La lettre de la décentralisation



 

4 septembre 2009

Dans l’actualité politique, les grands médias s’attachent à décrire ou susciter des  grandes déclarations d’intention de la part des leaders nationaux qui tentent de mettre en place leurs stratégies.
Ici à « Horizons politiques », nous cherchons à décrypter la réalité du terrain et la réactivité  de nos concitoyens à toutes ces diverses initiatives qui foisonnent en cette rentrée  (réforme de l’Etat, taxe carbone, élargissement de la majorité présidentielle, renouveau du PS etc.).  
Et quoi de plus probant pour étudier la  réponse de nos concitoyens que les élections partielles au fil des semaines de rentrée.
Le politologue Denys Pouillard a recensé ces rendez-vous électoraux dans les prochaines semaines et  il en présente les enjeux, parfois importants, comme par exemple,  le basculement éventuel à droite du département du Val d’Oise ou  la municipale de Corbeil-Essonnes où l’élection du maire UMP, Serge Dassault qui ne se représente pas a été annulée par le Conseil d’Etat. L’atmosphère est si tendue sur le terrain dans cette ville de banlieue parisienne qu’un candidat – vert - a demandé à l’organisation européenne (OSCE) qui habituellement délègue des observateurs dans les pays fragiles ou en voie de démocratisation, de venir superviser le scrutin. Bonjour l’ambiance !
Une fois le verdict des électeurs rendu, il sera temps d’en tirer les conclusions – majorité présidentielle en recul ou pas, maintien du PCF ou pas, nécessité pour le PS d’alliances arc-en-ciel avec le Modem ou pas.
Nul doute que Denys Pouillard qui nous présente les enjeux  de ces élections partielles saura en tirer d’ici à la fin octobre les conclusions dans la perspective des prochaines élections régionales de mars 2010.
A suivre donc avec intérêt pour  les internautes qui s’attachent à suivre sur « Horizons Politiques »,  l’évolution des  réalités locales plutôt que de se laisser emporter – voire berner -  par les fameuses déclarations…  de portée nationale, sans lendemains !  

François Gervais


En pleine préparation
des élections régionales de mars 2010
Des élections partielles à haut risque
pour la majorité présidentielle
en septembre–octobre




par Denys Pouillard,
Directeur de l’Observatoire de la vie politique et parlementaire


 

Les rentrées politiques, depuis l’époque giscardienne, vivent au rythme des universités, dites, d’été et se finissent, d’ordinaire, par les journées parlementaires.
Des rendez-vous électoraux, au mois de septembre, viennent aussi gâcher les belles illusions et rendent au bleu et au rose déjà les quelques pâleurs de l’automne. Ceux-ci ouvrent le bal d’un festival politique chargé au cours duquel l’Elysée va tenter de réaliser, sans complexe, pour les élections régionales, une union électorale relativement hétéroclite en un seul coup de dé, sans réserves au second tour.
La majorité présidentielle se persuade que localement les conseils sortants de gauche auront tendance à imposer, à leurs partis respectifs, la reconduction de listes de gestion. Un calcul qui n’est pas faux mais qui bipolarise entièrement le scrutin sans pour autant assurer au premier tour une majorité régionale et qui redonne au Modem et à François Bayrou un espace modeste et un angle d’attaque dans la perspective d’une alliance « arc en ciel », au second tour, contre la droite libérale et nationale.
Les élections municipales de Carcassonne, de Corbeil et celles du canton d’Argenteuil-est sont autant de tests pour la gauche qui n’avait toujours pas, à la veille des vacances (à Perpignan et à Aix-en-Provence) montré sa capacité à surmonter ses divisions et à convaincre son « peuple ».

Pas de tout repos pour la majorité présidentielle

Quelques « partielles » rappellent donc à l’ordre, en septembre et octobre, les états-majors politiques. Elles ne sont pas de tout repos pour la majorité présidentielle. Qui peut perdre deux villes importantes mais aussi gagner un canton et reprendre la majorité dans un conseil général en Ile-de-France.
Le scénario catastrophe de l’UMP est, bien entendu, de perdre Carcassonne et Corbeil et ne pas reconquérir l’assemblée départementale du Val d’Oise. Ce dernier cas de figure redonnerait confiance à une union de la gauche qui se cherche désespérément sans avantager le PS ; le parti communiste sortirait plutôt vainqueur de ce galop d’essai, en pleine « fête de l’Humanité ». Une manière de normaliser le périmètre communiste que le futur redécoupage électoral législatif, au demeurant, ne fragilise pas…

