques Chirac lui-même.

Un échec pour Jean-Pierre Raffarin

En trop habile politique, Jean-Pierre Raffarin a voulu faire piloter ce dossier par les deux présidents de région et départements appartenant à la majorité - Gérard Longuet et Jean Puech - qui, contre toute attente, ont du abandonner les présidences de leur association d'élus à leurs collègues socialistes - Alain Rousset nouveau président de l'Association des régions de France (ARF) et Claudy Lebreton de l'Association des Départements de France - après les élections cantonales et régionales qui ont représenté une véritable catastrophe pour la majorité UMP en 2004. Finalement, il a été contraint de faire passer la loi de décentralisation le 13 août 2004 à l'aide du vote bloqué du 49.3, ce qui est peu glorieux, en cette matière si subtile et complexe.
Nicolas Sarkozy, lors de son premier passage au ministère de l'Intérieur ne s'est guère intéressé au dossier de la décentralisation qu'il a remis entre les mains de Patrick Devedjian. Ce denier, élu francilien, a eu une bonne d'année d'apprentissage, dans cette matière complexe, avant de bien connaître son dossier. Dominique de Villepin ne s'est guère attardé pour sa part sur la décentralisation qu'il n'avait même pas évoqué dans son discours programme prononcé au début 2005 au ministère de la place Beauvau.
L'ex nouveau ministre de l'Intérieur qui a pris ses fonctions le 3 juin a décidé de confier à deux de ses proches " lieutenants ", la gestion des collectivités locales et de l'aménagement du territoire. Ces deux ministres délégués aux collectivités territoriales (Brice Hortefeux) et à l'Aménagement du territoire ( Christian Estrosi) sont des élus de terrain. Le premier a été élu conseiller régional d'Auvergne en 1998, le second est redevenu président du conseil général des Alpes-maritimes l'an dernier.
Brice Hortefeux, secrétaire général délégué de l'UMP a écrit il y a quelques années un ouvrage intitulé " Jardin à la française " paru chez Denoël qui va bientôt être réédité. Il évoquait en particulier la nouvelle catégorie des " rurbains " qui s'installent à la périphérie des communes rurales. Il a une dent contre eux …ne serait-ce que parce qu'ils ont voté " non " au référendum du 29 mai contrairement à la majorité des agriculteurs ruraux qui ont finalement voté " oui ".

Les quatre dossiers prioritaires de Brice Hortefeux

Parmi les nombreux dossiers qu'il va devoir traiter, Brice Hortefeux en a choisi quatre principaux. Les services publics en milieu rural qui constituent l'un des sujets les plus brûlants électoralement parlant. Brice Hortefeux se souvient par exemple dans son département du Puy-de-Dôme d'une opération coup de poing montée par le sénateur socialiste Michel Charasse pour contraindre un bureau de poste fermé …à rouvrir l'après-midi. Le ministre compte également se préoccuper de la modernisation de la fonction publique territoriale et de la possibilité pour certains cadres supérieurs de servir au sein de ces collectivités- ce qu'ils sont peu enclins à faire actuellement faute de moyens financiers -. Le ministre aux collectivités territoriales va se pencher aussi sur la réforme de la taxe professionnelle, importante pour les finances locales qui doit se mettre en place en principe le 1er janvier …2006. La Commission Fouquet a rendu un rapport préconisant l'imposition des entreprises sur la valeur ajoutée. Enfin, Brice Hortefeux compte également se pencher sur le statut des polices municipales.
Brice Hortefeux occupe un poste-clé. Il peut se faire des amis en appuyant tel ou tel pour le maintien d'un service public local ou en donnant des subventions, mais malheur aux déçus, ils peuvent aussi avoir la rancune tenace ! D'ailleurs pour ne pas avoir la grosse tête - il songe néanmoins à se présenter à la mairie de Clermont-Ferrand détenue depuis soixante ans par les socialistes - le nouveau ministre a fait imprimer des lettres à en tête ministériel spécifiant " Brice Hortefeux, ancien ministre ". " J'ai vu tellement de ministres qui ont la grosse tête" affirme-t-il. Peut-être aussi pour faire savoir comme son patron qu'il ne traînera pas longtemps ses guêtres au gouvernement de Dominique de Villepin.

Christian Estrosi tente le cumul

Christian Estrosi, président du conseil général des Alpes-Maritimes, nouveau ministre de l'Aménagement du territoire a trouvé un autre " cactus " à l'adresse du nouveau premier ministre. Il a décidé de rester malgré les consignes de non cumul de Dominique de Villepin, président de son département des Alpes-Maritimes. Ce sera sans doute au chef de l'Etat de trancher ce premier différent. Cet ancien champion de moto, élu pour la première fois député de Nice en 1988, se voit confier le dossier sensible de l'aménagement du territoire alors qu'il est un spécialiste de la sécurité intérieure. Mais la place est prise par le " patron " Nicolas Sarkozy !
Il faut souhaiter que les titulaires de ces postes ministériels si importants pour la lutte contre la fracture sociale qui passe désormais par la fracture territoriale - les villes et les campagnes, les centres villes et les banlieues, la carte médicale désertée au nord et surabondante dans le sud etc..) ne soient pas des intermittents mais qu'ils fassent avancer des dossiers qui comme celui de la future taxe professionnelle sont urgents à conclure. La réussite du redéploiement de la police et de la gendarmerie à travers le pays, parfaitement organisée et réussie par Nicolas Sarkzoy, est un exemple encourageant …à suivre par ses deux " lieutenants ". Bonne chance à eux car ils ont du pain sur la planche !

bloc-signature-gervais.gif (4000 octets)
Le directeur de la Lettre Horizons politiques

Réagissez sur notre forum :

 
 

 

© Horizons Politiques

Les faits politiques passés