La lettre de la décentralisation



 

3 mars 2008



Avertissement

« Horizons politiques » présente une analyse électorale de Denys Pouillard sur le panorama complet des municipales des 9 et 16 mars prochain. Ce politologue oscille entre un pronostic allant d’une victoire de « haute couture » à celle d’un « prêt à porter » mais, selon lui, les jeux sont faits et le scénario du redressement total de la droite lui apparaît pratiquement impossible dans les circonstances actuelles.
Nous poursuivrons cette présentation électorale avant le scrutin par une projection des cantonales (la moitié des cantons sont renouvelables dans tous les départements) et – c’est une exclusivité - une projection sur les résultats des … sénatoriales de septembre 2008.
A lire attentivement et à conserver.

FG


Les municipales des 9 et 16 mars :
Grand Chelem ou honorable victoire pour l’opposition ?



par Denys Pouillard,
Directeur de l’Observatoire de la vie politique et parlementaire


 

Une victoire annoncée de la gauche aux élections municipales et cantonales peut revêtir différentes formes.
Il y a le modèle « haute couture » dans lequel, la droite ne conserverait plus que quatre ou cinq très grandes villes dont Bordeaux et Nancy, alors que la gauche ne perdrait que trois chefs lieux de département et gagnerait entre treize et dix-sept grandes villes.
Le second scénario (modèle « prêt-à-porter »), c’est l’hypothèse d’une situation défavorable à la droite dans une huitaine des très grandes villes à l’exception de Marseille, Strasbourg et Toulouse qu’elle conserverait. Les villes moyennes, par contre, seraient plus nombreuses à basculer à gauche ; une gauche qui, au demeurant, se maintiendrait dans certaines villes de l’Est et ne concéderait à la droite que deux ou trois petites villes de l’Ouest et du Centre. C’est le scénario a minima pour chacun des deux camps : il correspond à une appréhension plus locale du comportement des électeurs.
Y a-t-il un troisième scénario ? Celui, par exemple, d’une victoire totale de la droite. Compte tenu de l’incapacité de la droite à reprendre Paris et Lyon, il ne peut y avoir de chance, particulièrement pour le second tour, de réveiller un électorat largement assommé par les initiatives sans cohérence du président de la République et surtout par son style qui choque, vraisemblablement encore plus en province qu’à Paris.

Néanmoins, la majorité présidentielle, au regard des sondages répétitifs ne peut plus dissocier le scrutin local des indices d’opinion à caractère national et c’est sur une progression très forte de la gauche, en voix et en gain de municipalités qu’il faut compter, sans atteindre les scores un peu rêveurs de certains socialistes (une trentaine de villes de plus de 20 000 habitants).
La perte, par la droite, d’une vingtaine de ces municipalités serait considérée, déjà, dix mois seulement après la victoire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle comme une cinglante défaite. L’année prochaine, le scrutin proportionnel européen pourrait bien confirmer la descente aux enfers dont les portes seraient grandes ouvertes pour l’autre scrutin proportionnel, régional de mars 2010.

Le modèle « haute couture » pour le PS

Paris et Lyon demeurent à gauche et le PS ajoute à ses grandes villes et capitales régionales (Nantes, Rennes, Lille, Dijon, Clermont-Ferrand, Poitiers, Limoges, Montpellier, Besançon) les historiques bastions de Marseille et Toulouse ; reprend Strasbourg et Rouen, conquiert Caen. Dans la foulée et miraculeusement, la gauche revient à Orléans, s’empare, étonnement de Metz mais échoue devant Bordeaux.

Cette victoire totale du parti socialiste, seul ou presque, reproduit alors le scénario des régionales de 2004 et après l’association des régions de France, c’est au tour de l’association des maires de grandes villes de porter sa majorité de gauche à 90% de ses membres.

Car cette hypothèse de victoire, selon les sondages actuels dans les très grandes villes, se double d’une autre perspective à gauche : en conservant aisément Grenoble, Villeurbanne, Le Mans, Brest et Tours c’est un retour annoncé à Quimper, Saint-Brieuc et Chalon-sur-Saône ; et au second tour, compte tenu du comportement de l’électorat Modem, se coloreraient en rose Saint-Etienne, Angoulême, Périgueux, Alençon et Châteauroux ; les divisions à droite pourraient même profiter à la conquête de Nîmes, Reims et Colmar.

