La lettre de la décentralisation



 

30 janvier 2008

Avertissement

Horizons politiques termine, avec cette présentation de l’UMP par le politologue Denys Pouillard, le triptyque des grandes formations politiques françaises. Comme à son habitude, l’auteur ne mâche pas ses mots ni ses idées. Il en a donné la preuve avec ses précédents articles sur les centristes, « L’Etre et le Néant » (21-12-07), et sur le PS, « Bonjour tristesse » (11-01- 08) !
Chacun appréciera les analyses et jugements de Denys Pouillard mais, notamment dans ce dernier article, l’auteur dresse un tableau complet –et sans doute inédit– de toutes les formations, clubs et autres groupuscules de la galaxie chiraco-giscardo-villepino… sarkoziste de l’UMP ! Un véritable
«nœud de vipères»?, assure-t-il.
A vous de juger, car notre site est naturellement ouvert à toutes les appréciations, discussions ou contestations de la part des internautes qui s’intéressent –encore et toujours– à notre vie politique et à ses évolutions..

FG


3 - L’UMP : Un « nœud de vipères » …



par Denys Pouillard,
Directeur de l’Observatoire de la vie politique et parlementaire


 

En juin 2002, quelques observateurs, pourtant avertis de la vie politique française, doutaient de la pérennité de cette union pour une majorité populaire, née, par commodité, d’une simple transformation de l’Union pour la majorité présidentielle. Dans les faits, on conservait le sigle et l’on jetait l’emballage… c’est-à-dire tout simplement le président –Jacques Chirac–! Ainsi le quinquennat, s’il ne réussit pas à rendre «populaire» celui qui ne l’était déjà plus, servit, au moins, à un autre pour en faire une machine de guerre électorale. L’UMP fut une citadelle assiégée jusqu’au jour où un homme pressé –Nicolas Sarkozy–, n’en fit qu’une bouchée.
Ce jour-là et la manière dont se passa l’assaut, le «coup d’Etat» précédait déjà la «République impériale».

Faire du neuf avec du vieux

Ce que l’UNR puis le RPR n’avaient jamais réussi à mettre sur pied en quarante ans, l’UMP le réalisait en deux mois; un grand parti comprenant des minorités pas trop visibles et exclues définitivement du champ parlementaire: les radicaux de la Place de Valois, les indépendants et derniers paysans, les démocrates chrétiens centristes de Pierre Méhaignerie, Philippe Douste-Blazy et Alain Lambert, les libéraux d’Alain Madelin et d’Alain Lamassoure. Ceux qui vivaient sous perfusion depuis des années apprenaient une autre forme de cohabitation forcée, la «double appartenance».
S’y joignaient, les écologistes de droite (Génération écologie), les amis de Christine Boutin (les Républicains sociaux), des rescapés de l’UDF comme Hervé de Charette (Convention démocrate), les rénovateurs ou réformateurs d’Hervé Novelli.

La «vieille Maison» (RPR) faisait taire les courants: ceux des séguinistes d’un jour comme François Fillon, des chiraquiens de la première ou de la dernière heure (Juppé, Baroin, Debré, Alliot-Marie, Villepin, Cuq, Perben, Bachelot, Darcos, Lamour, Jacob, Copé, Barnier), des balladuriens échaudés depuis 1995.
Le Premier ministre désigné, Jean-Pierre Raffarin, arrivait avec les siens (Bussereau, Breton, Dutreil, Donnedieu, Goulard), rescapés «libéraux» de l’ancienne UDF, et la vieille garde des ex-Républicains indépendants giscardiens (Gaudin, Longuet).
Tout ce petit monde allait faire la connaissance de nouveaux venus, adeptes depuis quelques années du jeu à la mode, «tout sauf Chirac», rebaptisé «tout sauf Villepin». Nicolas Sarkozy s’emparait d’internet pour conquérir, par vote électronique, le parti et faire découvrir les visages de Brice Hortefeux, Yves Jégo, Nadine Morano, Christian Estrosi. Très vite, Roger Karoutchi et Patrick Devedjian rejoignaient le nouveau clan.
Ainsi, vivait la droite au temps de Chirac… et l’UMP survécut à cette composition hétéroclite pour se mettre au service de Nicolas Sarkozy.
Certes, l’armée des généraux prend sa retraite, celle des colonels s’agite et les capitaines veillent.