« Son et lumière » à Carcassonne

A Carcassonne, d’abord, où l’on votera les 6 et 13 septembre prochains pour élire un nouveau conseil municipal ; en mars 2008, l’UMP n’avait conservé cette ville fortifiée qu’avec 56 voix d’avance (le tribunal administratif de Montpellier n’en avait même consenti que 40…mais validé quand même l’élection !). Le Conseil d’Etat a vu les choses différemment  et estimé que des « manœuvres » avaient pu altérer la sincérité du scrutin ; en conséquence, il a annulé les élections municipales de mars 2008.
Espoir au PS qui compte effacer son échec local de Perpignan par la conquête, dans un autre département de la Région, d’une ville importante, à six mois des élections régionales.

Les statuettes et le blason  de Saint-Cyprien

Ces deux mêmes dimanches de septembre, on votera aussi à Saint-Cyprien. Si la gauche n’a aucune ambition dans ce fief acquis, en principe, à la droite, la majorité présidentielle, en revanche, doit remettre de l’ordre dans sa propre maison : deux maires successifs, en un an, poursuivis par la justice, et la disparition tragique du premier n’ont pas redoré le blason des élus locaux UMP et divers droite : « soustraction, détournement, complicité de détournement de biens publics, trafic d’influence, prise illégale d’intérêt et blanchiment aggravé »…pas seulement pour des statuettes et œuvres d’art !
Les élus municipaux, en démissionnant collectivement, ont voulu clarifier une situation administrative et surtout mettre fin à une communication contre-productive qui portait préjudice à l’image de la station touristique. Certes…mais la nouvelle municipalité devra concourir à la manifestation de la vérité et ne pas se mettre la tête sous l’oreiller.

La curieuse jurisprudence des « assignats » de Corbeil

Dans l’Essonne, gauche et droite remontent sur le ring et en matière de morale politique, les deux camps ont suffisamment de munitions pour se traiter de tous les noms d’oiseaux : Julien Dray alimente la chronique de la droite et le retour annoncé mais vite abandonné de Xavier Dugoin a redonné du souffle à la gauche.
Rendez-vous donc, le 27 septembre, à Corbeil où l’UMP, sans Dassault inéligible pour un an mais avec comme candidat, Jean-Pierre Bechter, - le bras droit du même Serge Dassault au groupe du « Figaro » et  ancien suppléant de Jacques Chirac en Corrèze - doit se battre, cette fois, sans « dons aux électeurs », ni chantages, pour tenter de conserver la mairie de cette ville de 40 000 habitants.
Ce qui est remarquable dans cette affaire presque familiale - le père du propriétaire du Figaro, Marcel Dassault, n’était-il pas dans les années 60, suspecté de faire aussi des « dons », dans sa circonscription de l’Oise, à des électeurs reconnaissants ? - c’est la modernisation astucieuse de la fraude caractérisée d’une escroquerie électorale : en clair, l’argent donné de la main à la main à un supposé électeur aurait du être déclaré dans les comptes de campagne ! La commission nationale des comptes de campagne ne pouvait pas faire autrement ; le Conseil d’Etat, non plus ! Payer un électeur n’est donc pas un délit puisque rien ne garantit que le récepteur du don ait voté pour le généreux donateur. Il est vrai qu’à l’inverse, un élu qui reçoit un don au cours de sa campagne électorale ne peut garantir qu’il en fera un bon usage…qui plus est s’il est battu ! Par ailleurs, les « assignats » de Corbeil pouvaient très bien être considérés comme des dons temporaires (comme, aujourd’hui, les suppléants des parlementaires) ; un don pour la durée de l’élection, remboursable au donateur en cas d’échec ! Un système à mettre au point… rien que pour faire « plancher », à l’avenir, les conseillers d’Etat !!
Les enfants terribles de la gauche locale, Mélenchon - encore dans l’Essonne pour l’occasion – et Valls attendent que tombent les fruits murs : le premier plaidant l’union de la gauche juge que ce qui serait bon à Corbeil, le serait inévitablement pour son « Parti de gauche » ; le second attend la chute de la maison Dassault pour élargir le périmètre de sa communauté d’agglomération.

