Comme convenu, voici un rapport d’étape par le politologue Denys Pouillard sur les élections partielles de septembre-octobre (voir ici).
Les déconvenues successives de la gauche enregistrées au cours de ces dernières semaines dans la cantonale du Val d’Oise et la municipale partielle de Corbeil-Essonnes (deux élections très médiatisées) sonnent comme un sérieux avertissement.
Le coup est d’autant plus rude que l’élection à Corbeil-Essonnes de l’homme-lige de Serge Dassault Jean-Pierre Bechter a été obtenue, en partie, dans les quartiers dits sensibles, tels que les Tarterêts qui ont voté à droite.
« Vous en connaissez beaucoup des villes qui ont voté à 56% pour Ségolène Royal et qui élisent un maire de droite ? » a déclaré le 4 octobre, le vainqueur UMP qui l’a emporté à l’arraché sur un candidat communiste soutenu imparfaitement au deuxième tour par les électeurs socialistes et Verts.
Un sujet de réflexion supplémentaire pour les socialistes entrés en pleine méditation sur les chemins (plus de candidats de la diversité ?) à emprunter pour leur rénovation..
Après les universités d’été, est venu le temps des élections partielles. On croyait l’UMP et la droite en général dans une situation instable, voire même en perte de vitesse. « L’espoir à gauche » augurait des rassemblements « arc-en-ciel », des unions impossibles, du « jamais vu ». Les partis de gauche et le centre d’opposition, hélas, doivent déchanter et les pronostics comme les sondages locaux n’ont aperçu du paquet-cadeau que l’emballage. L‘intérieur de la boîte était muni d’un ressort, celui qui fait surgir, comme un pandore, l’épouvantail que personne n’attendait.
Dans une précédente étude (cliquez sur ce lien), nous proposions pour ces élections de l’ « automne indien » deux probabilités : celle d’abord d’une droite défaite, battue à Carcassonne et Corbeil, incapable de reprendre le Val d’Oise…et par voie de conséquence un grand chelem pour la gauche ! L’analyse tempérée qui concédait à la gauche Carcassonne mais laissait les choses en l’état partout ailleurs, et pourtant…rien de tel au soir du 4 octobre.
Les candidats de l’UMP et ceux du centre droit allié à la majorité présidentielle ont non seulement résisté à toutes les vagues d’assaut des différentes compositions d’union de la gauche, mais ils ont établi une tête de pont importante dans la conduite de la guerre pour les élections régionales, dans cinq mois.
Si la gauche dans sa grande variété se félicite de sa victoire à Carcassonne et de son score «écologique», sans précédant, dans la douzième circonscription des Yvelines, elle doit, néanmoins, réfléchir sérieusement sur sa capacité de renouvellement et de mobilisation.
Les résultats de deux dimanches consécutifs font état de la perte d’un canton PC dans le Val d’Oise et par voie de conséquence, la disparition de majorité politique de gauche au conseil général ; la chute d’une ville PC, dans le Nord (Pecquencourt) et l’échec de la liste conduite par le PC à Corbeil.
Est-ce pour autant la faute d’avoir laissé le parti communiste partir en premier de cordée dans ces territoires ? Oui en partie…mais ni le parti socialiste, ni les écologistes, ni le Modem et encore moins le parti de gauche n’avaient les moyens d’imposer leur choix.
Le message anti-PC passe toujours bien à droite
La réalité revient à la vieille recette électorale qu’il est toujours plus facile pour la droite de faire campagne contre le PC que contre un autre candidat de gauche ! A Corbeil, comme dans le canton d’Argenteuil-Est, le message, anti PC, en période de crise, recueille des suffrages.
Néanmoins, cette victoire de la droite est courte, étriquée, peut-être même en suspension, si de nouveaux recours en annulation ne viennent pas bousculer la légitimité des urnes : 5 voix de mieux dans la législative partielle des Yvelines, 27 voix à Corbeil, 17 voix à Pecquencourt !
A Brou-Chantereine (Seine-et-Marne) et dans le canton de Puy-en-Velay-ouest (Haute-Loire), l’UMP conserve ses positions, tandis que le parti communiste réunionnais se maintient à Saint-Louis et Saint Paul, le PS dans le canton de Saint-Denis 4 et le centre d’opposition à Saint-Leu-2.
L’effet « rassembleur » de la gauche n’est pas évident
Certes, les forts taux d’abstentions ne préjugent pas des résultats obtenus à l’occasion de renouvellements normaux mais il convient d’observer que les seconds tours dans les élections cantonales et municipales partielles, depuis un mois, ont mobilisé plus à droite qu’à gauche et que l’effet « rassembleur » de la gauche a peine à trouver une identité.
Faudrait-il même qualifier de brouillage le débat sur les « primaires » qui n’a pas clairement réglé - et qui ne le pourra, sans doute jamais – le problème des alliances.
Le discours que certains experts du PS - pas tous - raccourcissent à un simple axiome : la droite n’a pas de réserve après le premier tour…la gauche rassemble au second tour, ne pourra perdurer. Les élections partielles ont démontré le contraire et le pire n’est pas encore arrivé…lorsqu’un seul tour de scrutin suffira à balayer l’opposition…les oppositions.
Denys Pouillard
Directeur de l’Observatoire de la vie politique et parlementaire