Le mystère du poids des « Orange »

Le mystère demeure entier à Pau où François Bayrou, mal placé au premier tour, affaiblirait de fait les candidats Modem et leur intégration aux listes de gauche, dans le cadre de négociation au second tour. Son choix d’alliance locale, s’il ne peut se maintenir au second tour, déterminera aussi la stratégie définitive des socialistes, non seulement pour les élections municipales et particulièrement à Paris, mais encore pour la mise en œuvre de la politique de rénovation, à l’avenir.
Une fois encore le chef des centristes pourrait s’inviter dans le débat et troubler le jeu mais gare au destin de son mouvement où se distingueront dès lors les nouveaux militants, plus à gauche, et les anciens UDF, toujours à droite.
A Aix-en-Provence, c’est le Modem, en revanche qui peut créer la surprise ; quant à Mulhouse, il faudra compter la ville comme un gain - par défaut - de la droite présidentielle.
Seules Nancy, Arras (Modem/Ump), Nice et Perpignan échapperaient au blitzkrieg, et les maires sortants d’Amiens et du Havre auront de très grosses difficultés à conserver leurs villes dans la majorité présidentielle.

Néanmoins, la gauche sortante est très menacée à Belfort, Chambéry, Angers, affaiblie à Tourcoing, Charleville-Mézières, et Villeurbanne

Un « prêt-à-porter » légèrement porté à gauche

Il correspond à une égalité de gains et pertes dans les villes moyennes et un léger gain de grandes villes à gauche .

La gauche détient une forte chance de victoires à Tarbes, Laval, Blois, Cahors, Rodez, et plus incertaines à Dieppe, Chartres, Montauban, Montluçon, Brive, Gap, Soissons alors qu’elle peut perdre Aubagne et Denain, Saumur, Agen, Bron, Chaumont, Le Puy-en-Velay, Istres, Saint-Priest, Schiltigheim, Romans et Salon-de-Provence

L’Ile-de-France et ses innombrables villes de 20 à 40 000 habitants connaîtra des alternances comme il s’en produit régulièrement , à chaque élection municipale ; les villes communistes sont menacées à la fois par les socialistes et la droite qui peut bénéficier de la désunion à gauche en Seine-Saint-Denis ; d’autres villes moyennes comme Villeneuve-Saint-Georges, Viry-Châtillon ou Chelles pourraient passer de gauche à droite.

Une réforme du Sénat après les municipales ?

La victoire de la gauche sera vraisemblablement la pire des victoires, celle qui arrive trop tard (2007) ou trop tôt (2012) ; une victoire embarrassante, alors que le PS attendra encore l’automne 2008 pour désigner son chef et que ce dernier ne sera pas nécessairement le candidat aux présidentielles de 2012 !
Une victoire qui confortera certains nouveaux barons, victorieux dans leur combat locaux, à prendre du galon, dans les courses d’obstacles à venir, rue de Solférino. Une victoire attendue qui reposera, non seulement le traumatisme de la rénovation, mais encore plus celui des alliances.
Au soir du second tour, les socialistes devront pointer avec minutie les transferts de voix : celles des électeurs du Modem, celles des électeurs des Verts et dans certains cas, devenus rarissimes, celles du PC.
Au Modem, aussi, les comptes seront refaits, à la recherche des soldats perdus, des déserteurs, des blessés…et rares seront les survivants, à l’exception de sept maires centristes qui ont déjà reçu l’estampille UMP. Quant à François Bayrou lui-même, son pari à Pau est loin d’être gagné et son résultat pèsera lourd dans le choix des futurs dirigeants du Modem, en avril prochain.
A l’UMP, enfin, les déconvenues municipales pourraient sonner le dernier couplet du chant de l’ouverture, à moins qu’à défaut d’hommes, le président commence à « siphonner » le puits des idées et en soustraire quelques unes qui, adressées directement aux représentants des collectivités territoriales au Parlement, mettraient à mal certains fauteuils, devenus presque inamovibles, en septembre prochain pour les élections sénatoriales dont les départements de Ain à Indre sont renouvelables.

Une réforme du Sénat pourrait en effet intervenir au lendemain des municipales. Elle tiendrait compte du choix territorial, régional particulièrement - comme le souhaitent les socialistes - et retiendrait un mode de représentation corporatif qui séparerait l’adhésion locale des citoyens de leur engagement national.

Denys Pouillard
Directeur de l'Observatoire de la Vie politique et parlementaire

 

 

   
 
 

 

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