Une affaire ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes !
- Le 10 septembre 2009, alors que la veille, le conseil des ministre a mis un préfet, accusé de racisme - devenu « un pauvre homme » aurait dit le ministre de l’intérieur - « à la retraite d’office », le Monde diffuse sur son site internet une cassette vidéo, enregistrée, le 6 septembre, par un journaliste professionnel de Public-Sénat, lors de l’université d’été de l’UMP à Seignosse : le ministre de l’intérieur et des participants mêlent leurs voix dans un dialogue surréaliste autour d’un jeune militant d’origine maghrébine : « lui, il parle arabe…il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière » « Ah mais ça ne va pas du tout, alors, il ne correspond pas du tout au prototype, alors. C’est pas du tout ça », réplique le ministre ; « c’est notre petit arabe » dit une participante et le ministre d’enchaîner sur ce propos « bon, tant mieux. Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ».
Les explications du ministre, du Premier ministre, de l’UMP, des porte-parole du parti pour affirmer qu’il s’agissait d’Auvergnats et non de maghrébins (!) ne convaincront personne même pas le président de la République ! De ce dérapage, la presse étrangère s’en emparera et ne lâchera plus l’actualité française, d’autant que se prépare, à New York, le sommet du G20. La phrase du ministre de l’intérieur s’incruste dans les commentaires durant des semaines, rebondira en décembre avec le débat imposé sur l’identité nationale, perdurera sûrement dans les annales de la science politique… Au-delà de ce débat, s’ouvre également une autre polémique, pas prête de se terminer : la liberté d’informer de tout que conteste déjà l’exécutif et ses relais partisans. L’opinion ne s’y trompe pas, elle préfère le « Petit Journal » de Canal+ à l’information sélective et non dérangeante de Public-Sénat, dont le patron a « voulu enterrer la vidéo sur Hortefeux », comme l’a bien décrypté Médiapart.
Les souffrances au travail et l’affaire Clearstream
- Le 14 septembre, un cadre de Pôle emploi tente de se pendre…Suicides, souffrance au travail, stress, harcèlement, n’entrent plus dans la simple rubrique des faits divers : le mal-vivre, problème de société, devient rapidement un problème politique. Ce 15 septembre, la directrice départementale de la protection judiciaire de la jeunesse à Paris tente de mettre fin à ses jours ; elle parlera, dans les jours suivants de « maltraitance institutionnelle » et portera à la connaissance du public l’état de stress du personnel de ce service exemplaire face à « l’approche strictement comptable ». Mais ce même 15 septembre, le ministre du travail reçoit le président de France-Télécom ; quatre jours auparavant, le 11 septembre, un 23ème suicide (25 au 15 octobre 2009) était constaté, en un an et demi, au sein du personnel de l’entreprise. A Pôle Emploi, ce sont trois tentatives de suicide.
- La semaine suivante, le président de la République dérape : le 23 septembre, il parle, à propos de l’affaire Cleastream, des « coupables » concernant les personnes poursuivies ; Dominique de Villepin est visé plus que les autres. « Manquement constitutionnel grave », séparation des pouvoirs bafouée, présomption d’innocence jetée au feu, le lapsus révélateur présidentiel déclenche un front de suspicion au sein même de la majorité, alors que déjà les bruits de chaises musicales pour les prochaines nominations aux postes clefs de la Justice, arrivent aux oreilles des électeurs. A la veille des journées parlementaires de l’UMP, chaque député fait remonter déjà les doutes et sarcasmes qui courent les marchés de leur circonscription.
Les deux taxes qui vont baliser ce quinquennat
- Les Français ne comprennent pas bien le débat technique sur la taxation de tonnes de CO2…du CO2 que certains aussi veulent enfouir dans le sous-sol, alors que l’on croyait le CO2 à l’air libre, pollué mais libre quand même ! Les écologistes croient comprendre, les députés et sénateurs font d’énormes efforts pour suivre cette remarquable invention. Mais l’invention demeure une taxe et une taxe ne fait pas de bons électeurs. La taxe carbone, donc , suit son chemin, l’opinion des électeurs aussi…La fin du parcours est connue ; le Conseil constitutionnel, en cadeau de Noël pour le président de la République, n’a pas mis fin à l’existence de la taxe, mais l’a estimée proportionnellement injuste puisqu’une catégorie de pollueurs n’avait pas été retenue. Tout redevient juste en 2010 à cette différence près que non seulement tous les électeurs paieront la taxe mais aussi les industriels ce que le président de la République va devoir expliquer aux chefs d’entreprise avant le scrutin de mars 2010.