La galaxie des clubs « BCBG »

En politique, à gauche comme à droite, l’état de veille passe par les clubs, petites unités qui satisfont les ego, évitent de tomber dans l’oubli et permettent de peser, le jour venu, dans les mécanismes lourds du partage du pouvoir. Les lois dites de «moralisation» de la vie politique ont été l’occasion de mélanger les genres et faire naître une multitude de «petits partis», piochant au passage dans la caisse publique lorsqu’une échéance électorale approche. Mais là, également, tout le monde ne gagne pas au premier dé lancé!
Jamais révolutionnaires, les clubs de la droite! Associations de bienfaiteurs à la pensée d’un homme providence, les clubs et «petits partis» ne vivent généralement que le temps politique de leur président, et leur couleur sépia jaunit mal.

Les grands endormis d’abord :

- La droite libérale chrétienne (DLC) et La droite de Charles Million,
- Nation et progrès d’Isabelle Caullery,
- le Mouvement chrétien Ve République,
- le Rassemblement (ex-RPF) et Demain la France de Charles Pasqua,
- le Club du 4 novembre de Jean Ueberschlag,
- Construire ensemble avec Jacques Aurin,
- les Club 89 de Jacques Toubon,
- l’Association pour la réforme d’Edouard Balladur avec Nicolas Bazire,
- La droite libre de François d’Aubert,
- Génération libérale avec Alain Madelin et Jacques Garello,
- Les idées d’abord de Jean-Jacques Peretti,
- le MDR (Mouvement des réformateurs) de Jean-Pierre Soisson,
- Giscardisme et modernité avec Valéry Giscard d’Estaing et Marie-Hélène Descamps,
- Participation et progrès de Pierre Pascallon,
- le Carrefour des Républicains libéraux de Jean-Louis Morlé,
- Action de femme avec Tita Zitoun,
- l’Association pour une République citoyenne avec Philippe Séguin et Colette Kreder,
- France moderne d’Alain Juppé,
- France 9 de François Fillon,
- Carrefour du gaullisme de Roland Nungesser,
- les gaullistes de gauche avec le MSP (Mouvement solidarité et participation) de Bernard Bertry,
- le Nouveau Siècle de Philippe Dechartre
- l’Union des démocrates de progrès (UDP) de Paul Aurelli.

Ceux qui respirent toujours :

Le courant libéral, sécuritaire et souverainistequi va de :
- Contribuables associés » de Benoîte Taffin,
- le MIL (Mouvement initiative et liberté) de Raoul Béteille,
- Alternative libérale d’Edouard Filias,
- Combat pour les valeurs de Philippe de Villiers,
- les Cercles libéraux d’Alain Madelin,
- Géopros d’Alain Marsaud,
- le Club libéral de Pierre Lellouche,
- le Rassemblement pour l’indépendance et la souveraineté de la France avec Paul-Marie Couteaux et Jean-Paul Bled,
- le Cercle Nation et République de Jacques Myard.

Prêtent leur concours aux Radicaux valoisiens :
- France République de Laurent Hénart et Valeur écologie de Serge Lepeltier avec Le nouveau contrat social.

Peinent à s’identifier dans la nouvelle galaxie sarkozyienne :
- le Club 3D de Dominique Richard,
- La Boussole, présidée par François Cornut-Gentille,
- la Nouvelle République de Michel Barnier,
- Réforme et modernité d’Hervé Mariton,
- Génération terrain de Michel Zumkeller.

Ceux qui ne dorment jamais :

En premier lieu les animateurs des débats de société dont la place s’inscrit plus dans l’esprit du refus de la pensée unique :
- Debout la République de Nicolas Dupont-Aignan,
- le Club des 27 et Génération France.fr de Jean-François Copé
- et surtout Dialogue et initiative de Jean-Pierre Raffarin
entretiennent les débats de société et leur place s’inscrit plus dans l’esprit du refus de la pensée unique.
En revanche,
- Liberté chérie de Vincent Ginocchio,
- Femmes en marche de Christine Mame
- et Femmes avenir de Cécile Renson avec Le club du XXIe siècle où l’on trouvait Rama Yade et Hakim El Karoui,
- les Entretiens de Royaumont et la Convention pour la Ve République de Jérôme Chartier,
- République et patrie de Roger Karoutchi,
- Démocrates d’Alain Joyandet
sont autant de clubs, d’associations politiques qui ont accompagné la démarche de Nicolas Sarkozy tout au long de la campagne présidentielle.

