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Ce n'est pas un secret : l'un des principaux échecs,
mal accepté par le premier ministre lui-même,
Jean-Pierre Raffarin, a été celui
de l'acte II de la décentralisation. Il existe
plusieurs raisons à cette fausse manoeuvre.
Le premier est bien connu : il est toujours dangereux
de faire gérer un dossier de réforme
à un spécialiste du sujet. L'un des
plus mauvais ministres de l'agriculture fut François
Guillaume, ancien président de la FNSEA.
Dans le cas de Jean-Pierre Raffarin qui a effectué
la majeure partie de sa carrière politique
en Poitou-Charentes à grappiller des subventions
de Bruxelles pour sa région ou de redynamiser
l'" arc atlantique ", la décentralisation,
qu'il avait présentée dès son
entrée à Matignon en 2002 comme la
" mère de toutes les réformes
" était, pensait-il, une réforme
acquise d'avance. Ce fut son calvaire avec l'aide
de Jean-Louis Debré qui avait dès
le début marquer toutes ses réticences
dont le principale - cela n'intéresse pas
les français - fut partagée par Jacques
Chirac lui-même.
Un échec pour Jean-Pierre
Raffarin
En trop habile politique, Jean-Pierre Raffarin
a voulu faire piloter ce dossier par les deux présidents
de région et départements appartenant
à la majorité - Gérard Longuet
et Jean Puech - qui, contre toute attente, ont du
abandonner les présidences de leur association
d'élus à leurs collègues socialistes
- Alain Rousset nouveau président de l'Association
des régions de France (ARF) et Claudy Lebreton
de l'Association des Départements de France
- après les élections cantonales et
régionales qui ont représenté
une véritable catastrophe pour la majorité
UMP en 2004. Finalement, il a été
contraint de faire passer la loi de décentralisation
le 13 août 2004 à l'aide du vote bloqué
du 49.3, ce qui est peu glorieux, en cette matière
si subtile et complexe.
Nicolas Sarkozy, lors de son premier passage au
ministère de l'Intérieur ne s'est
guère intéressé au dossier
de la décentralisation qu'il a remis entre
les mains de Patrick Devedjian. Ce denier, élu
francilien, a eu une bonne d'année d'apprentissage,
dans cette matière complexe, avant de bien
connaître son dossier. Dominique de Villepin
ne s'est guère attardé pour sa part
sur la décentralisation qu'il n'avait même
pas évoqué dans son discours programme
prononcé au début 2005 au ministère
de la place Beauvau.
L'ex nouveau ministre de l'Intérieur qui
a pris ses fonctions le 3 juin a décidé
de confier à deux de ses proches " lieutenants
", la gestion des collectivités locales
et de l'aménagement du territoire. Ces deux
ministres délégués aux collectivités
territoriales (Brice Hortefeux) et à l'Aménagement
du territoire ( Christian Estrosi) sont des élus
de terrain. Le premier a été élu
conseiller régional d'Auvergne en 1998, le
second est redevenu président du conseil
général des Alpes-maritimes l'an dernier.
Brice Hortefeux, secrétaire général
délégué de l'UMP a écrit
il y a quelques années un ouvrage intitulé
" Jardin à la française "
paru chez Denoël qui va bientôt être
réédité. Il évoquait
en particulier la nouvelle catégorie des
" rurbains " qui s'installent à
la périphérie des communes rurales.
Il a une dent contre eux
ne serait-ce que
parce qu'ils ont voté " non " au
référendum du 29 mai contrairement
à la majorité des agriculteurs ruraux
qui ont finalement voté " oui ".
Les quatre dossiers prioritaires
de Brice Hortefeux
Parmi
les nombreux dossiers qu'il va devoir traiter, Brice
Hortefeux en a choisi quatre principaux. Les services
publics en milieu rural qui constituent l'un des
sujets les plus brûlants électoralement
parlant. Brice Hortefeux se souvient par exemple
dans son département du Puy-de-Dôme
d'une opération coup de poing montée
par le sénateur socialiste Michel Charasse
pour contraindre un bureau de poste fermé
à rouvrir l'après-midi. Le ministre
compte également se préoccuper de
la modernisation de la fonction publique territoriale
et de la possibilité pour certains cadres
supérieurs de servir au sein de ces collectivités-
ce qu'ils sont peu enclins à faire actuellement
faute de moyens financiers -. Le ministre aux collectivités
territoriales va se pencher aussi sur la réforme
de la taxe professionnelle, importante pour les
finances locales qui doit se mettre en place en
principe le 1er janvier
2006. La Commission
Fouquet a rendu un rapport préconisant l'imposition
des entreprises sur la valeur ajoutée. Enfin,
Brice Hortefeux compte également se pencher
sur le statut des polices municipales.
Brice Hortefeux occupe un poste-clé. Il peut
se faire des amis en appuyant tel ou tel pour le
maintien d'un service public local ou en donnant
des subventions, mais malheur aux déçus,
ils peuvent aussi avoir la rancune tenace ! D'ailleurs
pour ne pas avoir la grosse tête - il songe
néanmoins à se présenter à
la mairie de Clermont-Ferrand détenue depuis
soixante ans par les socialistes - le nouveau ministre
a fait imprimer des lettres à en tête
ministériel spécifiant " Brice
Hortefeux, ancien ministre ". " J'ai vu
tellement de ministres qui ont la grosse tête"
affirme-t-il. Peut-être aussi pour faire savoir
comme son patron qu'il ne traînera pas longtemps
ses guêtres au gouvernement de Dominique de
Villepin.
Christian Estrosi tente
le cumul
Christian
Estrosi, président du conseil général
des Alpes-Maritimes, nouveau ministre de l'Aménagement
du territoire a trouvé un autre " cactus
" à l'adresse du nouveau premier ministre.
Il a décidé de rester malgré
les consignes de non cumul de Dominique de Villepin,
président de son département des Alpes-Maritimes.
Ce sera sans doute au chef de l'Etat de trancher
ce premier différent. Cet ancien champion
de moto, élu pour la première fois
député de Nice en 1988, se voit confier
le dossier sensible de l'aménagement du territoire
alors qu'il est un spécialiste de la sécurité
intérieure. Mais la place est prise par le
" patron " Nicolas Sarkozy !
Il faut souhaiter que les titulaires de ces postes
ministériels si importants pour la lutte
contre la fracture sociale qui passe désormais
par la fracture territoriale - les villes et les
campagnes, les centres villes et les banlieues,
la carte médicale désertée
au nord et surabondante dans le sud etc..) ne soient
pas des intermittents mais qu'ils fassent avancer
des dossiers qui comme celui de la future taxe professionnelle
sont urgents à conclure. La réussite
du redéploiement de la police et de la gendarmerie
à travers le pays, parfaitement organisée
et réussie par Nicolas Sarkzoy, est un exemple
encourageant
à suivre par ses deux
" lieutenants ". Bonne chance à
eux car ils ont du pain sur la planche !

Le directeur de la Lettre Horizons
politiques
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