- Autre cerise sur le gâteau, la suppression de la taxe professionnelle que tout le monde, aussi, a vite saisie comme un transfert et qu’il faudra bien payer sous une autre forme et avec d’autres contributeurs si l’on veut assurer le budget des communes, départements et régions. La suppression de la taxe sera votée, son remplacement donne lieu à une répartition différente de la part de chaque contributeur dans les budgets communaux : celle des ménages va représenter 66,46 % au lieu de 56,36 %...et celle des entreprises, inversement passe de 33,39 % avant la réforme à 16, 21 % désormais.
Le Président va tenter de « reprendre la main » le 25 janvier sur T1 au cours d’un entretien télévisé qui se déroulera en deux temps : la première sous forme d’interview classique dans le journal de 20h puis une discussion d’une heure avec des Français représentatifs.
La suppression de la taxe professionnelle aura fait sortir du bois quelques agitateurs de la majorité mais cette hostilité de façade n’avait rien de sérieux : l’exemple, par excellence, est l’attitude de l’ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin qui, entre deux voyages, embarquent vingt-quatre sénateurs pour signer, le 1er novembre, une tribune grandiloquente, annonçant qu’ils ne voteront pas le dispositif « actuel ». Non évènement ou fausse nouvelle ? Nouvelle quand même, qui a énervé l’Elysée…mais passagère puisqu’au premier scrutin public les mêmes hommes se sont empressés de voter la suppression. Sourire à droite et à gauche, aurait ajouté un service analytique pour rendre compte de cette raffarinade supplémentaire. Quant aux maires de droite venus à leur congrès pour huer le Premier ministre, ils ont, par discipline aussi, rangé leurs cornes de brume.
Le « grand emprunt » a suscité tout autant de passion et laissé une odeur de poudre à l’Elysée car c’est au cœur du palais que les divisions étaient les plus vives : le conseiller spécial, Henri Guaino « conseillait » une augmentation massive pour relancer partout et vite la machine économique et soixante-trois députés le suivirent, le 3 novembre, en signant un appel en ce sens. Manque de chance c’est le « petit emprunt » qui a triomphé. L’histoire des prochains mois ou des deux prochaines années dira si de Guaino ou du couple Juppé-Rocard aura eu raison
Juppé, Rocard, Raffarin mais aussi Jean Arthuis, président de la commission des finances du Sénat sont venus perturber la si belle partition mais la baguette du chef n’est pas tombée et l’orchestre continue toujours de jouer ! Seulement des anciens ministres se rappellent au bon souvenir de l’Elysée : de de Villepin, à Dati en passant par Boutin, Jégo ou Albanel, tous ont un mot aimable et combien de souvenirs à conter ! Des préfets, aussi, se confient et racontent le « ras-le-bol » de certains représentants de l’Etat.