Le Collectif pour la rupture de Patrick Devedjian, Le réseau NS d’Yves Jégo et A l’écoute d’Eric Woerth ont renforcé les équipes de campagne de l’UMP.
La Diagonale de Brice Hortefeux a servi à faire émerger un pôle Sarkozy de gauche.


L’UMP pour quoi faire ?

Les unes ont la piqûre mortelle, les autres non, mais toutes deux rampent, adoptent la couleur de la terre, de l’eau, de la roche, du bois. Du panier, émergent toutes ensemble, les têtes aux venins menaçants. Le charmeur enturbanné sait, lui seul, dans le nœud des corps, quelles têtes vont tomber.
L’UMP est ce parti aux dimensions militantes extravagantes. L’ecclésia accueille 370 000 âmes et les prêtres travaillent plus pour gagner pas grand-chose, une reconnaissance, un jour peut-être, et plus rarement, à l’avenir, une décoration.
Alors, aujourd’hui, l’UMP pour quoi faire ?
Le parti n’est plus en état, comme hier encore, de faire la guerre, tout simplement parce qu’il n’y a plus d’opposition.
Livrée à elle-même, décapitée volontairement au sommet pour mieux servir l’Elysée, l’UMP ne peut faire que ce que le président de la République décide de faire. L’exercice du pouvoir a replacé le parti en apesanteur, objet flottant, mais retenu par la corde du pendu, où le contrat de chaque dirigeant –ou qui s’y considère comme tel– n’est qu’à durée déterminée. Les clubs servent donc de base de repli… au cas où!
L’atomisation du pouvoir a bousculé les hiérarchies, les convenances: le groupe parlementaire est uni, mais a dû comprendre en sept mois que ce n’est pas lui qui commande. Au sein même du groupe, l’Elysée dispose de deux parlementaires, Jérôme Chartier (Val d’Oise) et Frédéric Lefevre (Hauts-de-Seine), qui, hors hiérarchie militante, sont à la fois facteurs et guichetiers: facteurs pour y porter la parole présidentielle, guichetiers pour y recevoir les plaintes.

Toutes les fantaisies du pouvoir, sauf une…

Les partis «frères» constituent l’appât idéal pour calmer les hégémonies rampantes: l’idée de laisser se constituer à côté de l’UMP, deux petits partis de gauche avec Eric Besson (Les Progressistes) et Jean-Marie Bockel (Gauche moderne), émanait déjà de La Diagonale de Brice Hortefeux. La coexistence gouvernementale avec le Nouveau Centre d’Hervé Morin et de François Sauvadet, appartient aussi à cette estimation à la baisse des prétentions du parti majoritaire, tout comme la diversité associative ou la participation bienveillante, et vraiment pas contrariante, des radicaux, ou symbolique des amis de Christine Boutin, du CNI, de Génération écologie et Demain de Philippe de Villiers.
Dès lors, l’atomisation peut tolérer toutes les fantaisies du pouvoir, sauf une, le vote solidaire: cela a toujours représenté la force du parti dominant à droite et sa différence avec la gauche au pouvoir. La majorité plurielle admettait le délit d’opinion dans ses travées des hémicycles et non sur le perron de l’Elysée ou de Matignon. A droite, c’est tout le contraire, majorité unie à l’Assemblée et majorité plurielle partout ailleurs.
Néanmoins, combien de temps peut durer cette «apesanteur»? Tant que le Président pourra se passer du parti, pourrait-on répondre, c’est-à-dire, le temps où le parti ne lui sert ni de soutien financier, ni de «boîte à idées». La prochaine échéance présidentielle est loin… mais le «tempo» politique est court. Le président de la République n’envisage pas l’avenir; ses conseillers l’instrumentent dans l’action immédiate. Ils se sont substitués au parti. Ils commandent les experts et missionnaires. Ils gouvernent la France. Alors pourquoi diable un parti, se dit le président, puisqu’il aime à répéter: «Vous gagnerez avec moi, vous perdrez avec moi!»

Denys Pouillard
Directeur de l'Observatoire de la Vie politique et parlementaire

 

 

   
 
 

 

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