La présidence du Val d’Oise en jeu à Argenteuil
 
Le Conseil d’Etat avait validé les élections municipales d’Argenteuil peu de temps après avoir annulé le scrutin cantonal d’Argenteuil-est. L’UMP qui croyait pouvoir faire d’une pierre deux coups en est réduite à se replier sur une campagne isolée face à la conseillère communiste, élue en mars 2008 avec 22 voix d’avance !  L’enjeu de cette élection cantonale partielle qui doit se dérouler fin septembre-début octobre est néanmoins important puisqu’une victoire de l’UMP, en septembre à  Argenteuil-est, ferait basculer de nouveau l’assemblée départementale du Val d’Oise à droite.
Une victoire de l’UMP donnerait l’occasion de sonner la charge au plan national et, pratiquement, d’engager le début de la campagne électorale des élections régionales en Ile-de-France.

A La Garenne-Colombes, toujours la « guerre des clans »

Dans les Hauts-de-Seine, la droite ne court aucun risque dans le canton de La Garenne-Colombes. Cependant, la guerre des clans va agiter le microcosme local. Philippe Juvin, devenu député européen, abandonne son mandat de conseiller général et fait désigner, par l’UMP, Isabelle Caullery pour lui succéder ; le président du conseil général, Patrick Devedjian - et patron départemental de l’UMP - aurait été mis devant le fait accompli…une initiative de l’Elysée, semble-t-il !
Mais la candidate de l’UMP est aussi une « ancienne » du clan Pasqua, ce qui ne manque pas d’agiter le chiffon rouge, en ce moment, devant les yeux du président du conseil général aux prises avec le fondateur du pôle universitaire Léonard de Vinci et rappeler de fâcheux souvenirs de l’intrusion, dans un dossier de financement occulte, en 2001, d’une banque chypriote et de Noulis Pavlopoulos, directeur de la « fac Pasqua ». L’arrivée d’Isabelle Caullery dans l’assemblée départementale apparaîtrait aussi comme un pied à l’étrier dans la promotion sénatoriale de l’UMP pour 2011, alors qu’elle s’attendait déjà à prendre la place, dans l’ordre de succession, à Charles Pasqua, au cas où ce dernier, comme il l’avait envisagé, songeait à ne rester que trois ans (2004-2007) au Palais du Luxembourg.

Yvelines : Dieu reconnaîtra les siens
 
Département tout en bleu de tradition où la République s’offre quelques coups de gueule, et où l’UMP locale, malgré ses poids lourds qui lui restent - Gérard Larcher, et Valérie Pécresse - est obligée de s’allonger sur un divan et écouter docteur Freud.
Deux députés ont déjà remis boucliers et épées dans des conditions peu glorieuses : Pierre Bédier s’était fait astucieusement nommé parlementaire en mission en misant sur le calendrier judiciaire et la possibilité de faire coïncider la fin d’une première mission à quelques jours d’un arrêt définitif de la Cour de cassation concernant la privation de ses droits civiques et par voie de conséquence son inéligibilité ; bien joué, puisque le renouvellement de sa mission au-delà des six premiers mois le rendait d’office démissionnaire de son mandat de député, lui évitant ainsi la procédure de déchéance automatique, après la décision de la Cour de cassation ; au final pas d’élection partielle qui aurait été peut-être fatale à l’UMP mais un siège conservé et attribué à la suppléante.
Le collègue co-inculpé et co-condamné, de Pierre Bédier, Jacques Masdeu-Arus, préféra aller jusqu’au bout de l’aventure et même au-delà puisque refusant de démissionner même vingt-quatre heures avant la publication de la décision du Conseil constitutionnel s’est retrouvé « déchu de son mandat » ; cela n’aurait rien changé aux conséquences mais en allant au devant de cette décision considérée, d’ordinaire, par les députés comme infamante, le député UMP de la douzième circonscription n’a-t-il pas voulu montrer une différence avec Pierre Bédier ? Assumer et non fuir…En tout état de cause une élection législative partielle aura lieu en octobre  dans ce fief inaccessible pour la gauche.
L’autre « législative partielle » est provoquée par la colère de Dieu. La très chrétienne ex ministre du Logement a écouté la voix céleste : se sacrifier et refuser de siéger à l’Assemblée en contraignant les électeurs à se rendre aux urnes, en octobre prochain. Les anciens membres du RPR qui n’ont pas la mémoire courte se souviennent d’avoir du supporter, en 2002, la candidature de Christine Boutin, aux élections présidentielles ; les militants de l’UMP ont peu goûté les propos désobligeants après son éviction du gouvernement, son chantage dans la course à la présidence de l’assemblée départementale et sa victimisation permanente… jusqu’à la chapelle Sixtine.

Denys Pouillard
Directeur de l’Observatoire de la vie politique et parlementaire

   
 
 

 

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