Opération fiasco de la vaccination contre la grippe H1 N1
En matière de propagande, le « bing bang » des masques et vaccins pour protéger de la grippe dite porcine ou scientifiquement H1N1 demeurera l’un des grands moments du quinquennat. Tout avait commencé à la rentrée scolaire, début septembre, lorsqu’il fallait sensibiliser l’opinion par une rocambolesque fermeture de classes et un plan d’urgence médicale et médiatique dans l’académie de Créteil, destiné tant à montrer le danger du virus que tester l’efficacité du dernier gadget de l’éducation nationale, les cahiers de textes électroniques. Dès le 10 novembre, tout indique que les stocks de vaccins sont très nettement supérieurs aux besoins réels mais de manière plus grave, les files d’attente pour les vaccinations sont interminables, les médecins libéraux exclus du mode opératoire ; les Français ne répondent pas davantage à l’appel à la vaccination de masse. Ne pas se faire vacciner correspond même à une forme de résistance au sarkozysme, concluent la plupart des sociologues…Opération fiasco avec ces révélations tardives de la nécessité d’écouler - c’est-à-dire revendre - des stocks inutilisés, voire pour certains, dès avril 2010, inutilisables. Combien aura coûté, au final, l’opération Tamiflu qui, préparée au printemps 2009 par des campagnes d’information déjà onéreuses, n’a pas fini de faire parler d’elle. Sans commission d’enquête parlementaire, on ne peut compter que sur la Cour des comptes - sans désormais Philippe Séguin - à la demande d’une commission des finances de l’une des deux assemblées, pour se frayer un chemin et parvenir à la vérité. Au moment où l’obsession du classement de Shanghai nous pousse dans les bras des écoles de commerce, supérieures ou non, la lamentable gestion de l’opération grippe H1N1 n’est-elle pas l’exemple de la contreperformance ? Mais derrière les attentions particulières que porte le pouvoir à l’industrie pharmaceutique et l’investissement personnel du chef de l’Etat - encore le 26 octobre - aux travaux du conseil stratégique des industries de santé, n’y aurait-il pas d’autres intérêts croisés avec certains organismes, sous couvert de recherche, peu enclins à la compétitivité mais plus proches des rentabilités dans le domaine du conseil et de la communication ?
L’affaire de l’EPAD et la promotion familiale
La semaine du 8 octobre 2009 est une semaine d’enfer pour tout le monde : la majorité ne sait plus à quel saint se vouer et l’opposition, en réplique obligée, court les plateaux de télévisions et radios : le second fils du président, seulement en deuxième année de droit, à 23 ans, va devenir président du plus puissant et plus riche établissement public d’aménagement, celui de la Défense. Jusqu’au retrait de sa candidature, dans un scénario télévisé remarquablement orchestré, cette promotion familiale va choquer députés, sénateurs UMP et surtout l’opinion. « Népotisme » est lâché mais ce sont tout autant le rapport entre la fonction, l’âge et l’absence de diplôme que le privilège familial qui sont invoqués par une opinion publique qui peine dans le travail, supporte difficilement le chômage des jeunes et dont le quotidien consiste à trouver le dernier centime joint à quatre vingt dix neuf autres pour faire un euro.
Un mois plus tard, le premier fils sera, lui aussi la cible des investigations journalistiques à propos de subventions présumées obtenues pour son activité professionnelle ; le Canard Enchaîné révèle aussi que ce fils rappeur a été traduit devant le conseil de discipline de l’Université de Nanterre pour avoir tenté de recopier des notes de cours à l’occasion d’un examen final de première année et le Canard d’ajouter « à eux deux, les frères Sarko cumulent tout de même trois années de droit » !
Alors que l’affaire de l’EPAD fait déjà le tour du monde, durant le mois d’octobre, la presse internationale s’empare, le 9 novembre, d’un autre sujet, au demeurant sans intérêt, mais qui, lorsqu’il s’agit d’une grossière erreur de calendrier, manipulé, pour la circonstance, en opération de communication politique, devient presque une affaire d’Etat. Une photo de Nicolas Sarkozy, marteau et burin aux mains, effritant le mur de Berlin, que l’Elysée veut faire passer comme un instantané pris le jour même de la brèche dans cette muraille de la honte. Non seulement, Nicolas Sarkozy n’était pas ce jour là à Berlin, mais le comble du ridicule atteignait le Premier ministre, différents dirigeants et porte-paroles de l’UMP, Alain Juppé lui-même qui s’efforçaient de trouver une justification à ce cliché et à sa légende, au risque de mentir à leur tour. Lamentable péripétie qui fait songer à ce propos de Ségolène Royal : « Nicolas Sarkozy peut mentir avec une telle mauvaise foi qu’il serait capable de vendre des frigidaires aux esquimaux » ! …
Denys Pouillard
Directeur de l’Observatoire de la vie politique et parlementaire
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